Baisse de la rente pétrolière et inflation : menaces sur le pouvoir d’achat des Algériens

La paupérisation de pans entiers de la société sont à craindre les années à venir.
La paupérisation de pans entiers de la société sont à craindre les années à venir.

Il existe une différence entre la période 1986 et la situation actuelle, le stock de la dette en 2015 (principal et services) est inférieur à 4 milliards de dollars et la dette publique intérieure, moins de 1 milliard de dollar et les réserves de change bien qu’en baisse clôtureront selon les tendances de la valeur des importations de biens et services (voir les statistiques i douanières publiées le 21 septembre 2015 pour les huit premiers mois) entre 135/140 milliards de dollars fin 2015. Il s’agira de bien les utiliser, permettant d’être un tampon social, pour éviter de se retrouver face au FMI courant 2018 en procédant et en urgence à d’importantes réformes structurelles..

1.- L’Algérie et l’économie mondiale

Face à cette situation de turbulences de l’économie mondiale qui touche tous les pays, le gouvernements algérien faute de prospective, assistant en spectateurs,, dont l’essence de la crise est structurelle, quelle est la structuration des réserves de change de l’Algérie évaluées à 160 milliards de dollars au 01 juillet 2015 entre les principales monnaies internationales : part en dollars, euros, livres sterling et yen ? Les données de 45% en dollars, 45% en euros, 5% en livres sterling et 5% en yen sont-elles justes ? Combien de ces réserves de change sont placés à l’étranger, (80% selon les déclarations du ministre des Finances devant les députés ) dont une fraction en bons de trésor américains, dans les autres banques centrales européenne ou des banques privées internationales dites bien cotées AAA mais dont certaines ont été décotées depuis la crise financière mondiale d’octobre 2008. Que rapportent ces placements sachant que qu’entre 2013/2015 le taux directeur de la FED et celui de la BCE ceux du Japon (et de la banque d’Angleterre tendent vers 0/1%. Avec le taux d’inflation même faible, entre 1 et 2% cela donne un rendement zéro, voire négatif. Cela doit être également soit pondéré à la baisse par la dépréciation d’une monnaie (ce qui est le cas pour le dollar ou à la hausse en cas d’appréciation (cas de l’euro), les exportations d’hydrocarbures se faisant en dollars et les importations algériennes pour 60% en euros. C’est que l’utilisation des réserves de change pose un véritable stratégique engageant l’avenir du pays. Doit –on, continuer à privilégier la sécurité des placements même si le rendement est faible, voire négatif ce qui équivaudrait que l’Algérie finance le développement d’autres pays et pourquoi alors continuer à épuiser les réserves d’hydrocarbures reconvertis en monnaies incertaines ? Du fait de la faiblesse de la capacité absorption afin de respecter les engagements internationaux en approvisionnement énergétique, ne serait-il pas préférable de les investir à travers la création de grands groupes nationaux, encourager par la levée des contraintes bureaucratiques le privé national, et international, évitant tout monopole néfaste, en Algérie et ce dans le cadre d’un partenariat bien ciblé gagnant/gagnant, et une autre fraction en fonds souverains par l’achat d’actions et d’obligations afin d’avoir un rendement beaucoup plus élevés ?

Dans ce cas c’est comme dans le casino, avec des risques de gains et de pertes. Un exemple si l’Algérie avait placé ses réserves de change au moment où l’once d’or était coté à 800 dollars, et comme l’once est actuellement à 1100 dollars on aurait augmenté les réserves de change de l’Algérie en termes de parité de pouvoir d’achat ? Cela aurait pu s’appliquer à d’autres actions en bourse dévalorisées en 2009 dont les cours ont remonté depuis. Autre axe, investir dans un partenariat ciblé dans des segments à valeur ajoutée y compris les services, dans le cadre de la logique des valeurs internationales afin de préparer l’après hydrocarbures. Mais est cela est possible avec une gestion administrée impliquant une révolution culturelle de nos responsables, avec la bureaucratisation extrême de la société algérienne qui freine l’initiative de tout entrepreneur surtout depuis scandales financiers ? Peut-on dès se mette au diapason des mutations de l’économie mondiale, les opérateurs paralysés attendant des ordres d’en haut qui souvent ne viennent pas ou avec des mois en retard ? En insistant sur le fait que ce ne sont pas les pays qui ont des réserves de change importants qui sont les plus développés, souvent c’est le contraire, surtout celles provenant de la rente avec le risque du syndrome hollandais. L’ex gouvernement communiste roumain avait une dette égale à zéro mais une économie en ruine. Un endettement bien utilisé peut être source de croissance permettant de rembourser les emprunts grâce à la création de la valeur permis par le travail. En Algérie, ces réserves de change artificielles puisque provenant des hydrocarbures, ont-ils contribué à améliorer le pouvoir d’achat des Algériens ?

2.- Manque de régulation, Inflation et tensions sociales

S’agissant d’un problème aussi complexe que celui du pouvoir d’achat et de l’inflation qui lui est liée, il me semble utile de préciser que ces phénomènes doivent tenir compte de la structure et des particularités de l’économie à laquelle ils sont appliqués, les aspects de structures de l’économie internationale, de l’économie interne résultant de l’option de la stratégie de développement économique, aux schémas de consommation générés en son sein pour des raisons historiques, d’influences socioculturelles et aux composantes des différentes forces sociales pour s’approprier une fraction du revenu national. Pour les petites bourses, le constat est amer. En l’absence de mécanismes de régulation et de contrôle, les prix des produits de large consommation connaissent, comme de coutume, notamment à la veille de chaque mois de Ramadhan, des fêtes religieuses ainsi qu’à l’approche des rentrées sociales, des augmentations sans précédent, les organisations censés sensibiliser les commerçants ayant peu d’impacts, prêchant dans le désert. C’est que la réalité pour la majorité des ménages est que l’inflation pour les produits de première nécessité a des incidences directes sur le pouvoir d’achat. La hausse des prix importante est considérée comme une des raisons les plus directes à la transformation du malaise latent en émeutes urbaines. Je recense quatre raisons à l’inflation en Algérie. Premièrement, de l’inflation est la non proportionnalité entre la dépense publique et les impacts économiques et sociaux avec un taux de croissance ne dépassant pas 2/3 % moyenne 2004/2015 alors qu’il aurait du dépasser 10% fonction de l’importance de la dépense publique. Cela a évidemment, un impact autant sur le taux d’inflation que sur le taux de chômage réel qui est largement supérieur au taux officiel. Une récente étude de l’OCDE montre clairement, parmi certains pays du pourtour méditerranéen, que l’Algérie dépense deux fois plus pour deux fois moins de résultats : projets mal ciblés, les infrastructures ne constituant qu’un moyen, une gouvernance mitigée, l’entreprise et le savoir dévalorisés, mauvaise gestion et surtout la corruption qui s’est socialisée.

La deuxième raison, liée à la première, est la faiblesse d’une politique salariale cohérente privilégiant les créateurs de valeur ajoutée, le travail et l’intelligence au profit d’emplois rente ce qui fait que la productivité globale est une des plus faible au niveau de la région méditerranéenne.

La troisième raison est l’extension de la sphère informelle qui contrôle 65% des circuits des produits de première nécessité, quatre segments celui des fruits et légumes, de la viande rouge et blanche ; du poisson et du textile/cuir, ce dernier à travers les importations de valises avec plus de 40% de la masse monétaire en circulation, où plus de 80% des transactions se font en cash alors que la base de l’économie moderne repose sur le contrat et le crédit .Mais cela concerne également le secteur productif puisque une enquête menée par le CREAD (Centre de recherche en économie appliquée pour le développement) révèle que sur 7500 PME, 42% des effectifs ne sont pas déclarés et 30% de leur chiffre d’affaires échappent au fisc.

D’une manière générale, en matière d’emploi, la part qui revient à l’économie informelle, pour le ministre du Travail plus de 25% de la population active avec une contribution dans la formation du PIB (produit intérieur brut) hors hydrocarbures de 20 à 25%. Et selon d’autres estimations hors hydrocarbures ce taux dépasse 40/50 % idem pour la valeur ajoutée. L’allongement des circuits de commercialisation à travers leur désorganisation entre le producteur et le consommateur favorise les rentes de monopoles, donc la hausse des prix. La mobilisation de trois à quatre milliers agents de contrôle, l’ancien ministre du commerce prévoyant 7000 fonctionnaires pour 2014 pour contrôler 1,4 million de commerçants sera-t-elle efficace sans maîtrise des circuits de distribution? Ce qui fait que le décret postulant que le chèque obligatoire qui devait entrer en vigueur le 02 avril 2011 a été abrogé pour toute transaction supérieure à 500.000 dinars comme l’on a abrogé un autre décret en 2008 pour un montant de 50.000 dinars. Qu’en sera-t-il de dispositions récentes initiées par l’actuel ministre des Finances jouant sur le sentiment qui n’existe pas dans la pratique des affaires ? C’est que la sphère informelle favorisant les actions spéculatives est le produit de la bureaucratie et des dysfonctionnements des appareils de l’Etat nourrissent des liens dialectiques entre la sphère informelle et la logique rentière. Il en résulte, en cas de remous sociaux, une mentalité bureaucratique qui laisse croire que des lois et des commissions résoudront les problèmes. La quatrième raison est l’inflation importée surtout avec le dérapage du dinar corrélé à 70% à la rente des hydrocarbures, passant de 2010 à 2015 de 70/75 dinars un dollars à plus de 105/016 dinars un dollar se répercutant automatiquement sur le coût des produits importés finis, semi –finis et les biens d’équipement, et par ricochet sur le prix aux consommateurs. Avec des réserves de change approchant zéro la cotation officielle du dinar algérien dépasserait 200 dinars un dollar. Mais la question qui se pose est de savoir pourquoi lorsque le taux d’inflation mondial est très faible actuellement, au niveau du marché international pour certains produits cela n’a pas eu d’impacts ni sur les producteurs ni sur consommateurs algériens. Le dérapage du dinar, a gonflé artificiellement les recettes fiscales voilant l’importance du déficit budgétaire et gonflant le fonds de régulation des recettes calculés en dinars algériens, les taxes au niveau des douanes s’appliquant à un dinar dévalué ayant largement contribué à la hausse des prix au profit de couches rentières. L’ injustice sociale et hausse des prix expliquent en partie le malaise social, pouvant être annonciateurs, en cas d’un sacrifice non partagé, concilier l’efficacité économique et une très profonde justice sociale, renvoyant à la confiance Etat-citoyens et de la moralité de ceux qui dirigent la Cité sans lesquels aucun développement ne peut se réaliser passant par un front social interne tenant compte de toutes les sensibilités, mobilisant tous les acteurs économiques, sociaux et politiques, d’une grave explosion sociale.

Aussi invoquer une évolution positive du revenu global, c’est ignorer cette évidence, la concentration du revenu au profit d’une minorité rentière et non productive, car un chiffre global a peu de significations, données que remet en cause les différentes déclarations des différents Ministres de la solidarité qui annoncent chaque année triomphalement une distribution de plus en plus élevé des couffins du Ramadhan. Appauvrissement d’environ 10% de la population, qui risquent de s’accroitre avec la crise, confirmée par le rapport du PNUD, qui note que 2,3 millions d’algériens vivent dans des habitats précaires avec un modèle de consommation loin des normes internationales, une personne sous nutritionnée se répercutant tant sur la productivité du travail qui occasionne des maladies fréquentes, expliquant en partie l’envolée du poste importation de médicaments.

Certes, le SNMG algérien a plus que doublé ces dernières années, mais en dépit de cette augmentation, une interrogation s’impose : comment est-ce qu’un Algérien, qui vit au SNMG, 150/200 euros par mois au cours officiel moins de 100 euros au cours du marché parallèle, alors que le kilo de viande est de plus de 14 euros, fait face aux dépenses contraintes et incontournables (alimentation, transport, santé, éducation. Plus de 50% des salariés algériens perçoivent moins de 25.000 dinars net consacrant 80% de ce modeste revenu aux produits de première nécessité qui connaissent une hausse de prix continue alors qu’ il est admis maintenant par tous qu’une famille avec 4/5 enfants à charge ne travaillant pas a besoin d’un revenu minimum de 40.000 dinars net. Hélas, cela est impossible si l’on veut une dérive inflationniste généralisée qui pénaliserait les plus pauvres car source de concentration de revenus au profit des revenus variables. Pour l’instant, l’inflation est comprimée partiellement et transitoirement par des subventions toujours grâce aux hydrocarbures pour calmer le front social, (transferts sociaux et subventions 60 milliards de dollars soit 27/28% du PIB) source de gaspillage car mal gérés et mal ciblées permettant d’ailleurs des fuites hors des frontières (Maroc, Tunisie, frontière saharienne) des produits de première nécessité du fait de la distorsion des prix et du taux de change.

Pourtant, le constat sur le terrain c’est qu’à la différence des années d’ajustement structurel entre 1992/1998, outre les tensions géostratégiques qui ‘existaient pas, nous avons une jeunesse parabolée de plus en plus exigeante, un modèle de consommation qui ne corresponds pas à notre capacité productive, où l’Etat providence a dévalorisé la valeur travail. Ainsi, faute d’un sacrifice partagé, d’un projet de société clair facteur de mobilisation, les mesures gouvernementales de subventions et de discours sur l’austérité peuvent avoir peu d’impacts de mobilisation. Au contraire, le risque est un rejet général où tous les segments de la société veulent une part de la rente des hydrocarbures immédiatement, quitte à conduire le pays au suicide collectif. Paradoxalement, la crise du logement (même marmite, même charges) et des distributions de revenus sans création de valeur permettent à une famille de disposer de plusieurs revenus reportant dans le temps provisoirement les tensions sociales dans la mesure où toute Nation ne distribue que ce qui a été préalablement produit si elle veut éviter la dérive économique et sociale.

3.- Dépasser le blocage d’ordre systémique

L’Algérie exporte 98% d’hydrocarbures et importe 75% de ses besoins (ménages et entreprises- taux d’intégration inférieure à 15%) avec une participation des entreprises créatrices de richesses de moins de 20% au produit intérieur brut car le secteur BTPH étant lui-même irrigué par la dépense publique via les hydrocarbures et ce malgré un dinar dévalué montrant que le blocage est d’ordre systémique. Les chiffres officiels sont fortement biaisés de 6% de valeur ajoutée hors hydrocarbures, du taux de chômage comme démontré précédemment, si l’on soustrait les sureffectifs dans les administrations et les entreprises publiques, les emplois fictifs et la sphère informelle et du taux d’inflation compressé artificiellement. Pour preuve, la facture des importations malgré des mesures es 49/51%, du passage du Remdoc au Crédoc a plus que doublé. Où en est l’évaluation du programme de développement agricole qui a couté au trésor public des dizaines de milliards de dollars ? Une situation qui trouve son origine dans une ouverture économique qui s’est faite sur fond de rente pétrolière avec la facilité de tout acheter sur le marché international, y compris la ressource humaine étrangère du fait que le poste services est passé de 2 milliards de dollars 2001 à plus de 11 milliards de dollars entre 2010/2014 marginalisant l’élite locale. Il existe des liens dialectiques entre la logique rentière et l’extension de la sphère informelle spéculative, ce qui a plombé toute démarche tendant à dynamiser des secteurs à forte valeur ajoutée dans le cadre de la concurrence internationale et industrialiser le pays. Aussi, les ajustements futurs tant économiques que sociaux dans les très prochaines années (2015/2020), comme c’est le cas actuellement en Grèce, avec plus d’intensité pour l’Algérie, seront très douloureux avec des risques de tensions sociales vives, et il est temps de dire la vérité supposant une lutte sans faille contre la corruption qui prend une dimension dangereuse.

Plus on retarde les réformes plus les ajustements seront plus douloureux car en économie le temps ne se rattrapant jamais. D‘où l’importance d’un discours de vérité. Selon les experts avertis et sans démagogie, dans 15 ans l’on devrait assister à l’épuisement du pétrole/gaz traditionnel du fait de la forte consommation intérieure qui risque de dépasser les exportations actuelles, devant éviter l’illusion d’un modèle de consommation énergétique mondial linéaire, ce qui serait une erreur de stratégie, tenant compte des coûts élevés en Algérie où la population approchera 50 millions d’habitants. Mais ce ne sera pas un drame et peut être une chance pour l'Algérie. Pour preuve l’Indonésie était un pays exportateur important les années passées est devenu un pays émergent bien qu’importateur net. J’ai une grande confiance en le génie algérien qui évolue favorablement à l’étranger, s’agissant de lever le blocage qui est d’ordre systémique. Pour peu que des réformes structurelles courageuses politiques, économiques, sociales et culturelles soient menées dans le cadre d’une large concertation, la transition peut se réaliser.

Mais je ne peux concevoir cette transition dans un cadre fermé. Au moment de la consolidation des grands espaces, je ne puis concevoir l’émergence de pôles de savoir et d‘entreprises compétitives sans l’intégration africaine et maghrébine au sein de l’espace euro-méditerranéen et africain. Espérons une transition démocratique pacifique, car imagions une crise politique en Algérie à l’instar de certains pays arabes (Tunisie, Egypte, Libye), dans ce cas, le risque est la déstabilisation de toute la région avec un exode massif notamment vers la France. La rente des hydrocarbures n’est pas éternelle, d’où l’importance d’un débat démocratique, pour plus de transparence, évitant le manque de visibilité et de cohérence dans la gouvernance et de la politique socio-économique, sur la trajectoire 2015/2020/2030 du développement hors hydrocarbures de l’Algérie face à la mondialisation, posant la problématique à court terme de la gestion de la rente des hydrocarbures ainsi que celle de l’utilisation des réserves de change, propriété de tout le peuple algérien.

Abderrahmane Mebtoul, analyste international

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