Corruption algérienne en temps de compression

Abdelmallek Sellal peut toujours nierr l'évidence, la situation de l'Algérie n'est pas reluisante.
Abdelmallek Sellal peut toujours nierr l'évidence, la situation de l'Algérie n'est pas reluisante.

Si la Loi de Finances 2016 est en grande partie une fuite en avant qui fera payer plus tard les Algériens pour les largesses que s’octroient les membres du gouvernement, elle augmente aussi le pouvoir de corruption des Bouteflika.

Il n’y a pas de limite à la déchéance dans laquelle Abdelaziz Bouteflika entraine actuellement l’Algérie. Le gouvernement vient de se donner malhonnêtement dans la Loi de Finances 2016 le pouvoir d’utiliser l’argent des opérations courantes pour augmenter son pouvoir de corruption et se maintenir en place. Si jusqu'à la chute du prix du pétrole, il a été facile au clan Bouteflika de garder le pouvoir en corrompant à large échelle les membres du gouvernement, maintenant qu’il n’a plus assez d’argent pour le faire, il va le chercher dans les comptes publics. C’est ce qu’il a fait quand il a réussi à faire passer à la sauvette le 27 novembre l’article 71 de la Loi de Finances 2016. Cet article permet au gouvernement de décider par décret l’annulation ou le gel de projets et lui donne le pouvoir de transférer des budgets non utilisés vers des secteurs de son choix. Comme le cri haut et fort la secrétaire générale du Parti des travailleurs (PT), Louisa Hanoune, c’est une violation du principe de la séparation des pouvoirs qui est le fondement de la doctrine démocratique. Elle est donc dans son droit de dire qu’il s’agit là d’une action qui a démoli le caractère social de l’État.

Pendant ce temps, l’économie algérienne bat de l’aile et le déficit commercial a dépassé les 12 milliards de dollars sur les 11 premiers mois de 2015. C’est naturellement dû à l’effondrement du cours du baril de Brent, qui avait été coté à plus de 105 $ en 2014 et qui vient de clôturer à moins de 37 $ en décembre. Cette situation ne peut qu’empirer en 2016 alors que l’augmentation des quotas décrétés par l’OPEP, l’arrivée des États-Unis dans le marché et l’augmentation de la production de la Russie sont prévues. Ajoutez à cela le retour de l’Iran sur le marché mondial en janvier et l’augmentation de la production de l’Irak et de la Libye en raison de la fin du conflit en Syrie et on peut facilement comprendre pourquoi il faut donner plus de 115 dinars pour avoir un dollar en décembre alors qu’il n’en fallait que 75 en début d’année. Rappelons, juste pour retourner le couteau dans la plaie, qu’en 1975 les Algériens ne devaient échanger que cinq dinars pour chaque dollar. Cet important glissement est dû à Abdelaziz Bouteflika qui avait promis de faire de l’Algérie un pays avec une économie diversifiée alors qu’elle est actuellement sous-développée, non structurée et principalement rentière. Du coup, les réserves de change ont fondu de 30 milliards de dollars en un an et sont rendues à 150 milliards de dollars en décembre. Le déficit de la balance commerciale de l'Algérie s'est même creusé de 1,65 milliard de dollars durant le seul mois de novembre.

En conséquence de cela les Algériens se serrent la ceinture. Les importations de véhicules ont diminué de 37 % par rapport à l’année dernière et chose plus grave, celles des produits pharmaceutiques ont pour leur part reculé de plus de 23 %. Si comme l’affirme le gouvernement, une partie de cette diminution est due à une meilleure négociation des prix auprès des laboratoires étrangers, une autre partie est due à la diminution de plus de 16 % du volume de produit pharmaceutique destiné aux humains qui a été importé. Pour économiser, le gouvernement joue avec la santé des Algériens, ce qui laisse présager une augmentation des couts futurs au niveau de la santé. Tout ce qui n’est pas soigné maintenant empire et va couter beaucoup plus cher en soins hospitaliers plus tard.

Il y a donc actuellement un quart de la population qui vit au niveau de la pauvreté avec un revenu qui ne dépasse pas 25 000 dinars par mois, c'est-à-dire moins de 215 euros. La Loi de Finances 2016 n’améliorera pas la situation et prévoit un recul de 9 % des dépenses du gouvernement. Les investissements publics diminueront de 18 %. Cela entrainera de nombreuses crises au niveau des entreprises publiques qui sont fortement déficitaires. Rajouter à ce nouveau fardeau que l'ajustement de 7 % à 17 % de la TVA est prévu pour augmenter les recettes et cela donne un portrait assez juste de ce qui s’en vient en 2016 pour les citoyens algériens.

L’équipe de travail de six personnes du premier ministre Abdelmalek Sellal a donc une mission impossible à réaliser. Si ces spécialistes connaissent toutes les manières de bien administrer l’argent public, puisque ces règles sont connus depuis des décennies, ils ne pourront cependant pas aider le gouvernement. Le népotisme et la corruption à grande échelle qui est commune en Algérie devraient être la première chose à éliminer pour ramener le pays sur la voix d’une bonne santé financière. Or tout conseil en ce sens qui n’est pas purement cosmétique et de l’ordre des relations publiques sera refusé de peur de mettre le pouvoir en péril. Ces experts risquent en plus de perdre leur réputation auprès de leurs pairs, car ils cautionnent de leurs noms prestigieux un régime qui a comme véritable objectif sa survie basée sur le pillage des ressources du pays.

Seul vrai rayon de soleil au tableau, le lancement officiel de la 4G prévu pour le premier semestre de 2016 permettra à l’Algérie de mieux s’insérer dans le grand marché mondial. Bien que le gouvernement ne semble pas s’en rendre compte, le futur du pays repose actuellement dans les mains de la ministre de la Poste et des Technologies de l'information et de la communication (TIC), Imane Houda Feraoun, qui est la seule lumière visible dans cette médiocratie. Abdelmalek Sellal qui affirme que l'Algérie "maitrise" la situation en raison de la politique du président en est la preuve la plus éloquente.

Une autre preuve presque aussi convaincante de la toute-puissance de cette médiocratie est cette Loi de Finances 2016 qui ne s'occupe que de réduire les dépenses, mais ne fait rien pour encourager les exportations. Or, si l’économie algérienne est en pleine décroissance, le commerce Internet international est pour sa part en expansion. C’est actuellement la principale possibilité de croissance des petites entreprises algériennes, qui représentent plus de 80 % de la superficie économique globale du pays. À lui seul, l’Internet a le potentiel de faire croitre par plusieurs multiples le revenu de toutes ces petites entreprises qui sont généralement de grandes utilisatrices de fonds publics. La couverture satellitaire à 100 % de tout le territoire national permet d’ailleurs d’optimiser l’utilisation des nouvelles technologies. Il y a quelque part dans le monde un marché pour chaque produit algérien. La baisse des prix mondiaux du pétrole, qui devrait se poursuivre à moyen terme peut même être vu comme une opportunité pour ces PME qui ont maintenant une ressource bon marché a transformé en produit finit exportable aux quatre coins du monde et ce avec une devise déprimée qui leur donne un autre avantage concurrentiel. L'introduction du yuan comme mode de paiement dans le commerce avec la Chine pourrait aussi donner plus d’accès à ce marché.

En refusant de partager le pouvoir, le gouvernement met en danger ce puissant potentiel pour des motifs purement égoïstes et partisans. Il s’apprête même pour conserver les faveurs de ses amis corrompus à dilapider le bien public et mettre en danger le bienêtre des générations futures. Elles devront vivre avec les graves conséquences de l’ère Bouteflika dont le gouvernement écrit actuellement de bien sombres pages de l’histoire de l’Algérie.

Michel Gourd

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