Ce football qui mènera l’Algérie droit au chaos

La FAF et les responsables de clubs se montrent incapables de faire face à la violence dans les stades.
La FAF et les responsables de clubs se montrent incapables de faire face à la violence dans les stades.

Bien géré, le football devient une passion et le joueur une idole ; mal géré, comme c’est le cas actuellement en Algérie, le sport roi perd sa couronne et pourrait même constituer une menace pour la stabilité du pays.

Dans toutes les fédérations qui se respectent, la gestion du football est confiée à des gens honnêtes, intègres, qui instaurent des règles du jeu applicables à tous, et qui ne sont comptables que vis-à-vis de leur conscience. Ce n’est pas ce qui se passe en Algérie, malheureusement.

Chez nous, les clubs de football, toutes divisions confondues, sont traités selon qu’ils aient ou non un représentant dans les appareils de l’Etat. Ce représentant a bien évidemment le pouvoir de vous faire changer une décision d’une commission par un simple coup de fil, en un temps record. Ce qui s’est passé dernièrement après le match entre le CR Village-Moussa et l’USM Annaba, dans le championnat de DNA, en est l’illustration parfaite.

Chez nous aussi, la valeur du club est estimée sur la base du danger que peuvent représenter ses supporters. Les supporters, qui sont capables de sortir dans la rue ou aller faire pression sur une commission en réunion, sont craints plus que d’autres, et leur club est toujours mieux loti.

Le deux poids et deux mesures est également nettement perceptible dans la presse spécialisée. Il y a, en effet, des clubs qui bénéficient de deux pages, chaque jour que dieu fait, alors que d’autres n’ont droit qu’à un filet, pour ne pas dire rien du tout.

Quant aux déclarations de certains présidents de clubs par presse interposée, elles sont tout simplement une source de la haine et de la violence. Curieusement, beaucoup d’entraineurs, y compris des étrangers, ont été entendus par qui de droit sur leurs déclarations dans les médias, mais certains dirigeants et portes-paroles de clubs ne sont jamais inquiétés, même quand ils font des déclarations incendiaires en direct à la radio.

Décidemment, le football algérien n’est pas encore sorti de l’auberge. Le jour où on le confiera à ceux qui le méritent, on commencera à voir plus clair et à former des joueurs capables d’endosser le maillot vert, au lieu de passer son temps à fouiner dans le championnat français à la recherche d’une hypothétique recrue pour la sélection nationale.

En attendant, il est peut-être temps de faire comme les Anglais dans les années 1990. Mais encore faudra-t-il avoir quelqu’un de la trempe de la défunte Margaret Thatcher dans le gouvernement algérien.

Ahcène Bettahar

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Commentaires (3) | Réagir ?

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Kichi Duoduma

Le football. comme tous les sports de masse, est le reflet exact de la société. C’en est en fait un symbole, une représentation inconsciente. C’est comme le drapeau : en lui-même ce n’est qu’un lambeau, mais il est investi de toute l’identité du groupe. Le football en particulier est né vers la fin du 19ème siècle. Ce n’est ni fortuit ni insignifiant. C’était l’époque de la consolidation du capitalisme et de l’idéologie capitaliste. Le football est un concentré d’idéologie capitaliste. Il contient tous les ingrédients essentiels du capitalisme. La devise du capitalisme est “que le meilleur gagne. ” A travers le sport, et le foot en particulier, le spectateur a en effet l’illusion que le jeu donne les mêmes chances à chaque équipe : une ère de jeu uniforme qui ne favorise ni une équipe ni l’autre, on change même de direction au milieu de la partie pour ne pas avoir l’excuse du soleil dans les yeux. Le capitalisme est le système de la loi, en foot, on a aussi le réglement et le juge (l’arbitre) pour s’assurer que la loi est respectée. Tout est là pour renforcer cette illusion qu’en foot c’est le meilleur qui gagne, et si on n’a pas gagné aujourd’hui c’est qu’on n’a pas travaillé assez dur, mais on aura toujours l’occasion de se rattraper et gagner la prochaine fois.

Ça peut sembler évident que, bien sûr, en sport c’est le meilleur qui gagne et que le réglement s’applique à tous de la même façon. Eh bien non, ce n’est que depuis le capitalisme que c’est devenu le cas. Avant le capitalisme, le sport représentait autre chose dans l’inconscient : Le gagnant était celui avec qui jouissait de la protection des dieux.

La violence dans les stades aujourd’hui partout dans le monde est la manifestation inconsciente du doute que le capitalisme puisse offrir les solutions viables aux problèmes de la vie. Je serais par ailleurs très curieux de connaître la proportion de membres de la classe dominante qui s’intéressent au foot, et combien ils s’y intéressent. Y a-t-il des membres des familles des riches banquiers en Europe qui suivent le foot et qui ressentent ce sentiment de defaite cuisante quand leurs gars perdent un match ? Je ne sais pas, mais j’en doute très sérieusement. Le fermier ne bouffe tout de mêmer pas le même z’bel qu’il jette à ses cochons.

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allilou aghroum

La société est envahie par la violence; elle est prise en otage par l'ignorance et la haine. La société qui a perdu ses repères et qui prend l'allure de jungle.

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