Qui bâtit sur du faux récolte des décombres

Abdelaziz Bouteflika.
Abdelaziz Bouteflika.

Si vous bâtissez sur du faux tout en étant parfaitement conscient de ce que vous faites, vous vivrez fatalement le restant de vos jours avec la peur au ventre, parce que vous savez pertinemment qu’à la moindre secousse votre bâtisse s’écroulera comme un château de cartes.

Bâtir sur du faux paraît à première vue inconcevable en Algérie. Cependant, en observant méticuleusement ce qui a été bâti dans le pays, on remarquera tout de suite des défauts partout, avec tout ce que cela comporte comme risques d’effondrement.

Tous les grands pays ont bâti chez eux un Etat de droit sur des fondements tellement solides que la bonne marche du pays reste assurée quoiqu’il arrive. L’Italie, pour ne citer qu’un exemple, est restée sans président, ni chef de gouvernement, pendant de longues semaines, mais tout a continué à marcher comme sur des roulettes. Solidité de l’Etat oblige !

Chez nous, on a bâti un Etat tellement fragile qu’il a suffi, en janvier 1992, que le défunt président Chadli Bendjedid démissionne et que l’APN s’avère déjà dissoute pour se retrouver avec un inédit vide constitutionnel sur les bras. Dans leur précipitation, les décideurs de l’époque créeront le haut comité d’Etat (HCE) et décideront de l’arrêt du processus électoral entre les deux tours des législatives, en croyant peut-être que les militants du FIS allaient applaudir.

En avril 1999, alors qu’il n’était encore que candidat à la présidence de la République, Abdelaziz Bouteflika savait non seulement qu’il allait se faire élire dès le premier tour, mais exigeait en plus un score des plus conséquents, sous peine de le voir rentrer chez lui. Le chef de l’Etat, Abdelaziz Bouteflika, qui n’a sûrement pas besoin d’un dessin pour comprendre, sait mieux que quiconque que sa présidence est bâtie sur des élections pour le moins douteuses et que son trône demeure vulnérable aux secousses.

D’ailleurs, en 2011, à l’apparition des premières émeutes, tout le monde avait remarqué la mine défaite avec laquelle était apparu le chef de l’Etat à la télévision pour parler aux Algériens des "profondes réformes" qu’il comptait lancer. La suite est maintenant connue de tous.

Mais c’est incontestablement en économie que les bâtisseurs algériens sont passés carrément à côté de leur sujet. En effet, plus de 53 ans après l’indépendance, notre économie est toujours dépendante du prix du pétrole. Quand ce prix augmente, on jette l’argent par les fenêtres, quand il baisse, on recourt à l’endettement. A croire qu’il n’y a personne dans ce pays pour briser ce cycle infernal.

Certains chefs d’Etat ont ceci de particulier qu’ils mettent plus de temps et d’efforts à bâtir un système, leur système, qu’à bâtir le pays qui leur a pourtant tout donné.

Ahcène Bettahar

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Commentaires (3) | Réagir ?

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hamid djeffer

les algeriens oublient toujours qui'ils etaient sous l'occupation pour 130 annees.

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khelaf hellal

On appelle cela le court-termisme politique (Dictionnaire La Toupie) , tout ce qu'il a bâti a été fait dans le but d'élargir le cercle de ses soutiens électoraux, de ses courtisans et clientèles intéressés. dans celui de s'assurer la plus large allégeance en distribuant des prébendes, des subventions à tout-va, en facilitant l'entrisme prédateur de ses clientèles qui le lui rende bien le jour J des èlections suivantes. Par le populisme crasse, les crédits bancaires de la démagogie, la reconnaissance du ventre, l'obtention de marchés juteux, les facilitations administratives, la corruption et le gain il constitue ainsi à tous les niveaux, une armée de Baltaguis prête à tout pour lui renouveler un autre mandat sans avoir besoin de faire campagne lui-même. Le prince Machiavel n aurait à réapprendre pour conforter son pouvoir, il passerait pour un bleu, un débutant en la matière.

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