Santé publique en Algérie, dites-vous ?

Incapables de gérer le secteur, les autorités se défaussent sur le personnel de la santé.
Incapables de gérer le secteur, les autorités se défaussent sur le personnel de la santé.

«Leurs palinodies tiennent moins à un excès d’ambition qu’à un manque de mémoire.» Marcel Proust

La grogne du corps médical et paramédical ces derniers temps, les sorties médiatiques «tape-à-l’œil» (rappelez-vous son passage au ministère de la Solidarité) du Dr Djamel Ould Abbas, flagorneur d’un tout autre acabit et ex-premier responsable du secteur de la santé publique, les fréquents voyages des pontes du régime aux hôpitaux et cliniques européens pour s’y faire soigner, avec tous les frais que cela engendre tant financiers que logistiques (gardes-rapprochées, hôtellerie, avions) sur le dos de l’Etat et du peuple, interpellent désormais plus d’un à réfléchir sur le devenir de notre système de santé.

Le scandale de la clinique d’accouchement du CHU de Constantine s’est fait violence par télévision interposée, une avanie de plus, et comble de l’ironie, Abdelmalek Boudiaf, l’actuel ministre de la Santé, et néanmoins ex-wali de la même ville : «crie au loup…» et s’en est allé faire dans le populisme, en pointant un doigt accusateur sur le DSPS, oubliant que quatre doigts de cette même main, sont dirigés contre sa personne. Pardi, il était responsable de cette wilaya et en avait la charge, donc forcément connaissait ses problèmes. Ne voilà-t-il pas qu’il fait preuve d’une pitoyable palinodie sitôt devenu ministre. Glissons, c’est dans l’air du temps du royaume Bouteflika.

Qu’à cela ne tienne ! La série d’infortunes dont souffre notre système de santé n’est pas pour étonner lorsque l’on sait que depuis l’avènement de la gratuité des soins, l’obsolescence du concept santé publique s’est fait de plus en plus ressentir notamment par les lourdeurs administratives, engendrées par la bête immonde qu’est la bureaucratie : l’on se rappelle les équipements médicaux flambants neufs moisissant sur les quais des ports pour cause de formalités de dédouanement, les ruptures de stocks répétées de médicaments cruciaux, la sommaire éducation sanitaire d’une partie du personnel soignant, l’incompétence des gestionnaires, et, plus grave encore, le manque de civisme de quelques concitoyens.

Dès lors, la question se pose : l’Algérie a-t-elle au jour d’aujourd’hui une politique de santé ? Non ! Et tous les problèmes que l’on évoque sont dus à ce manque. Depuis la fin des années 80 et début 1990, le pays applique aveuglement les recommandations du FMI et des bailleurs de fonds : réductions drastiques des effectifs, arrêt de l'embauche, gel des salaires, désengagement de l'Etat des processus de commercialisation des produits pharmaceutiques et hospitaliers ... l'énumération serait trop longue. Tout cela dans le but de donner le coup de grâce à la santé publique et d'ouvrir grandes les portes à la médecine privée.

Malaise exacerbé davantage par le dépouillement par le gouvernement à partir de 1984, des Centres médicaux sociaux et autres structures de santé des unités économiques et de la Cnasat, alors «biens des assurés sociaux», qui bénéficiaient jusque-là d’une couverture médicale qualitative, et, qui plus est, rendaient d’inestimables services à la population.

La déperdition de l’échelle de valeur occultée par le statut général des travailleurs, dès les années 1990, n’a fait «qu’enfoncer le clou» au point où il était plus rentable de faire vendeur au souk el fellah que d’être médecin spécialiste dans un hôpital ; situation, du reste, qui a poussé bon nombre de praticiens de renom à immigrer et faire le bonheur de leurs respectifs pays d’accueil, qui n’en demandaient pas tant !Constat conforté par la déclaration, en 2011, de M. Halim Benatallah, l’ex-secrétaire des AE, chargé de la communauté nationale à l’étranger : «Avec la pléiade de médecins algériens, toutes spécialités confondues, l’on peut créer le meilleur Centre hospitalier universitaire de France…». C’est, en effet, très révélateur

Il ne se passe pas d’une journée où le dossier Santé n’est pas énoncé par un quelconque journal pour disserter sur les problèmes inhérents au secteur : le largage à vau-l’eau des cancéreux, des diabétiques, la mafia des médicaments. L’abattage médiatique est, très souvent, sabordé par les formules creuses, le ton présomptueux, et la langue de bois des divers ministres de la santé, qui se sont succédés, et qui semblent faire leurs, le credo tartuffe: «Cache-moi donc ce sein que je ne saurai voir». Pour paraphraser le docteur Saffar-Zitoun : «Cette absence de l'Etat, que l'on ne retrouve pas uniquement dans le secteur de la santé, a été très vite supplée par la maffia du médicament et du matériel médical et c'est elle qui gère actuellement par "ministres" interposés la santé en Algérie.» Peu lui importe la santé de notre système de santé pourvu que l'argent rentre.

Aujourd’hui par médias interposés, on jette l’anathème sur le corps médical et paramédical, en toute iniquité, oubliant parfois que la santé n’est qu’un maillon de la chaîne des moult problèmes qui secouent le pays.

La santé dans notre pays se déglingue, Rappelons-nous, les 8es Journées internationales d’hygiène hospitalière organisées, en 2010, par la société Nosoclean, à l’hôtel El Djazaïr. Une rencontre qui a réuni plusieurs intervenants algériens, mais aussi étrangers, mettant en exergue le pourcentage combien alarmant des infections contractées à l’intérieur des hôpitaux : selon une étude, 25% des patients contractent une infection nosocomiale, résultant des précaires conditions d’hygiène de nos hôpitaux. En un mot, nos hôpitaux sont en passe de devenir des mouroirs, s’ils ne le sont pas déjà !

En vérité, cette clochardisation de nos salles de soin n’est pas pour étonner lorsque l’on voit le tabagisme régner en maître dans les dédalles des unités sanitaires, en dépit des signes d’interdiction de fumer. Comble de l’ironie, des médecins et des infirmiers, censés donner l’exemple transgressent, en toute impunité, cette sacro-sainte interdiction. Juste Dieu, sous d’autres cieux la prohibition du tabac dans les lieux publics : hôpitaux, cafés, restaurants et moyens de transports, est strictement observée. Jusqu’à quand continuera-t-on alors, à faire preuve de complaisance et de silence complice ?

Que dire alors du nombre de plus en plus alarmant de personnes atteintes du sida, selon l’institut Pasteur : 500 séropositifs et 60 sidéens nouveaux cas dépistés, durant l’année en cours, entrainant dans leur sillage un surcoût très significatif sur le plan financier à l’Etat.

Quelle autre signification peut-on donner à l’affectation de médecins généralistes, fraîchement diplômés d’universités aux pavillons des urgences où l’expérience professionnelle est primordiale pour sauver des vies. C’est navrant de constater que bon nombre de concitoyens ont fait les frais des négligences médicales, des premiers soins prodigués, à leur arrivée dans les salles d’urgence. L’adage populaire : «yataalam al hfafa fi rass el yatama» étant de mise !!!

Les négligences et erreurs médicales sont légion dans nos hôpitaux et autres centres de santé, jusqu’à quand continuera-t-on à tolérer cette incurie ?

La forfaiture des autorités locales (APW, APC) dans les actions d’hygiène et de prévention du milieu social, source de nombreuses maladies infectieuses est si criarde, en atteste le nombre effarant des hordes de chiens et chats errants, qui sitôt la nuit tombée, font la loi dans nos cités.

Santé publique dites-vous ? N’est-il pas temps de redorer son blason ? Cet enkystement du système exprime par lui-même le besoin d’être traité. Il est vrai qu’il suscite bien d’interrogations quant à l’urgence thérapeutique appropriée. Il est plus qu’impératif aujourd’hui de réévaluer les potentialités humaines et structurelles, d’en tirer les enseignements susceptibles de donner une impulsion nouvelle à une bien meilleure prise en charge du malade, de combler le vide informationnel concernant les buts et les prérogatives des unités de soins de base, de renforcer la lutte contre l’insalubrité du milieu, il serait souhaitable de mettre sur pied une police spécialisée pour l’hygiène et l’environnement, rôle tenu, jadis, par le garde-champêtre, de régulariser les situations administratives du personnel de santé (statuts particuliers, plan de carrière, titularisations). De motiver les professionnels de la santé par des stages de recyclage, des reconversions de corps et des indemnités conséquentes et appliquer dans toute sa rigueur l’adage : «Qui aime bien, châtie bien !», le respect des horaires de travail, du malade...

De créer un centre de maintenance médical au niveau de chaque DSP, avec ses ingénieurs et ses techniciens prêts à intervenir sitôt la panne de tel ou tel appareillage signalée. De doter les unités de soins de moyens et d’équipements adéquats pour une bien meilleure prestation de service.

D’évaluer l’acte médical et paramédical pour mieux traquer la gabegie et l’incompétence. De concevoir des émissions TV avec le concours de l’INSP (institut national de santé publique),de l’institut Pasteur et des firmes pharmaceutiques pour l’éducation sanitaire et la lutte contre la surconsommation médicamenteuse. D’impliquer les écoles et les mosquées dans la sensibilisation civiques de nos concitoyens. Le volet Education civique dans nos écoles est sommairement dispensé.

Et, enfin d’entreprendre des visites d’inspection inopinées, pas celles annoncées à coup de clairon et de trompettes, pour dénoncer la médiocrité, le laxisme et le dilettantisme des uns et des autres. Ce sont-là les conditions sine qua non qui peuvent booster le secteur et par ricochet regagner la confiance des malades, de croire en une réelle prise en charge de leurs préoccupations, et de cesser d’aller à l’étranger demander ce qu’ils peuvent avoir localement, pour peu, que les moyens logistiques et techniques soient présents, et que les imminents docteurs installés à l’étranger soient conventionnés avec le ministère, viendront l’espace d’un temps, apporter leurs touches et leurs techniques et en faire profiter nos docteurs et nos étudiants.

Gageons que ces grands axes puissent susciter l’intérêt des indus-occupants des salons feutrés et capitonnés d’El Mouradia et d’ailleurs, pour sortir la santé publique de sa torpeur et redorer son blason.

Brahim Ferhat

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Commentaires (2) | Réagir ?

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Med TCE

vous êtes toujours les bienvenus en Tunisie : https://www. tunisie-chirurgie-esthetique. com/

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Bachir Ariouat

Mais, de quoi parlez-vous, dans notre pays il y a pas de soins, il n'y a pas d'hôpitaux publics, il y a des mouroirs et des faux cimetières.

Dites-vous bien que s'il y avait des médicaments, des médecins qualifiés et de qualités, nous hauts dirigeants n'irez pas se soignés à l'étranger.

Ils savent qu'ils mettent en place dans le pays, ils savent parfaitement qu'ils bluffent le peuple, ils savent que s'ils ouvraient les portes du pays, ils resteraient dans le pays les animaux, et encore, mêmes en voyant le peuple s'évader, ils suivront le peuple.

Donc, l'exemple vient d'en haut, nous barbus ils ont construits un pays pour Allah, leur président investi dans les maisons pour Allah, Allah passe avant le peuple, donc le peuple il a qu'à crever.