Sans changements politique et économique profonds, pas d'avancées pour les femmes

Des femmes kabyles qui manifestent pendant le printemps noir.
Des femmes kabyles qui manifestent pendant le printemps noir.

Déclaration du Mouvement Démocratique et Social à l'occasion de la célébration de la journée internationale des droits des femmes :

La journée internationale des femmes est célébrée alors que le mouvement féministe algérien se questionne. Il est à la recherche d’orientations justes et rassembleuses ainsi que des revendications les plus porteuses de citoyenneté et de démocratie. Comment se redéployer alors qu’on observe le retour des approches bureaucratiques de la cause des femmes et des tentatives de la récupérer au profit des partis/Etat et de leurs relais ? Comment mobiliser toujours plus de femmes mais aussi d’hommes dans ce combat ? Sur quel terrain lutter ? On relève des avancées quantitatives sur le code de la famille, dans la participation à la vie politique, dans la criminalisation des violences faîtes aux femmes, sur l’exigence de réduire à travers la Constitution les disparités entre hommes et femmes dans l’emploi. Même la question des mères célibataires gagne en visibilité. Mais toutes ces évolutions restent lestées par le refus de rompre avec l’idéologie islamo-conservatrice.

Dans l’indifférence des démocrates et l’hostilité des islamistes, les réformes, initiées unilatéralement par le pouvoir, se multiplient sans aboutir à un changement radical, ni même à l’application des textes. Le code de la famille maintient l’inégalité à travers ses dispositions en matière d’héritage, de répudiation ou de polygamie. Les quotas électoraux réservés aux femmes s’inscrivent dans un système dans lequel la notion de suffrage universel reste biaisée et où les élues paraissent devoir plus à Bouteflika qu’à leurs mérites ou à leurs électeurs. Alors que les agressions et les insultes continuent, les poursuites contre les violences faîtes aux femmes peuvent être abandonnées si la femme «pardonne» à son agresseur sous la pression sociale. Elles sont accueillies sans humanité ou bienveillance dans les commissariats, aucun protocole de prise en charge n’existe et les personnels des institutions chargées d’assurer la protection des victimes de violences n’ont pas la formation adéquate. Les mères célibataires et leurs enfants sont toujours sujets à l’ostracisme tandis que la question de l’interruption volontaire de grossesse, des tests de paternité ou de la révision des textes de la Kafala restent tabous. Enfin toutes les avancées constitutionnelles sont limitées par les réserves de l’Etat algérien sur la convention CEDAW.

En vérité, comment les femmes pourraient-elles se sentir protégées par la loi alors que le système politique algérien, même s’il prétend abusivement à un caractère civil et respectueux du formalisme institutionnel, n’assure pas la promotion et la défense des droits et libertés, y compris pour les hommes ? Au mieux elles peuvent espérer être traitées en citoyennes passives. Et puis qu’elle est donc cette citoyenneté qui ne s’appuierait sur aucune base matérielle quand on voit que la place des femmes au travail n’a pas changé depuis 15 ans alors qu’elles sont de plus en plus éduquées ? De ce point de vue le dernier rapport national sur le développement humain est alarmant. Il indique qu’elles ont un revenu amputé du quart de celui des hommes et que la part du travail rémunéré revenant aux hommes est treize fois celle des femmes. La bataille pour la parité sera encore longue.

Le travail féminin est inséparable de l’évolution de la famille et de la socialisation des tâches ménagères. Des efforts immenses devront encore être consentis pour avancer sur ces terrains, dans un contexte où l’orientation économique national-libérale du pouvoir frappe en premier lieu les catégories les plus vulnérables, dont les femmes. Elle les encourage plutôt à accéder au statut de personnes sociales en tant que consommatrices ou travailleuses à domicile quand elle ne les maintient pas dans le statut de chômeuses. Mais c’est plus fondamentalement à la transformation des rapports de force politiques, dans les institutions, que doivent s’attacher les femmes et les hommes. C’est l’édification d’un Etat démocratique qui permettra de consacrer un véritable Etat de droit et la citoyenneté pleine et entière pour les femmes.

Alger, le 7 mars 2016
Le bureau national du MDS

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Commentaires (1) | Réagir ?

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Quelqun EncoreQuelqun

En Algérie, il faudra, peut-être, commencer par la parité homme-homme et femme-femme avant d'aspirer à une hypothétique parité homme-femme.

La femme et sa place dans la société ne peuvent pas être dissociées du reste; le reste étant le marasme et l'indigence dans lesquels est plongée la société algérienne toute entière. Je me rappelle de certains 8 mars célébrés sous forme d'activités culturelles genre danse kabyle, chant, poésie, théâtre... mais JAMAIS un représentant des pouvoirs publics ou des décideurs aptes à annoncer des changements ou des mesures concrètes en faveur des femmes. Tout comme la cause amazigh, on a réussi le tour de force ou de magie d'en faire un élément du folklore local.