De la guerre, du pétrole… du fric !

Nicolas Sarkozy a tout fait pour éliminer Kadhafi
Nicolas Sarkozy a tout fait pour éliminer Kadhafi

Indubitablement, les médias occidentaux, en particulier ceux de l'Hexagone, ont une grande part de responsabilité dans ce qui se passe actuellement en Libye et partout ailleurs dans l'espace musulman.

D'autant qu'ils ont fait usage du "dumping psychologique" un moyen pour déstabiliser celle-ci. Or quiconque s'interrogeant par exemple si la guerre menée en 2011 par l'O.T.A.N contre El-Gueddafi avait été une réponse juste aux convulsions du Printemps arabe dans ce pays-là, s'en offusquera vite (guerre civile, montée fulgurante de l'islamisme, économie perturbée, transition à la peine, perspectives d’avenir sombres, etc). N'empêche que l'accord d'entente du 17 décembre 2015 à Skhirat (Maroc) entre les deux parlements belligérants (Tripoli et Benghazi) sous l'égide l'O.N.U ayant accouché le 19 janvier dernier d'un gouvernement d'union nationale n'est qu'un prélude à une "nouvelle" intervention militaire étrangère. Mais pourquoi ? La menace des milices armées qui ont prêté allégeance à l'Organisation de l'Etat Islamique (O.E.I) pèse, semble-t-il, trop sur la sécurité intérieure de l'Union européenne. C'est du moins ce que laissent entendre les puissances occidentales à leur tête la France. Rappelons au passage que ce sont ces milices-là, c'est-à-dire, celles ayant quitté le nord du Mali suite à l'intervention française (opération Serval) qui ont rejoint le sud de la Libye ! L'impact des attentats de 13 novembre dernier à Paris sur les consciences est tel qu'une réaction des plus fermes devait être formulée par l'exécutif français pour contrecarrer le péril terroriste.

Du coup, la résolution 2259 du Conseil de sécurité adoptée le 23 décembre sur proposition britannique porte des clauses qui autorisent ou plutôt incitent le gouvernement libyen à exiger, s'il en est besoin, l'assistance en matière de sécurité à l'O.N.U, la communauté internationale et les organisations régionales compétentes. Autrement dit, le recours à l'O.T.A.N est "moulé" dans une sorte de légalité institutionnelle. Ce faisant, les chancelleries occidentales qui savaient déjà que la probabilité d'une telle intervention en Libye paraît plus que plausible à court terme (si l'on voit l'insécurité qui y règne et l'impossibilité pour les autorités d'y rétablir la paix), en font une pièce à conviction. Or constater l'état de dislocation du territoire libyen entre factions rivales nous ramène aux absurdités lancées à tort et à travers contre El-Gueddafi au cours des manifestations populaires de Benghazi (mi-février 2011). Loin d'être encensé comme avant (en particulier après sa politique de normalisation au début des années 2000), le guide était vite médiatiquement lynché, étiqueté de plein noms de oiseau et accusé de tous les maux de la terre. Bref, pour le seul fait d'être suspecté (à dessein d'ailleurs) de mener des exactions contre ses opposants, il a dès lors été éliminé de facto du jeu politico-médiatique occidental! Ce qui aurait "légitimé", par ricochet, une intervention militaire urgente contre lui et fermé la porte à une solution pacifique et négociée. Mais ces allégations-là seraient-elles vraies? Et El-Gueddafi aurait-il tenté au départ d'écraser ses rivaux sans aucune intention, fût-elle velléitaire, de négociation ou de compromis? Qu'en est-il au juste ?

A la surprise générale, la publication en août 2015 des courriels personnels de l'ex-secrétaire d'Etat Hillary Clinton en donne une claque à la version occidentale, du reste très controversée. En effet, sous ordre de l'Elysée, des agents de la DGSE (Direction générale de sécurité extérieure) ont bel et bien initié des pourparlers secrets avec Mustapha Abdeljalil et Abdelfattah Younès, respectivement ministres de la justice et de l'intérieur quelques jours seulement après ces célèbres manifestations. Leur but étant, ironie du sort, de financer et de conseiller une rébellion "armée", laquelle s'est déjà formée sous leurs auspices contre le guide. Autrement dit, pousser la situation d'une "revendication démocratique pacifique" au pourrissement, en armant les milices de l'opposition. Et comme les caciques du régime de Tripoli n'ont pas voulu lâcher prise, le piège s'est vite refermé sur le dictateur. Radicalisé dans ses positions, celui-ci aura refusé dans son fameux discours du 22 février 2011 toute négociation avec les rebelles. Pire, il leur a promis de sévères châtiments, en les traitant de "rats". Sans doute, une aubaine inespérée pour les alliés qui n'attendent que cela. Car au terme de l'accord sus-cité, la France reconnaîtra le nouveau gouvernement de la Libye (le Conseil National de Transition) en tant qu'unique organe représentatif des libyens en contrepartie, bien sûr, d'attribution de 35% du pétrole brut libyen aux Français (voir l'article de Rony Brauman, La légende libyenne de B.H.L, Alternatives Internationales n° 68, 6 septembre 2015). On comprend bien, en conséquence, que la guerre déclarée le 19 mars 2011 au régime par l'O.T.A.N sous prétexte de réagir aux opérations d'assauts d'une colonne de chars par les milices loyalistes aurait, en vérité, été planifiée bien auparavant en février (les raisons apparentes ne sont rien d'autre qu'un subterfuge pour une intervention extérieure). Somme toute, cette opération de l'Harmattan ressemble en bien des points à la guerre des néoconservateurs américains sur l'Irak de Saddam ! C'est-à-dire, ce genre de guerres compatibles à "la théorie du cercle vertueux" prônée par la maison blanche durant les années 1990. Sinon comment peut-on avaler l'idée que les 1000 soldats du bataillon d'El-Gueddafi, coupés de leur bases arrières situées à Syrte, soutenus seulement par 30 chars aient une force à même d'envahir une ville de 800 000 habitants qui s'étend sur près de 30 km de longueur et 10 km de largeur? Presque de l'impossible. En plus, ces bataillons-là sont à 500 km de Syrte pendant que d'autres milices du régime sont dispersées çà et là à Misrata et en Tripolitaine?

Le plus tragique dans cette histoire est que les insurgés ont "seulement" sollicité de l'O.T.A.N la délimitation d'une zone interdite à l'aviation du guide, une sorte de "no man's land" qui leur permet de souffler et d'avancer sur le terrain. Or les Occidentaux sont allés plus loin, en bombardant les forces loyales d'El-Gueddafi! Pourquoi cet empressement à s'en prendre au dictateur libyen qui était, pour le moins que l'on puisse dire, sur le point de normaliser "définitivement" avec l'Union européenne et les U.S.A ? Lui-même, El-Gueddafi s'entend aurait déclaré ne pas comprendre l'acharnement de Nicolas Sarkozy contre lui alors que de tous les présidents français, il était le seul qui a le plus de considération de sa part. Et puis, si c'était en raison de sa politique liberticide, pourquoi ne l'aurait-on pas par exemple attaqué lors de l'affaire de Lockerbie en 1988 ou du massacre d'Abou Salim en 1996? Il est clair qu'en dépit des critiques de l'ancien diplomate français Patrick Haimzadeh en 2011 des modalités et des circonstances de l'intervention française en Libye (voir «Libye : qui veut lâcher B.H.L?» Mediapart 22 avril 2011), Nicolas Sarkozy aurait persévéré dans son plan. Il semble que dans la logique française, le trublion El-Gueddafi est à éliminer quoiqu'il en coûte. Et bien évidemment, la supercherie a gagné la classe intellectuelle, l'opinion publique, les medias grâce au travail de fourmi de Bernard Henry Lévy. Celui-ci s'est montré en fait depuis plus d'une vingtaine d'années le porte-drapeau médiatique de ces guerres dites humanitaires. Développant un discours ouvertement islamophobe, il constitue avec Glucksmann, Finkielkraut, etc., ce noyau de l’intelligentsia française «droitisé», allié de la grande finance, perché sur le piédestal de «l'idéologie droits de l'hommiste» et amateur du néocolonialisme. Le hic est que cette couche majoritaire dans les médias s'est jointe à certains cercles de gauche européenne, pourtant connu pour son anti-impérialisme. D'ailleurs, un journaliste britannique du nom de Mehdi Hassen aurait écrit dans le New-York Times du 30 novembre 2015, un article au titre assez sensationnel «Pourquoi Georges Bush me manque». Après avoir été détracteur de l'ex-président américain accroc aux casus belli, le journaliste a viré sa cuti. Pourquoi? L'attitude de Bush junior envers les musulmans au lendemain du 11 septembre est loin d'être stigmatisante comme celle des candidats républicains ou même des démocrates concernant les attaques de novembre à Paris (l'exemple de Donald Trump).

Dans une vidéo postée le 17 septembre, soit six jours après l’apocalypse de World Trade Center, Georges Bush déclare ceci au centre islamique de Washington : "Le terrorisme n'est pas la véritable foi de l'islam. Ce n'est pas l'essence de l'islam. L'islam est paix. Ces terroristes ne respectent pas la paix. Ils représentent le mal et la guerre". Bien évidemment, Bush a évité la rhétorique anti-islam pour des raisons électoralistes mais son propos n'en reste pas moins apaisant. En fait, les musulmans aux U.S.A sont une force électorale à même de faire la différence au niveau local bien qu'ils ne forment que 1 à 2% des électeurs! Tirant l'expérience du passé récent (début 2000) où l'élection présidentielle américaine s'est serrée à cause de quelques centaines de votes en Floride, un Etat où 46 000 musulmans auraient donné leur voix pour les républicains, Bush s'est armé de «diplomatie» et de lucidité. Mais entre le discours et la pratique, il y a un océan (au moins 1000 d'entre les musulmans étaient en détention sous chef d'inculpation d'appartenir à un groupe terroriste). A vrai dire, en Libye, en Afghanistan, en Irak ou ailleurs, le contraste entre ce qui aurait été dit et ce qui aurait été fait est édifiant. Quoique, faisant l'éloge de l'occupation américaine de l'Afghanistan,Anders Fogh Rasmussen, l'ex secrétaire général de l'O.T.A.N est allé même jusqu’à énumérer le nombre d'écoles, de dispensaires, de routes construites, le progrès en matière d'éducation (l'accès de filles à l'école), la tenue d'élections libres et la culture politique sous les américains, etc., oubliant par là le gâchis, les morts, le retard et les souffrances de ces peuples-là que ces derniers auraient causés, terrible! La Libye ne saigne-t-elle pas à l'heure présente à cause de cette malédiction du pétrole? L'Afghanistan ne baigne-t-il pas encore dans le chaos alors que le retour des Talibans aux commandes est plus que probable ? Ne parlons pas de l'Irak, la Syrie, etc. En gros, cette mission civilisatrice "combat de la civilisation du monde dit libre contre la barbarie des autres" sur fond de vengeance menée par les Yankees n'aura débouché jusque-là que sur des catastrophes régionales. Et enfin ce rôle de gendarme du monde, passé maintenant aux relais régionaux (France, Allemagne, Angleterre, etc.,) dopé par le succès des gesticulations médiatiques ne justifie-t-il pas ses limites ?

Kamal Guerroua

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Commentaires (1) | Réagir ?

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Bachir Ariouat

Il faut dire les matières premières, les voyous et criminels, et l'argent, là vous résumez à peu prés ce mode qui vendent jusqu'à leurs culottes pour quelques billets vert.