L’hommage de Ferhat Mehenni, président de l’Anavad, à Si Lhafid Yaha

Yaha Abdelhafid et Ferhat Mehenni en 2014.
Yaha Abdelhafid et Ferhat Mehenni en 2014.

La Kabylie vient de perdre un de ses authentiques héros : Abdelhafid Yaha, dit Si Lhafid. Engagé très jeune dans la guerre de décolonisation de l’Algérie (1954-1962), il s’était distingué par quelques hauts faits d’armes qui avaient fait sa renommée de courageux baroudeur.

Après la prise du pouvoir par Ben Bella à Alger, il était le commandant en chef des forces armées du FFS durant la guerre de Kabylie (1963-1965). Il s’était porté volontaire pour mener une mission à Alger visant à enlever Ben Bella et en faire un prisonnier. Hocine Ait Ahmed, leader de cette rébellion kabyle n’avait pas accepté la proposition. Par contre Ben Bella ne se gêna pas pour aller capturer Ait Ahmed le 16/10/1964.

Depuis cette arrestation, c’était Abdelhafid Yaha qui avait artificiellement entretenu la rébellion kabyle pour mener les négociations avec Alger. C’était Cherif Belkacem qui était son interlocuteur côté Ben Bella. Il avait fini par obtenir un accord consistant en la libération de tous les détenus dont Ait Ahmed, ainsi que la démocratisation du pays, avec la possibilité pour le FFS d’une vie légale. Si Lhafid estime que c’est cet accord, signé le 15/06/1965 qui, entre autres, avait suscité le coup d’Etat de Boumediene (19/06/1965) ayant renversé Ben Bella.

Avec l’arrivée de Boumediene au pouvoir Si Lhafid n’avait pas d’autre choix que de s’exiler en France où vient le rejoindre d’autres maquisards kabyles fuyant la répression algérienne.

Je le connaissais de renom. Je ne l’ai rencontré qu’en 1978 à Paris. Il était en compagnie de Mouhoub Ait Oumaouche. Il m’avait donné des explications sur l’exécution (fin décembre 1963) par ses hommes d’un homme issu de mon village, Maraghna.

Ballotté entre le nationalisme algérien de sa jeunesse et le nationalisme kabyle dont il a été l’un de ses artisans, à son corps défendant, nous nous voyions de temps à autres ces dernières années, notamment chez Dda Mbarek à Paris. Quand la maladie l’a rattrapé, j’ai été le voir avec Arezki Ammi et Buhu At Jvara à Villiers-sur-Orge où il suivait des séances de réeducation.

Dans ses mémoires, j’ai été ravi de lire l’hommage qu’il avait rendu à mon père qui était son compagnon de combat.

Après le décès d’Ait Ahmed et celui de Si Lhafid, la Kabylie perd la génération qui croyait encore en une Algérie démocratique.

J’appelle le peuple kabyle à lui rendre un vibrant hommage lors de ses funérailles à son village natal Taxlijt At Aettu, au pied d’Azru n Thur.

Je garde de cet homme, le souvenir d’un homme alerte tel un militaire, convaincu comme un kabyle et ami autant que l’universel.

Exil, le 25/01/2016

Ferhat Mehenni

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Commentaires (1) | Réagir ?

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Bachir Ariouat

C'est très bien, qu'il a voir comment cela se passe chez les peuples qui mène sa politique de reniement.