Mouloud Assam, tel le phénix qui renaît de ses cendres !

L'affiche d'Assam Mouloud
L'affiche d'Assam Mouloud

1952. Une année s’achève, un être s’éveille. Alors que le froid gagne toute la Kabylie et que l’ambiance est plutôt terne sous le règne colonial, des youyous fusent tout à coup en ce mardi 2 décembre 1952 à Bouhinoun, un petit village blotti sur le flanc des Aït Aïssi dans les hauteurs de la célèbre capitale de la région : Tizi-Ouzou.

La famille Assam accueille dans une grande joie le petit Mouloud qui vient de voir le jour. Une émotion vive parcourt toutes les chaumières. A peine il a ouvert les yeux que le beau nourrisson plonge dans une ambiance euphorisante où s’entremêlent chants et appels des femmes que l’enfant capte et, à l’évidence, enregistre goulûment.

20 ans après, cet ancrage resurgit du fond de l’âme de Mouloud et se métamorphose en talent d’artiste. La résonance émotionnelle de l’époque se transforme en de fantastiques mélodies que le jeune Mouloud offre à sa Kabylie tant aimée.

20 ans après, le nom du petit garçon devenu adulte résonne dans toute la région et dépasse très vite les frontières de sa belle province. C’est désormais celui d’un grand poète-compositeur-interprète. Très vite les cadeaux à sa culture se multiplient : une quinzaine de mélodies dont quelques unes sont à couper le souffle, accompagnent des textes de haute tenue comme Afalku, Targit, Ccama, Tafriqt, Am Duru, Aneɣlu n yitij, …

Mais c’est surtout Aqlalas, un poème chanté hors normes qui sort du lot et pousse le jeune artiste dans la cour des grands. Il y est question d’exil, ce fléau qui a frappé la Kabylie de plein fouet depuis la fin du 19ème siècle, vidant la région de ses forces vives.

Aqlalas est un appel pathétique de la femme kabyle restée au village et qui voit son bien-aimé s’envoler vers des contrées incertaines. C’est que le départ en ces lieux ne s’accompagne pas toujours d’un retour. Alors la douleur tord les entrailles et la voix de l’artiste pousse le réalisme jusqu’au bout, dans une langue maternelle quasi charnelle, une langue qui fait vibrer les cœurs et les chœurs.

Le gémissement des deux êtres devient un cri primal continu comme l’anza, ce cri cyclique désespéré des êtres victimes de mort brutale. Il traduit la situation des hommes kabyles condamnés à l’abîme des lieux hostiles au de-là des mers et celle des femmes éplorées qui se meurent de peur et se terrent dans leur chaumière comme des bêtes traquées. Aqlalas rime avec aqlileh, ce sentiment déchirant qui prend aux trippes quand trop d’espoirs s’écroulent et que tant de rêves s’évanouissent.

Comme l’exilé, Mouloud Assam a jeté l’éponge peu d’années après ses succès. Las de voir son pays se morfondre, il fait une halte, une longue halte. Mais son silence est assourdissant. Il faut rendre hommage à Tiregwa, cette fondation du nouveau monde installée à Ottawa qui désensevelit les belles créations pour leur donner une vraie vie. Alors tel le phénix qui renait de ses cendres, Mouloud Assam accepte l’invitation lancée depuis le Canada et sera de retour sur scène ce 31 octobre 2015 à Montréal. Gageons que la fête sera belle, sera à la hauteur de l’artiste, cet homme à la grandeur modeste. Merci Mouloud.

Hacène Hirèche

enseignant de tamazight à Paris

Rendez-vous le samedi 31 octobre 2015 à Montréal

A 19h au Théâtre le Château (6956 Rue Saint-Denis. Métro : Jean Talon)

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