Les années grenobloises de l'enfant d'Akfadou

La couverture de l'ouvrage.
La couverture de l'ouvrage.

C'est cette parole de Nelson Mandela qui ouvre ce deuxième tome de la trilogie d'Idir Tas : "Après avoir gravi une haute colline, on se rend compte qu'il y a encore beaucoup de collines à gravir".

Effectivement durant tout ce parcours, admirablement raconté par une plume talentueuse et sincère, le lecteur ne se lasse pas de suivre les pérégrinations d'un narrateur sensible et passionné par la vie, la science, les arts et les autres. Dans le premier tome intitulé, Le Murmure du figuier bleu, il était question de l'enfance en Kabylie et à Alger et du déracinement vécu après un déménagement à Constantine. Dans ce deuxième tome qui paraît aux éditions du Net, c'est principalement à Grenoble que l'histoire se déroule entre 1983 et 1989. Idir Tas se souvient très bien de ce fameux premier départ. "Mon bagage n'était pas lourd. Il ne contenait que l'essentiel : des vêtements de rechange, une trousse de toilette, des stylos et un bloc-notes, des cassettes d'Idir, d'Ait-Menguellet", raconte-t-il. Idir Tas garde en mémoire tous les gestes de son père qui conduit la 504 familiale en direction de l'aéroport. A Grenoble, une nouvelle vie commence. "Le soleil était déjà couché lorsque je m'éloignai de la gare de Grenoble tout en me demandant où j'allais passer la nuit", écrit l'auteur. Des questions, le narrateur se posera beaucoup durant ces six années d'études réussies, d'aventures, de découvertes, de solitude et puis d'amour. Des années de vie et de recherches bien remplies qui vont forger le destin, la pensée et l'humanisme d'un scientifique.

Les livres peupleront souvent le quotidien de Tas Idir ; ils lui seront d'un secours certain dans un pays où les mots savent ouvrir les portes et les cœurs. "Grand-mère Zineb m'annonça une triste nouvelle : mon chien Rex était mort quelques mois après mon départ", se rappelle l'écrivain qui est alors obligé de se rendre auprès de son figuier pour lui confier son chagrin. Avec des mots souvent profonds, Idir Tas a le don de transmettre l'émotion et la magie de chaque instant. "Une fois que je rangeais ma chambre, je retrouvai la boîte d’allumettes dans laquelle j’avais mis un peu du champ de mon grand-père Boudjemaâ. Une poignée de cette belle terre d’Asgun au pied de la cabane en pierres où ma grand-mère Drifa mettait du foin. Au fil des ans cette cabane s’était un peu délabrée, mais à mes yeux elle avait gardé toute sa noblesse. En ouvrant la boîte d’allumettes je ressentis une émotion si vive que je dus m’asseoir sur mon lit. C’était comme si je redécouvrais en miniature le paradis de mon enfance. Il suffisait juste que je devienne une fourmi et j’aurais pu me promener sur cette terre comme lorsque j’étais enfant", écrit Idir Tas quand il se rappelle cette Kabylie merveilleuse de jadis. D'autres événements vont également marquer le narrateur, c'est le cas de cette visite surprise de son oncle Smaïl qui débarque à l'improviste dans sa chambre universitaire. Là c'est un bonheur fou qui s'offre à l'étudiant lequel a toujours été très proche de son oncle.

Au fil du temps, Idir Tas s'adapte plutôt bien à la culture et aux traditions françaises. Une femme merveilleuse va l'aider encore plus dans ses nombreuses quêtes. L'amour sait supprimer les frontières, toutes les frontières. Comme le précédent tome, celui-ci est parsemé également de chansons. Idir Tas est également poète ; c'est un scientifique doué et passionné qui réussit brillamment à avoir son doctorat tout en sauvegardant sont âme d'enfant qui ne cesse de se balader sur les chemins universels de l'art. «Les Poissons migrateurs» est un livre qui restitue, avec brio, la mémoire d'une époque qui paraît, déjà, lointaine. C'est un livre à lire et à relire.

Youcef Zirem

"Les Poissons migrateurs" de Tas Idir, éditions du net, 2015, 376 pages, 23 euros.

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