"Check-point" de Jean-Christophe Ruffin

La couverture de l'ouvrage.
La couverture de l'ouvrage.

L’auteur a publié en 2015 "Check Point" chez les Editions Gallimard Check Point.

Si vous êtes amateur de personnages à forts caractère, convaincus de ce qu’ils font, ce récit captivant sur fond de guerre sera pour vous. Dans Check Point, Jean-Christophe Ruffin cultive l’art du verbe et la manière de construire la trame du récit. Ici comme jamais, il a su exploiter la force des mots pour nous embarquer dans un convoi humanitaire. Deux camions de 15 tonnes conduits par cinq personnages. Il y a Maud, 21 ans. Elle déteste «l’injustice du monde», mais n’en veut à personne en particulier. "L’humanitaire lui a donné le moyen de répondre à cette indignation diffuse". Maud se cache derrière ses grosses lunettes et conduit, avec détermination, le convoi au 15 tonnes pour apporter vivres et médicaments à des populations victimes de la guerre en Bosnie. Elle est accompagnée de quatre personnages armés de buts et de missions différentes. Alex, Marc, deux anciens bidasses. Lionel, lui, a eu déjà 3 ans d’engagement à son actif. Il avait participé à une mission en Centrafrique et un premier convoi en Bosnie. Chef de mission Lionel a déjà bossé avec Maud à Lyon au sein d’une association. Ils sont complices à eux deux. C’est à lui que l’association lyonnaise a confié la tête de cette mission en Bosnie, un pays déchiré par une innommable guerre civile. Les deux militaires conduisent le deuxième camion de médicaments et vivres.

Avec Vauthier, "le gros Vauthier", ils conduisent le camion de tête. Vauthier s’est présenté comme courtier parisien en convalescence après un accident de la circulation. "Personne ne croyait ce qu’il racontait". L’ambiance était à la suspicion. Vauthier n’aimait pas Alex et Marc et il ne s’en cachait pas pour le dire. Détail important pour un convoi : il était un as de la mécanique et les quatre autres comptaient sur lui pour arriver à bonne destination. Le convoi de deux camions va donc avaler des dizaines de kilomètres sur des routes dangereuses. Franchir des check-points : c’est-à-dire des séparations imprévisibles et mouvantes en zones ethniques. Des points de contrôle à la merci de petits chefs parfois grisés par leur pouvoir. Les mots "apatride", "check-point" utilisés par tout le monde sur le terrain rendaient mieux compte de l’aspect imprévisible, désordonné et dangereux de ces barrages.

Si les cinq personnages ne semblaient animer que par un seul objectif au début du voyage, au fur et à mesure du trajet, les langues se sont déliées pour montrer les véritables desseins de chacun. Pas seulement puisque certains avaient emmené d’autres choses dans le chargement humanitaire. Le roman de Jean-Christophe Ruffin pose de nombreuses questions sur jusqu’où peut aller un homme pour arriver à son but. On y découvre des ressorts insoupçonnables. "Est-on prêt à tuer ? L’amour est-il possible là où on ne l’attend pas ?"

Voilà pour l’architecture globale. Le détail est à découvrir au fil des pages chers lecteurs.

Porté par des personnages très bien élaborés, le récit est tout en retenue et l’histoire est particulièrement captivante. Ici on est dans l’intime des cinq personnages. A travers eux, c’est sans doute une partie de nous-même qu’on retrouve dans "Check-point".

Amateurs de belles histoires d’aventures, vous serez servi par ce roman qui traverse un pays en guerre et une humanité en folie !

Kassia G.-A.

"Check-point" de Jean-Christophe Ruffin chez les Editions Gallimard

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