Si Lhafidh Yaha : "J’estime que j’ai accompli ma part du combat…"

Yaha Abdelhafidh. Photo de Hamid Arab.
Yaha Abdelhafidh. Photo de Hamid Arab.

Nous publions ici la conclusion du second tome des Mémoires de Si Lhafidh. Nous estimons que ce texte résume bien la pensée et le message de cet homme qui aura tout donné pour l’Algérie.

J’ai assez de terre accrochée à mes souliers pour savoir Que ce peuple finira par faire la part des choses. Et trouver son chemin.

Nous voilà donc arrivés au terme de ce voyage. Remuer ici de vieux souvenirs que je porte depuis un demi-siècle comme un viatique est nécessaire. Quoique douloureux pour nombre d’entre eux, comminatoires sans doute pour d’autres, je me devais de les livrer tels que je les avais vécus, pour la postérité. Par devoir pour mes anciens compagnons, par nécessité pour les nouvelles générations afin qu’elles connaissent, ne serait-ce que partiellement, le chemin que nous avons emprunté pour conquérir la Liberté. Rien ne fut facile. La voie des armes que le régime militaro-civil du duo Ben Bella-Boumediene nous a imposées était raide et étroite. Nous en étions conscients. Nous n’ignorions pas non plus que la Kabylie et l’Algérie entière, avaient peine à se relever de la guerre pour l’indépendance du pays. Nous savions tout cela, car nous étions au cœur de ce peuple, au cœur de cette guerre durant laquelle nous avions perdu les meilleurs d’entre nous – des membres de nos familles, des compagnons d’armes qui nous étaient chers. - pour accéder à cette indépendance. C’est parce que nous étions conscients de cet état de fait que nous avions refusé qu’une caste de militaro-civils remplace les anciens colons. C’était hier. Il y a déjà un demi-siècle. Nous avions pris nos responsabilités pour nous dresser contre la dictature naissante. En réponse, le FFS se proposait d'être une force politique démocratique à vocation nationale dont l’objectif était de surmonter la fracture politique, voire psychologique, qui s'était imposée à l'Algérie dès 1962 par l'instauration d'une dictature socialo-arabo-islamique sans partage et qui sévit encore aujourd'hui. L'Etat algérien, ainsi constitué, rigide, autoritaire et hermétique à la société n’incarnait aucune légitimité. Le débat politique, en son sein, se limite aujourd’hui encore pour l'essentiel à des questions d'organisation du FLN, de répartition du pouvoir entre les membres du clan, de stratégie et de gestion de différents processus pour broyer, voire, éliminer, politiquement et physiquement, toute opposition démocratique. Pourtant, ni la guerre impitoyable avec ses 400 morts, ni la prison que connurent près de 3000 militants et sympathisants du FFS, ni la chasse à l'homme, ni la torture n'avaient pu éteindre la flamme de la liberté entretenue par notre mouvement depuis 1963. Infiltré et «manipulé» par les services du régime, Aït Ahmed avait, de tout temps, freiné nos actions sur le terrain. Après des années de tiraillements intérieurs, survint la rencontre contrenature de Londres, organisée par quelques éléments de la sécurité militaire provoquant l'éclatement de la base militante du FFS. A mon retour en Algérie, pour neutraliser mes interventions politiques, ce dernier m'avait collé aux trousses Hachemi Naït Djoudi. Hocine Aït Ahmed croyait-il donc que ces hommes étaient acquis à sa cause ? Difficile de sonder sa pensée. Je sais en revanche, qu’il y avait un consensus pour la liquidation politique du FFS en complotant avec le système en place pour apparaître enfin comme étant les seuls représentants de la Kabylie, région frondeuse et enjeu politique de tout temps, aux yeux du pouvoir. Saïd Sadi n’avait-il pas tenté de supplanter notre parti avec la bienveillance de Larbi Belkheir et Chadli Bendjedid lesquels l’avait chaleureusement récompensé, notamment en l’autorisant à créer le RCD, le premier parti de «l'ouverture» légalisé avant la publication même de la loi sur les associations à caractère politique ? Le pouvoir algérien savait pertinemment que le résident de Lausanne n’avait pas l’intention de venir s’installer en Algérie pour se frotter aux dures lois du combat politique, à la confrontation militante au quotidien. Bien renseigné, le régime et ses services n’ignoraient rien de la situation interne du parti et de la large fracture qui le traversait. Comment pouvait-il en être autrement puisqu’il avait participé ou du moins encouragé des

hommes qui étaient sous sa main à prendre le contrôle du parti. Oui à la lumière de tous ces éléments, le pouvoir avait organisé l'usurpation du FFS par un groupe de pseudo-militants qui, en réalité, étaient pour la plupart choisis pour m'écarter ainsi que certains de mes compagnons et prolonger la division interne jusqu'au chaos. Cette impasse, sciemment orchestrée par le régime et quelques Kabyles de service, avait confiné le parti, ou du moins ce qui reste du FFS, dans le rôle d'accompagnateur de la politique d'un pouvoir illégitime et à val de route. Le régime n’entendait pas laisser un FFS structuré par la base, puissant, organisé, avec une direction forte, occuper le terrain. L'Algérie d'aujourd'hui est le résultat d'une histoire faite de victoires et d'échecs cruels. Je sais que, de notre jeunesse, malgré la confiscation de l’Histoire et de l’Identité du pays par le "clan d’Oujda" depuis 1962, viendra un sursaut pour édifier enfin un Etat libre et juste. Dès lors qu’on a des convictions chevillées au corps, tous les espoirs sont permis. Ainsi, après 50 ans émaillés de luttes, de larmes, d’amitié, d’espoir et parfois de trahisons, je continue de penser que la quête de cette "Algérie libre" doit être poursuivie par les générations futures.

Je sais que, les Algériens et les Algériennes ont besoin, d’espérance pour continuer à construire ce pays. Ne pas renoncer, ne pas courber l’échine devant quelque injustice que ce soit. A plus forte raison celle imposée par un pouvoir illégitime. A l’hiver de ma vie, j’ai encore la conviction qu’aucun bien, aucun confort matériel n’a la valeur de la liberté et de la justice. J’estime que j’ai accompli ma part du combat pour une Algérie meilleure, aux jeunes générations de continuer à se battre pour hisser ce pays au niveau des nations modernes. Je crois fortement en cette jeunesse. Que vive l’Algérie.

Yaha Abdelhafidh

Texte de conclusion tiré de FFS contre dictature, le tome 2 des Mémoires de Yaha Abdelhafidh, parus chez Koukou éditions.

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Commentaires (3) | Réagir ?

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elvez Elbaz

Vos combats, hélas, ont été des combats au profit d une autre colonisation, insidieuse, sournoise, ravageuse de durée d incubation la colonisation arabomusulmane qui n existe et ne prolifère telle une épidémie qu avec des populations amazighs et kabyle en particulier formatées en mutants par la doctrine anesthésiante de l arabisme colonial la soumission aux arabes et leur dieu, appelés islam

Ait ahmed et vous et tous ceux qui ont combattu le colonialisme apartheid français et ses suppôts de ramassis de maltoitaloespanolusitogitanoalsacoparigo appelés pieds noirs, vous vous êtes alliés à un faux ami qui vous a utilisés vous nous les imazighenes et kabyles chawis en particulier pour régner en maître arabomusulman en nous spoliant de nos terres et de nos identités amazighs

La règle du jeu a été trafiquée au profit de l arabe colonial et au dépend du pauvre amazigh et kabyle crédules et naïfs

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urfane

Ce résumé donne déjà un aperçu des mémoires de SiLhafidh que je vais m'empresser d'acheter en espérant force détails sur les traitres qui ont émaillé le combat du mouvement national en général et celui du FFS en particulier. Ak'yerhem rebbi, adh'yernou lwaldinikh.

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