Parcours du lieutenant Amrouche Mouloud, dit "Lmouloud Awakour" (III)

De gauche à droite: Malika Gaid, Akli Mazouzi (Du village Iwakourène) et Khadidja Lesfer Khiar.
De gauche à droite: Malika Gaid, Akli Mazouzi (Du village Iwakourène) et Khadidja Lesfer Khiar.

Quand l'aube apparaissait, le 28 juin 1957, Si Lmouloud et ses compagnons avaient déjà quitté le village de Taguemount. Le refuge estmaintenant repéré et Si Lmouloud signalé à l'armée française.

Après avoir été informé, à la veille, sur la présence des moudjahidine qui étaient réunis à Tagemount et sur les préparations du FLN dans cette région, Marcel Bigeard débarqua vite d’un hélicoptère au lieudit "Ignan", à Saharidj. Les parachutistes de Bigeard avaient pour mission, de mener une impitoyable opération dite de "pacification" contre les combattants de l'ALN et les civils, et de capturer particulièrement le chef de zone qui se trouvait sur le lieu.

Cette opération qui dura presque une semaine, fit plus de 60 victimes dans cette petite localité de Saharidj (1). Des moudjahidines sont tombés au champ d'honneur, et des dizaines de civils furent interpelés et torturés par la suite. La glorieuse bataille d'Iwakourène eut lieu le 28 juin, et dans laquelle tombait au champ d'honneur, le lieutenant Si Lmould Awakour, Malika Gaid avec beaucoup de moudjahidine des localités voisines. Dans cette trois troisième et dernière partie, on retrace justement le déroulement de cette bataille, la mort au maquis de l'héroïne Malika Gaid et enfin du lieutenant Si Lmouloud.

La Bataille d'Iwakourène (28 juin 1957) est l'une des batailles les plus ardues de la wilaya III. À préciser, ce nom a, officiellement été prononcé, pour la première fois, lors des préparations de l'ouverture du Sanctuaire du martyr, à Alger, en 1984. Il a été proposé par la moudjahida Khadidja Lesfer Khiar, dite Dania, infermière et témointe de la bataille. Ce nom avait également été cité dans un chapitre de son livre: "En-Nidaa El Khalid" (Le Cri immortel), qui raconte les circonstances terribles dans lesquelles avaient vécu les moudjahidines de l'ALN pendant cette glorieuse bataille.

Marcel Bigeard s'était déplacé spécialement pour superviser son opération à partir de son PC, installé à Tayda n Lemsara, un autre poste avancé fut installé au lieudit Thalouine. (2). Plus de 35000 soldats français et supplétifs furent impliqués dans cette opération. Le blocus a, par la suite, été intensifié sur la montagne d'Iwakourène, Saharidj et toutes les localités voisines sur le flanc sud du Djurdjura: Tagamount, Ighil Hammad, Ivelvaren, Tala Rana, Ath Oualbane, Aggache, Ath Hamad, Lamsara, M’Zarir, Ath Ali Outmime. (3)

Les soldats de Bigeard étaient partout. Derrière tous les buissons et les rochers, sur toutes les routes et dans toutes les vallées de la région. L'aviation coloniale surveillait sans répit la zone. Des bombardements intenses et des explosions assourdissantes se faisaient entendre dans chaque coin! Ce fut un jour douloureux dans la mémoire des vieux de ces localités.

Ce jour-là, les compagnons de Si Lmouloud n'étaient pas tous armés. L'aviation coloniale avait pourtant commencé à bombarder les alentours, et ce n'était pas facile pour ces hommes d'affronter une aussi nombreuse armée, soutenue par une aviation moderne. Pendant cette opération, plusieurs fedayin et moussabiline rejoignirent ce groupe. Toutes les circonstances affirmaient que ce serait "Un grand jour". (4) L'infanterie de Bigeard commença à pilonner plusieurs les positions des moudjahidine. C'était inévitable, il fallait se disperser vite, d'autant plus que la section ne comptait qu'environ 20 moudjahid. Après une longue marche, Si Lmouloud décida enfin d'orienter les trois infermières vers une grotte, sous les roches, proche d'une colline, dans le lieu-dit "Ifri Bouchene",

Sur la propre proposition de Si Lmouloud, avant de se refugier dans la grotte, les moujahidates laissèrent leur seule arme à leurs frères combattants. Cette décision était, visiblement, prise pour protéger les femmes qui n'avaient, les trois, qu'un seul pistolet à la main.

Dans son témoignage, Lesfer Khiar raconte qu'elles avaient pourtant été bien entraînées à l'usage des armes. Chacune des filles avait porté une arme seulement un mois, avant qu'une autre prenne le relais. Il fallait que les maquisards se dispersent.

Malgré le temps passé, Lesfer Khiar demeure très affectée par cet événement ; elle revient sur ce sujet et affirme que Malika Gaid, Kheira Ben Larbi et elle-même avaient difficilement accepté d'être désarmées. Si Lmouloud leur expliqua que pendant la dernière réunion entre Amirouche et les responsables des zones, le chef de la wilaya avait promis de fournir à cette zone un lot d'armes considérable. Dont des mitraillettes pour chacun de ses éléments.

"Je vous promets que chacune de vous aura sa propre mitraillette comme celle-ci", dit-il aux trois infermières, en montrant sa propre arme. (5) Enfin, cette décision fut prise par Amirouche, pour riposter à l'adversaire déterminé à raser les villages et chasser sa population.

Le groupe s'est enfin séparé. Si Lmouloud et ses compagnons, à savoir Cherif n Tazmalt, Amar Sahraoui, et tant d'autres, sont pris pour cibles. Leur position est la cible de tirs de gros calibres et incessants. Les bombardements furent assourdissants, selon les témoins. L'ardeur des moudjahidine ne baissa pas pour autant.

Le groupe qui avait longtemps gardé la grotte fut lui aussi pris dans le tourment des combats. Après une résistance farouche, quelques moudjahidine tombèrent au champ d'honneur. (6) Accompagnés d'un harki, un grand nombre de parachutistes français s'approcha de l'entrée de la grotte, où étaient refugiées les trois infirmières. À l'entrée de la grotte un harki essaya de tirer Malika Gaid par sa chemise. Elle a tout de suite réagi, et le gifla sur son visage.

Se sentant déshonoré, il décida vite de montrer à ses chefs son "héroïsme". Le harki vida son fusil de chasse sur l'héroïne. Mailka Gaid tomba au champ d'honneur. Le choc de sa mort est gravé à jamais dans la mémoire des deux autres heroïnes. Au moment où le harki s'apprêta à tuer les deux autres moudjahidate, un officier français le remis en place et l'insulta et l'empêcha de fait de finir sa vile besogne : "Qui t'a dit de la tuer, salaud! J'ai besoin d'elles vivantes", fulmina l'officier. (7)

Ces mots résonnent à ce jour aux oreilles des deux 'infermières. "Jusqu'à maintenant, Je fais des cauchemars. Je ne peux jamais oublier le moment où Malika était tombée. Elle était ma soeur, ma copine et ma compagne de guerre", a rassuré Lesfer Khiar. (8) Au même temps, de l'autre côté, les héros de l'ALN ne cessèrent pas de combattre. Avant d'ouvrir une brèche dans l'encerclement et faire sortir ses hommes du bouclage, Si Lmouloud refusa de quitter la zone d’opération. Il avait pourtant la possibilité de sauver sa tête, cependant, Si Lmouloud refusa, pour longtemps, d'abandonner ses compagnons. Il resta le dernier sur le lieu. il sauva donc le maximum de ses fidèles hommes au prix de sa vie". (9)

Il réussira à sortir de la zone quadrillée par les parachutistes, un premier temps. Et arriva jusqu'au lieu-dit "Avaznou", pas loin de son village. Les paras ne le lâchèrent pas, il se retrouva encore encerclé. Après une résistance héroïque, le lieutenant Si Lmouloud tomba glorieusement au champ d'honneur, l'arme à la main. (10) À ses côtés, d'autres moudjahidine de son village natal comme Omar Akkouche, Ahmed Boudha, Houcine Mansouri et Said Kechadi tombèrent aussi avec lui. Said Kechadi n'avait que 17 ans.

Le 29 juin, après avoir bouclé la localité, le corps de Si Lmouloud fut transféré vers le village de Selloum. Les soldats français exposèrent fierèment sa dépouille dans la place dite "Tibhirin". Ils convoquèrent tous les villageois des localités voisines pour faire "la paix", et commencer "une nouvelle ère", après la mort de "l'officier entêté" (11). Une opération typiquement psychologique pour démoraliser la population.

"On nous conduisit vers le lieu, et on nous imposa à identifier le corps", raconte Mohend Akli Abkouk, un vieux du village Iwakourène. Les autorités coloniales ne divulguèrent pas tôt l'identité du martyr.

"Je me suis retrouvé dans la queue pour voir le corps de Si Lmouloud. Certains ne l'avaient pas reconnu. Ils sont passés sans même jetter un coup d'oeil sur son corps" se souvient Mehieddine Maatouk, citoyen du village de Selloum. "Ils ont été giflés par le soldat qui gardait le corps. On nous a clairement dit: C'est un officier, vous devez le saluer", a-t-il ajouté. (12)

Après cette mise en scène, Si Lmouloud fut enterré dans la maison d'un citoyen dit El Hadj Achour, à Selloum.

Après l'indépendance de l'Algérie, le corps du martyr fut transféré, le 23 août 1965, vers son village natal Iwakourène, à Thaddart n Lejdid. Pendant cette grande cérémonie, organisée également à la mémoire des martyrs du village, ses anciens compagnons et des chefs historiques des wilayas étaient présents pour honorer la mémoire de ce héros et celle de tous les martyrs d'Iwakourène. Une petite stèle a été également inaugurée à la mémoire du martyr Ahmed Amrouche, le père du mouvement national dans la région de Bouira.

Parmi les invités, il y avait Karim Belkacem, qui a, lui-même, inauguré le cimetière de Thaddart n Lejdid. À son côté, il y avait Amar Ouamrane, Mohand Oulhadj, Slimane Amirat, des dizaines de moudjahidine des localités voisines, des représentants de la zone autonome d'Alger, de la wilaya 4 et d'autres régions. Enfin, une telle commémoration aux martyrs du village Iwakourène n'est, en fait, qu'une reconnaissance aux sacrifices de ce village pour la libération du pays. La bataille Iwakourène n'est, néanmoins, qu'une partie de plusieurs accrochages et d'autres batailles aux alentours de Thaddart et Ighzer Iwakourène. (13)

Pendant la guerre de la libération, cette localité qui comptait environ de 4000 habitants, avait sacrifié plus de 124 des siens pour l'Algérie. Le village fut détruit détruit deux fois en 1957. Aujourd'hui, 58 ans après la bataille Iwakourène, les moudjahidas Khadidja Lesfer Khiar et Kheira Ben Larbi n'acceptent que difficillement de revenir sur ces événements douleureux qui ont marqué, à jamais, leur vie. Depuis juin 1957, les deux héroïnes ne sont plus revenues au village Iwakourène ni aux localités voisines. Cette région et cette bataille, resteront toutefois gravées, non seulement dans leur mémoire, mais plutôt une épopée immortelle dans l'histoire de guerre d'Algérie. (Fin)

Hamza Amarouche

Ahmed Amrouche (H'mimi) reçoit les soins en Tunisie après ses graves blessures à Iwakourène

Après la mort au combat de Si Lmouloud Awakour, en 1957, son fils Ahmed dit H'mimi fut pris en charge par le FLN en Tunisie, et séjourna chez le colonel Amar Ouamrane pour une longue durée. Ce geste du colonel Ouamrane montre clairement une grande reconnaissance à son ami Si Lmouloud. Cela démontre aussi la bonne amitié et surtout la fidélité des moudjahidine au serment et aux sacrifices de leurs compagnons martyrs.
Dans la photo, Ahmed Amrouche (H'mimi) reçoit les soins en Tunisie après ses graves blessures à Iwakourène

Lire aussi :

Parcours du lieutenant Amrouche Mouloud, dit "Lmouloud Awakour" (I)

Parcours du lieutenant Amrouche Mouloud, dit "Lmouloud Awakour" (II)

Renvois

1- Contribution par Ahmed Amrouche, fils du martyr, parue dans le journal Libre Algérie, intitulé "43 ans après son sacrifice au champ d'honneur. Évocation de Si Mouloud Awaqur".

2- Article intitulé "Saharidj /27 juin 1957: Bigeard atterrit à Saharidj et commet un génocide", par Oulaid Soualah, paru le 2 Juin 2010, dans le journal La La Dépêche de Kabylie.

3- Article intitulé "Juin 1957, opération de “pacification sous les ordres du colonel Bigeard", paru le 14 décembre 2011, sur le site LDH Touloun.

4- Témoignage de Kheira Ben Larbi (Hadjira), recueilli à l'auteur.

5- Témoignages de Kheira Ben Larbi (Hadjira), et Khadidja Lesfer Khiar (Dania) recueillis à l'auteur.

6- Témoignage de Kheira Ben Larbi (Hadjira), recueilli à l'auteur.

7- Témoignages de Kheira Ben Larbi (Hadjira), et Khadidja Lesfer Khiar (Dania) recueillis à l'auteur.

8- Témoignage de Khadidja Lesfer Khiar (Dania) recueilli à l'auteur.

9- Article intitulé "Amrouche Mouloud ou le sacrifice d’un héros", paru le 28 Juin 2015, dans le journal La Dépêche de Kabylie.

10- Témoignage du moudjahid Mohamed Bounadi, survivant de la Bataille d'Iwakourène. (Reportage sur Mouloud Amrouche, fait par Hamza Amarouche, produit par l'Office des Établissements de Jeunes de la wilaya d'Alger), juin 2012.

11- Témoignages des citoyens du village Iwakurène (Mohend Akli Abkouk, Amar Hamraoui).

12- Témoignage de Mahieddine Maatouk. (Reportage sur Mouloud Amrouche, fait par Hamza Amarouche, produit par l'Office des Établissements de Jeunes de la wilaya d'Alger), Juin 2012.

13- Témoignage de Arab Amrouche, recueilli à l'auteur.

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Commentaires (4) | Réagir ?

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moh arwal

Ceux sont les soulards comme ali Kaffi (ce n est pas moi qui le dit c'est Ben Bella) qui ont voulu

donner une coloration islamisante a la guerre de liberation pour en deposseder les vrais acteurs qui ont mené l'algerie a l 'indépendance , tels Krim belkacem Abane Ramdane et Larbi Ben Mhidi des vrais heros laics non pas des Madani marzak ou Ben mokhtar le borgne chasseurs de butins de guerre.

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moh arwal

La plupart des hommes qui ont pris les armes en kabylie sont de la trempe du Lieutenant Lmouloud du point des valeurs humaines. ILs etaient sages amants de la justice sociale et dotés d' un grand esprit de sacrfice patriotique et trös respectös dans leurs localités. Ceci contredit nettement certaines mauvaises langues qui veulent nous faire croire que ceux qui ont liberer l 'algerie etaient issues de la secte des gueux islamo-bathistes ou maraboutiques et qu ils combattaient au nom de l'islam. Les combatatnts de l'ALN n'ont rien a voir avec les terroristes sanguinaires du GIA ALQAIDA et DAESH

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