La femme saoudienne vote, encore un effort et c’est le statut d’être humain !

Sous une monarchie moyenâgeuse, les Saoudiennes n'ont pas tous leurs droits.
Sous une monarchie moyenâgeuse, les Saoudiennes n'ont pas tous leurs droits.

Nous venons d’assister au premier vote des femmes saoudiennes et si, pour beaucoup, il s’agit d’une avancée, pour d’autres l’évènement glace le sang. Octroyer le droit de vote à des femmes pour lesquelles on interdit le statut d’être humain, c’est comme de la charité faite aux esclaves. Le geste est encore plus détestable car il est, paradoxalement, l’image d’une domination bestiale.

Presqu’en même temps, les parlementaires algériens, probablement fiers d’eux-mêmes, viennent de durcir la sanction pénale envers les violences que subissent les femmes (il n’y a pas que l’économie pétrolière qui rapproche les deux pays !). Mais ils ont oublié de rappeler que c’est la contrepartie, bien mince, d’un code de la famille qu’ils ont voté et qui place les femmes sous le statut de bien meuble comme le furent les animaux dans la plupart des législations mondiales, avant les réformes.

Ce qui est étonnant est que l’esprit humain semble encore plus scandalisé face à de telles décisions alors même qu’elles annoncent des avancées en droit. La raison en est simple, la supposée avancée nous réveille soudainement à une situation à laquelle on finissait par s’habituer (et non admettre) et qui vient brusquement rappeler l’infâme situation à laquelle sont soumises les femmes. Le premier vote des femmes saoudiennes sonne comme un rappel de l’immonde et nous réagissons, non pas à ce droit lui-même, mais au fait qu’il nous révèle le fossé inégalitaire qu’il reste à combler. La décision saoudienne comme l’algérienne ne nous rassurent pas mais sont un révélateur d’une barbarie insoutenable.

La seule avancée en droit que nous accepterions est de reconnaître (en une application réelle), une fois pour toute, la valeur du texte universel des droits de l’homme ainsi que des siècles de progrès selon lesquels nous sommes enfin parvenus à l’exclusion de l’esclavagisme. Nul besoin de gesticulations parlementaires, nul besoin d’annonces médiatiques spectaculaires, il nous faut juste revenir à l’expression juridique la plus simplement énoncée depuis si longtemps, les hommes et les femmes sont égaux en droit, un point c’est tout. Tout le reste est irrecevable en droit comme pour l’esprit humain éduqué et équilibré.

Cette angoissante tendance à toujours revenir sur les thèmes de la femme est, comme toujours, révélatrice d’un profond malaise intime. La sexualité est une affaire privée ou se règle chez un psychiatre, elle n’a rien à avoir avec les règles d’une vie publique sereine. Que ceux qui ont des ennuis à ce sujet se soignent de la manière la plus urgente possible. Que les autres, qui préservent encore un esprit critique, veillent à ne pas alimenter une société en postures qui s’engouffrent dans des considérations moyenâgeuses.

La moralité d’une société ne se circonscrit pas dans les thèmes tabous et intimes que cachent les relations entre les deux genres humains mais s’élève à des niveaux bien plus hauts. Que l’éducation nationale se reprenne, que la corruption à grande échelle se tarisse et que le pouvoir devienne plus intelligent, voilà le sens de la marche morale d’une société qui a des chances de s’inscrire dans l’humanité.

Et après, qu’est-ce qu’on fait en Arabie saoudite, on accorde aux femmes l’accès à la parole en public, de choisir son époux, de dire bonjour aux hommes en leur serrant la main, de lire un livre, de partager une table avec d’autres êtres humains ou de laisser au vent leur belle chevelure ? Oh là, pas trop vite, tout de même, on risquerait l’apoplexie des moralistes lorsqu’ils sont soumis au terrible basculement dans le vide inconnu !

Sid Lakhdar Boumédienne

Enseignant

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Commentaires (2) | Réagir ?

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Massinissa Umerri

Viendra vite le jour quand elles se rendront compte, qu'aller foutre un petit papier dans une urne n'est qu'une perte de temps. C'est alors qu'une loi interdisant l'abstension des femmes verra le jour. Tous les moyens sont bons, l'essentiel est "la fesse'e ". Ceci dit, ici au US, si vous arrivez a trouver chemin dans un de ses sacs noirs, les chances est que vous tomberez sur des petits tresors. Que dire que bien de l'arabe, ou plutot du musulman sera decu, de voir la loi de la bestialite', en effet, reduite. Car jusque-la, il ne s'agissait que de ca, tans les femmes sont reduites a animaux domestiques. En reponse, elles accouchent de monstres. J'ai eu une etudiante, aux US, belle, fine et tres interessante et enguageante, c. a. d. desireuse de s'exprimer d'etre remarque'e, etc. Mais quelle cruelle et criminelle tristesse se lisait sur son visage, surtout ses yeux, des que l'atmosphere rendre dans le gris. Combien pensaient qu'elle etait "consitipe'e", alors que la realite' est tout autre. Elle risquait sa vie, a chaque fois qu'elle osait mangeait avec un groupe mixte a la cafeteria. Mais c'est plus facile de juger, et tout le monde ou presque le faisait. C'est une etudiante Tunisienne qui m'avait ouvert les yeux.

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Messaoud MESSAOUD

quand on connait la relation des couleurs avec la chaleur, les hommes Saoudiens ont choisi le blanc qui réfléchit la chaleur, (la meilleure place) et ont imposé le noir, récepteur et catalyseur de chaleur aux femmes. (la non-place)

ce symbole, dans un pays écrasé de soleil, donne le ton. les femmes ont le devoir de "crever" de chaud et les hommes ne sont que "lumière".

je partage votre avis, monsieur Sid Lakhdar Boumédienne, il n'y a pas de quoi se taper sur le ventre d'entendre cette nouvelle. elle est normale et j'allais dire obligatoire. toute femme est égale en droit.

pour encourager les Saoudiens, je vais me permettre de féliciter cette "grande audace", les femmes vont pouvoir voter, mais elles ont intérêt à vivre à proximité du lieu de vote, car n’étant pas compétente pour conduire, elles doivent y aller à pieds, et si c'est trop loin, elles resteront à la maison, l'objectif réel des Saoudiens.