Matoub Lounès était prophète chez lui !

Matoub Lounès, dans un de ses nombreux concerts
Matoub Lounès, dans un de ses nombreux concerts

Cela fait 17 longues années que l’immense Matoub Lounès a croisé ses assassins dans une route de la montagne de Kabylie.

C’était un jour d’été chaud. Le jeudi 25 juin 1998, Matoub Lounès venait de mettre la dernière voix en France sur l’un de ses albums les plus iconoclastes. L’artiste était heureux de retrouver les siens, sa Kabylie et son épouse Nadia. C’est ce moment que ses tueurs ont choisi pour lui tendre une embuscade meurtrière. Au mitan de ce jour fatidique, Matoub Lounès s’est retrouvé seul face un commando surarmé à Tala Bounane. Malgré sa résistance, ses assassins ne lui ont laissé aucune chance. De nombreuses zones d’ombre entourent cet ignoble assassinat. Sa famille n’a de cesse de frapper à toutes les portes pour lancer une enquête sérieuse. Rien n’y fit. Même Abdelaziz Bouteflika interpelé à Tizi Ouzou par la mère de l’artiste a vite oublié sa promesse de retrouver les assassins. Une chape de plomb enveloppe désormais l’affaire Matoub Lounès.

En assassinant ce chanteur hors pair, ses tueurs ignoraient-ils qu'ils ont éteint avec lui l'une des voix les plus inspirées de sa génération ? Lounès avait ce don unique de jouer avec la langue kabyle. Sa soif du chaabi a fait de lui l'un des grands espoirs de ce chant populaire algérien. L'homme est mort, son art demeure éternel.

Cependant, les années passent, sa popularité reste inentamée. Au Contraire. Il est resté l’artiste le plus populaire en Algérie. Matoub Lounès fascine même les moins jeunes qui sont nés après sa liquidation. 17 ans après ce jour noir du 25 juin 1998, les hommages à la mémoire de Matoub se succèdent, se multiplient et se diversifient. Plusieurs routes et places sont baptisées à son nom en France, des dizaines de stèles sont érigées à son effigie en Kabylie. Ses chansons fusent de partout. Dans les bus, les voitures, les cafés, les bars, de maisons de jeunes,…… L’ombre de Matoub Lounès plane partout en Kabylie. Assurément il doit hanter aussi ses ennemis et ses tueurs. Les photos et les poèmes du rebelle, comme préfèrent le surnommer ses fans et ses admirateurs, ornent les réseaux sociaux. Le succès de Matoub est éternel. C’est une popularité phénoménale. Si il est tant idole, c’est, incontestablement, à cause de son combat et son courage. Jamais la popularité d’un artiste algérien n’a perduré tant d’années. Matoub Lounès est devenu une référence et un repaire pour tous les Berbères de l’Afrique du nord. Il est l’idole des Amazigh de Libye, du Maroc, de Tunisie et même des îles Canarie. Son parcours artistique, parsemé d’embuches, est connu par tous les Amazighs et d’autres militants épris de justice et des droits de l’homme.

"Matoub Lounès est une personnalité hors de commun. En plus de son courage et de son combat pour la reconnaissance de la langue et l’identité amazighe, il a pour lui ce talent fou des mots et des notes musicales les plus enivrantes. Il suffit juste d’écouter ses albums. Il change de style pour chaque album, ce qui est très rare dans le domaine de la musique", nous dira Omar Mohelbi, un journaliste kabyle qui était ami très proche de Lounès.

La demeure de Matoub Lounès est devenue un lieu de pèlerinage des démocrates et des amoureux de sa musique. Les adeptes de ce chanteur viennent de partout. Des dizaines de personnes se rendent au quotidien à Taourirt Moussa Ouamar, à Ath Douala pour se recueillir sur la tombe de l’artiste et visiter sa demeure devenue un véritable musé. La fondation qui porte son nom prépare chaque année des activités artistiques et commémoratives pour marquer l’anniversaire de son assassinat. Matoub Lounès est aimé par les siens. Matoub Lounès est prophète chez lui !

A. Igoudjil

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Commentaires (12) | Réagir ?

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Matoub Lounes

C'était à mon avis l'une des rares personnalités à posséder une force et l'intelligence nécessaire pour avancer la Kabylie et changer les choses...

Matoub Lounès est le lion de la Kabyle et de toutes les nations opprimées comme il le disait si bien.

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Bachir Ariouat

Le titre de votre article est une offense faite à notre regretté défunt MATOUS LOUNES, je suis à peu prés certains qu'il n'aurait pas accepté le titre de prophète.

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deradji nair

Il aurait préféré le titre d'athé surement alors qu'il en demeure ainsi car le titre de prophète n'est pas donner à tout le monde mais bien à ceux qui connaissent Allah et le remerci pour tous ses avantages qu'il a donné à l'humain dont la voix lorsqu'elle est utilisée pour le vénérer comme Abdessamed.

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