Ahcène Taleb ou la douleur de l'adieu

Ahcène Taleb, ancien militant du Mouvement culturel berbère, décédé dimanche 31 mai.
Ahcène Taleb, ancien militant du Mouvement culturel berbère, décédé dimanche 31 mai.

Ahcène Taleb est parti comme partent les braves, sans plainte et sans tristesse mais avec le regret de laisser derrière lui les siens et un combat inachevé.

Je ne pourrai me résigner à la perte de cet ami et camarade de combat qui m'avait surpris dès notre première rencontre, par sa grande sensibilité, son ouverture d'esprit et ses principes nourris par une profonde humanité. C'était en effet à une époque où la jungle habitait les têtes et la haine croissait dans les cœurs des membres d'une même famille.

Ahcène Taleb était dans l'exception comme tous les grands hommes doués d'une conscience qui ne s'incline jamais devant l'insensé même si celui-ci est porté par la puissance de la multitude. Il avait la maîtrise de ses émotions quand elles tentaient de déborder l'entendement. Démocrate sans concession, militant sans répit pour l'amazighité il ne donnait prise ni à l'illusoire ni au fatalisme encore moins à la fureur nihiliste.

Son regard souvent triste était celui d'un observateur avisé du mal qu'il faut éradiquer en nous pour avancer sereinement et sûrement sur la voie de nos aspirations. Il n'aimait ni la violence du propos ni celle du geste, laquelle pensait-il appartient à l'ennemi. Il croyait au Pouvoir de l'intelligence et du savoir, seuls garants d'une liberté accomplie pour l'opprimé. Il concevait la lutte dans la recherche de l'efficacité, loin du farfelu et des tapages stériles. Ses derniers mots furent pour sa Kabylie natale dont il s'inquiétait qu'elle n'implose sous la pression du couple infernal que forment l'incompétence politique et la folie émotionnelle. Un couple qui travaille à dévitaliser le mouvement amazigh de toute sa vigueur et à casser son unité renaissante.

Ahcène Taleb était un homme généreux, calme et attachant qui avait du miel sur ses mots et de la lumière sur ses idées. Sa mort m'insurge contre la loi absurde qui nous l'a pris. Qu'il repose en paix et que nos mémoires lui aménagent une place de choix pour perpétuer son souvenir.

Mokrane Gacem

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