Parcours du lieutenant Amrouche Mouloud, dit "Lmouloud Awakour" (II)

Au Congrès de la Soummam, de gauche à droite: Saïd Mohammed (Si Nacer), Amar Ouamrane, Mouloud  Amrouche (Si Lmouloud Awakour),et Amirouche Ait Hamouda.
Au Congrès de la Soummam, de gauche à droite: Saïd Mohammed (Si Nacer), Amar Ouamrane, Mouloud Amrouche (Si Lmouloud Awakour),et Amirouche Ait Hamouda.

Après avoir passé, avec Abane et quelques militants de l'OS, deux ans de prison (1952-1954), à Toul-Nancy, en France, Si Lmouloud Awakour fut libéré et revint à son village Iwakourène. Contacté par le FLN, il rejoignit vite la révolution et prit part, par la suite, au Congrès de la Soummam. Promu au grade de lieutenant politico-militaire, nommé chef de la zone II de la wilaya III, Si Lmouloud, contribua à l'organisation de la révolution, notamment après qu'on lui eut confié l'inspection des zones dans la wilaya III. Il organisa remarquablement les troupes de l'ALN, et avait eu d'importantes ''actions d'éclat'' qui redonnèrent l'ardeur à ses compagnons. Dans cette deuxième partie, on détaillera le parcours de Si Lmouloud de janvier 1954 jusqu'à la veille de la bataille d'Iwakourène.(1)

A son retour à son village natal, Amrouche n'a pas cessé son militantisme pour l’indépendance du pays. Ce n'est, en fait, qu'une pause d'un combattant qui avait déjà planifié son retour. Dès son retour, les chefs du FLN de la wilaya III prirent contact avec l'ancien chef de l'OS. La révolution était encore à ses débuts ; elle avait clairement besoin de l'expérience des anciens militants du mouvement national.

Le colonel Ouamrane avec Si Lmouloud

Le colonel Ouamrane avec Si Lmouloud.

En janvier 1955, Si Lmouloud rejoignit les rangs du Front de libération nationale (FLN). Depuis lors, il est recherché par les autorités coloniales. En août 1956, il prit part au Congrès de la Soummam, au côté d'autres chefs historiques de la révolution, et contribua d'une manière marquante à sa réussite. C’est pendant ce congrès qu’il fut promu au grade de lieutenant politico-militaire et chef de la zone II de la wilaya III.(2)

Contactées par le commandant Kaci, Khadidja Lesfer Khiar dite Dania et Kheira Ben Larbi, dite Hadjira, vinrent d'Alger pour rejoindre les rangs de la révolution. Elles assistèrent au congrès de la Soummam, au côte de Malika Gaid, dite Nouara. Ces trois moudjahidas contribueront, plus tard, à l'organisation du FLN, dans la région d'Iwakourène, au côté de Si Lmouloud. Avec Doudja Cerif-Zahar, Aïcha Haddad et plusieurs autres, ce groupe féminin constituera un soutien précieux pour la poursuite de la révolution.

Vers la fin d'octobre 1956, Si Lmouloud assista, à côté des colonels Amar Ouamrane (IV) Mohamed Lamouri (I), le capitaine Hadj Lakhdar (I), et autres, à l'adhésion par la wilaya I aux résolutions du Congrès de la Soummam. Cette réussite du congrès conduisit les chefs de la révolution à fêter le troisième anniversaire du 1er Novembre dans la montagne. Au jour du 1er Novembre 1957, Dania, 22 ans, fut désignée par le commandant Kaci, pour donner deux discours en kabyle et en arabe pendant cette commémoration. La jeune fille algéroise accomplit bien sa mission et fit pleurer beaucoup du monde.

Avant le départ des congressistes et des délégations, le colonel Mohamedi Saïd (Si Nacer) informa les deux moudjahidas qu'elles sont affectées, comme assistantes de l'infirmière Malika Gaid, dans la région d'Iwakourène, sous le commandement du lieutenant Si Lmouloud.(3) Nouvellement promu, Si Lmouloud redoubla d'énergie, il était souvent parti en mission entre les trois autres zones de la wilaya III. Il partait souvent au sud de la wilaya, à Palestro, et vers différents lieux pour inspecter les zones. En outre, en chef de zone, il assurait la coordination entre les groupes et les bataillons, en servant avec dévouement ses éléments, à la fois, en veillant, en particulier, à prendre soin de toutes les veuves et les orphelins des martyrs.

Vue sa position stratégique, la zone II avait, effectivement, servi d'exemple grâce à sa bonne organisation et sa cohésion avec la population. De plus, elle permettait des liaisons avec d'autres zones et donc la permanence des contacts dans la wilaya.

Au début de 1957, les autorités coloniales tentèrent vainement par tous les moyens d'étrangler la révolution dans la région d'Iwakourène. L'administration coloniale décida de détruire, le 6 mai 1957, le village Ighzer Iwakourène, et envoya brutalement les familles vers des destinations inconnues. Ainsi, Si Lmouloud joua un rôle imminent pour évacuer les familles, en demandant aux villages voisins, Selloum, Tiksiridène...etc, de prêter assistance à toutes les familles sans-abri.(4)

Si Lmouloud, lieutenant politico-militaire, avait tenu des réunions intensives, avec les autres chefs des zones, comme avec les moudjahidines, les fedayine et les moussebline de chaque village. Il tenait périodiquement d'autres réunions avec les trois infirmières de la zone, et distribuait un budget spécial du FLN, pour qu'il soit, par la suite, remis aux familles des martyrs. Ce trio fut, véritablement, un lien vigoureux entre le FLN et les familles des martyrs.

Dania révèle que Si Lmouloud recevait régulièrement (d'un mois à l'autre) des rapports spéciaux et des comptes sur chaque budget ayant été distribué. De plus, Il ne manque jamais l'occasion de se réunir avec ses hommes et femmes, pour se mettre, constamment, à leur écoute et résoudre leurs problèmes.(5)

"Il était notre grand frère au maquis. Il nous a toujours entouré de beaucoup d'amour et du respect", a-t-elle affirmé Lesfer Khiar. Ben Larbi nous livre, avec beaucoup d'émotions et d'affection, un autre témoignage par rapport au côté humain du martyr dans le maquis: "Si Lmouloud était respectueux par ses chefs avant qu'il le soit pour les moudjahidine qui étaient sous ses ordres. Amoureux de son pays, il veille en permanence à ce que, nous, ses éléments, nous nous portions bien".(6)

Revenu d’Akfadou après une réunion présidée par Amirouche avec les chefs de zones de la wilaya, Si Lmouloud arriva le 27 juin 1957 au village de Taguemount et tint deux réunions de travail avec les moudjahidine. La première réunion s'est tenue dans la mosquée du village, avec les moudjahidine, les fedayin et les moussebline de l'ALN. L'ordre du jour était l'évocation des difficultés des bataillons de zones, et de trouver les moyens comment fournir aux combattants des armes et du ravitaillement. Après le dîner, Si Lmouloud, accompagné de quelques moudjahidine, tint une deuxième réunion de travail avec les trois moudjahidas Malika Gaid, Khadidja Lesfer Khiar et Kheira Ben Larbi.

Pendant cette rencontre, Si Lmouloud évoqua plusieurs points par rapport aux besoins des veuves des martyrs et leurs fils, comme d'autres qu'il allait régler, précisément dans le village Iwakourène. Plus qu'un mois maintenant après la destruction du village Ighzer Iwakourène, il fallait s'attendre au pire qui pourrait aussi arriver à Thaddart n’Lejdid. Il faut dire que la région était en feu et les autorités coloniales surveillaient et suivaient, de près, tout mouvement de personne ou action suspecte dans la zone.

À la fin de la réunion avec Si Lmouloud, une autre est planifiée pour faire un état des lieux. En somme, selon les témoignages, les deux réunions tenues au village de Taguemount furent visiblement fructueuses. Il y avait un échange important d'idées et plusieurs propositions qui concernent la zone. (7)

Vers 2h du matin, alors que les combattants se reposaient, un moussebel courut vers Si Lmouloud et brisa le silence de la nuit. L'homme informa le lieutenant Si Lmouloud que le refuge aurait été repéré par les autorités coloniales. Il fallait donc quitter rapidement le village.

À son tour, Si Cherif n'Tazmalt, moudjahid et guide des infermières dans la région, avertit les jeunes filles qui se reposaient dans une pièce: "Dépêchez-vous!..." (8) Si Lmouloud, en réagissant sur le champ, donna l'ordre de quitter immédiatement le lieu. Ensuite, tout le groupe se dirigea vers la montagne... (Lire la suite)

Hamza Amarouche

Le colonel Amar Ouamrane avec Ahmed Amrouche (Le fils de Si Lmouloud Awakour)

Photo inédite prise en 1957, en Tunisie, pendant la guerre de la libération. Le colonel Amar Ouamrane avec Ahmed Amrouche (Le fils de Si Lmouloud Awakour), Il avait 15 ans. Il fut pris en charge par le FLN après ses blessures à Thaddart n Lejdid, exactement le jour de la mort au combat de son père.

Renvois:

1- Des détails sur cette bataille sont cités dans le livre "En-Nidaa El-Khalid" (Le Cri Immortel), écrit par la moudjahida Khadidja Lesfer Khiar, dite Dania.

2- Contribution par Ahmed Amrouche, fils du martyr, parue dans le journal Libre Algérie, intitulé "43 ans après son sacrifice au champ d'honneur. Évocation de Si Mouloud Awaqur".

3- Entretien réalisé par Zahia Mancer, avec la moudjahida Khadidja Lesfer Khiar, paru dans le journal El-Fadjr, en Juin 2012.

4- Témoignage de Achour Amarouche. A(Reportage sur Mouloud Amrouche, fait par Hamza Amarouche, produit par l'Office des Établissements de Jeunes de la Wilaya d'Alger), juin 2012.

5 Témoignages de Khadidja Lesfer Khiar et Kheira Ben Larbi, recueillis à l'auteur.

6- Témoignage de Kheira Ben Larbi (Hadjira), recueilli à l'auteur.

7- Témoignages de Khadidja Lesfer Khiar, cités dans son livre "En-Nidaa El-Khalid" (Le Cri Immortel).

8- Témoignages de Khadidja Lesfer Khiar et Kheira Ben Larbi, recueillis à l'auteur.

Lire la 1re partie: Parcours du lieutenant Amrouche Mouloud, dit "Si Lmouloud Awakour" (I)

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Commentaires (1) | Réagir ?

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klouzazna klouzazna

Dans ce récit saute aux yeux le rôle important accordé à l'époque déjà par les dirigeants de la révolution à la femme algérienne, au point de solliciter son avis dans les réunions !!! et sur des sujets graves de conséquences !!!

on ne peut pas dire autant aujourd'hui !!! dans certaines familles