Mohamed Nebbou : "Nous sommes pour une assemblée constituante"

 Mohamed Nebbou, Premier secrétaire du FFS,
Mohamed Nebbou, Premier secrétaire du FFS,

Noue reproduisons le discours intégral de Mohamed Nebbou, Premier secrétaire du FFS, le 18 avril 2015.

Chers camarades, chers amis,

Je tiens à vous remercier toutes et tous d’avoir répondu à notre invitation à cette rencontre. Nous sommes réunis en ce jour sous le double signe de la journée du militant et de la célébration du 20 Avril, symbole des luttes pour la reconnaissance de tamazight, langue nationale et officielle.

Chers camarades, chers amis,

Je voudrais avoir une pensée particulière pour Ali Mecili, dont on a commémoré l’assassinat il y a quelques jours. Ali Mecili qui a été assassiné précisément parce qu’il a fait de sa vie un engagement pour la citoyenneté, pour la politique, pour Tamazight et pour le dialogue avec les autres. Une pensée également pour les militants du FFS de 1963. Avant tous les autres, ils ont payé parfois de leur vie leur engagement pour une Algérie démocratique.

L’actualité internationale qui entre dans nos maisons, dans nos cafés et nos magasins, nos cybercafés, sur les ordinateurs, les smartphones et les tablettes de nos jeunes les mieux équipés, nous impose de porter une attention plus grande que jamais à ce qui se passe dans le monde. Nous devons nous intéresser au monde parce que le monde s’intéresse à nous. Ou plus exactement, le monde n’est pas indifférent à nos ressources naturelles, à notre position géographique particulière. Et parmi les plus malveillants, certains voudraient bien recruter nos jeunes dans leurs nouvelles légions étrangères de terroristes en tous genres.

Chers camarades, chers amis,

Ce qui se passe dans le monde, et parfois juste à nos frontières, nous concerne au plus haut point. Et nous concerne à double titre car celui qui ne comprend pas ce qui se passe dans le monde ne comprend pas parfaitement ce qui se passe chez lui. Nous sommes des militants, des militants du FFS, l’analyse de ce qui se passe dans le monde ne peut pas, pour nous, se limiter à crier au danger ! Et à aller dormir ou inciter à minimiser la gravité de ce qui se passe chez nous.

L’analyse de ce qui se passe dans le monde doit, au contraire, nous inciter à une plus grande mobilisation, à une vigilance accrue, à une intelligence plus grande dans l’analyse des situations. Chacune des crises contemporaines a sa part d’ingérence étrangère et sa part de responsabilité interne. Un militant du 21e siècle doit apprendre à situer les deux menaces qui convergent à faire le malheur des peuples.

Chaque jour, à travers les informations nous voyons les terribles souffrances qui sont infligées aux peuples par les terrorismes et les guerres qui déchirent la région. Et ces malheurs et ces souffrances qui s’ajoutent à nos propres souffrances, celles d’hier et celles d’aujourd’hui, nous montrent combien ces deux journées, celle du militant et celle de tamazight comme composante de l’identité nationale effective sont au cœur de la construction démocratique.

Dans le monde qui nous entoure, du plus proche, la Libye ou le Mali voisin, au plus éloigné, la Syrie, le Nigéria, le Congo ou encore l’Ukraine, sans oublier la Palestine, l’Irak ou plus récemment la tragédie ouverte par l’agression contre le Yémen. Dans le monde qui nous entoure, des peuples sombrent dans la barbarie, des sociétés s’effondrent et des pays sont livrés à la violence et au terrorisme dans des guerres coloniales ou des guerres par procuration. Des pays sont directement agressés par des interventions étrangères. Des armées de terroristes sont formées et envoyées des quatre coins du monde pour faire brutalement tomber des régimes et plonger des peuples dans le malheur et la désolation.

Après les bombardements de l’OTAN on vient d’inaugurer les bombardements des pays frères ! Les coalitions militaires ne sont plus seulement occidentales. Maintenant pour détruire un pays on lui envoie une armée terroriste ou une coalition composée des armées de "pays frères" ! La ligue arabe, sous la conduite de l’Arabie Saoudite vient d’inaugurer, au Yémen, un nouveau destin pour les armées arabes : celui de supplétives des politiques impérialistes.

Heureusement qu’il n’y a pas que de mauvaises nouvelles ! Heureusement que de la lointaine Amérique latine, nous vient l’exemple de pays qui ont comme nous connu des dictatures féroces Et qui ont su militer et en sortir pour construire non pas seulement des pays démocratiques mais un continent, l’Amérique du sud, où les pays sont solidaires face aux agressions étrangères: solidarité politique et solidarité économique. Tout le contraire de ce à quoi nous assistons dans cette région ! Les ingérences politiques et militaires s’accompagnent de politiques économiques et culturelles désastreuses. On baisse délibérément le prix du pétrole et on finance des médias et forme des imams intégristes pour semer la discorde à l’intérieur les sociétés, affaiblir les Etats et pour finir détruire des pays. En Amérique du sud, mais aussi ailleurs, des sociétés, qui ont su sortir du règne des dictatures inféodées à l’ordre impérialiste, sont en train d’écrire une page nouvelle de la lutte des peuples pour un nouvel ordre mondial.

Chez nous aussi, malgré les coups terribles coups portés à la mobilisation sociale et politique par une décennie de violence et de sang et par plus de 20ans de dépolitisation et de régression sociale, la société résiste : des syndicats, des associations de jeunes, des écologistes, des citoyens réunis autour de questions relatives à leur cadre de vie ou à la sécurité de leurs enfants s’organisent. Et au sein de toutes ces luttes les femmes gagnent de haute lutte une plus grande visibilité démontrant, magistralement, l’importance de leurs luttes spécifiques pour l’égalité des droits et la qualité inestimable de leur apport aux autres luttes pour un monde meilleur et plus humain.

Nous participons, nous aussi, d’un ordre mondial où la mobilisation des peuples pour la démocratie, pour des politiques économiques soucieuses de la justice sociale et pour des politiques respectueuses de la souveraineté nationale se mène dans la solidarité.

Dans ce monde qui change à grande vitesse les enjeux économiques et stratégiques sont énormes, les anciennes puissances coloniales et de nouveaux acteurs supra-étatiques (la finance internationale) et infra-étatiques (les réseaux maffieux et les terroristes), mettent toutes leurs forces dans la bataille en cours. Les pays les moins préparés sont balayés avec un cynisme et une violence sans bornes.

Aucun pouvoir digne de ce nom, aucune classe politique à la hauteur de ses responsabilités, n’ont le droit de nier l’importance, la gravité, la force et l’ampleur des menaces qui pèsent sur la paix, voire sur la survie des pays et des peuples du monde entier.

Il se trouve que nous célébrons aujourd’hui deux dimensions majeures et déterminantes dans ce qui fait la faiblesse ou la force avec lesquelles les peuples sont amenés à surmonter les périls qui les guettent : L’engagement militant et la question identitaire. Il s’agît de la qualité de l’engagement militant dans les sociétés, et de la manière dont ces sociétés se mobilisent pour protéger leurs propres intérêts dont font partie leur pluralisme, leur identité et leur souveraineté nationale.

Il ne suffit plus de militer pour se libérer. Il faut militer de manière à améliorer la situation que l’on veut changer sans faire le jeu des forces de la régression et du chaos ! lazem t’3oum ou t’3ess hwaydjek ! Il s’agît également de dénoncer sans relâche les injustices et de lutter contre la manière dont les pouvoirs en place organisent ou répriment et manipulent ou instrumentalisent les pluralismes qui traversent les sociétés.

Les sociétés et les pays résistent, ou s’effondrent, selon que les systèmes en place favorisent l’engagement militant et citoyen ou qu’ils le contrarient et le répriment. Les sociétés et les pays résistent ou s’effondrent selon que les systèmes en place favorisent la pluralité dans la coexistence pacifique légalement garantie et organisée, ou qu’ils répriment les pluralismes, les dissidences et l’exercice légal des libertés.

Notre militantisme, nous militants du FFS, s’est abreuvé aux sources révolutionnaires du mouvement national pour l’indépendance de l’Algérie. Notre militantisme a muri le long de 50 ans de luttes pour les libertés démocratiques, pour le respect des droits de l’homme, pour les droits des femmes, pour les libertés syndicales, pour la souveraineté populaire, contre la dictature et l’Etat policier, contre les intégrismes, contre le terrorisme et contre la guerre.

Notre militantisme, nous militants du FFS, a porté haut la question des libertés culturelles et politiques. Notre militantisme, nous militants du FFS, a fait de tamazight une question centrale dans la lutte pour le recouvrement de notre identité nationale.

Nous disons bien de notre identité nationale. Car tamazight est pour nous une question nationale. Ce n’est pas une revendication isolée des autres revendications démocratiques. Ce n’est pas non plus une question que l’on peut confiner dans des célébrations folkloriques.

C’est une question nationale par ce qu’elle repose sur la détermination des algériens à faire reconnaître et à réhabiliter toutes les dimensions de leur richesse culturelle et toute la profondeur de leurs racines historiques. Des racines qui plongent aussi profondément dans le sol algérien que les nappes phréatiques pour la défense desquels se mobilisent les militants anti-gaz de schiste de Aïn Salah et du grand sud. L’identité c’est la langue, l’identité c’est la terre, l’identité c’est la protection de la nature et des richesses que contient le sous-sol. La culture n’est pas un folklore fossilisé. La culture est un patrimoine vivant qui veille au Présent, à ne pas trahir l’Avenir, en ne trahissant pas son Passé et ses racines.

La culture c’est de célébrer le passé en préparant l’avenir. La langue et la culture amazighes ne sont pas les ennemies des autres composantes de l’identité algériennes. Elles sont le bien commun le plus ancien des algériens même si ce bien est la plus récente et la dernière de leurs luttes à être reconnue comme légitime. On ne le dira jamais assez : De la gestion démocratique ou répressive de la problématique identitaire dépends l’avenir de toute la nation. Nous le voyons bien autour de nous, dans toutes ces guerres qui détruisent des pays et font disparaitre de la carte du monde des sociétés et des cultures millénaires.

Nous voyons bien que le principal instrument des foyers de tension est la manipulation des divisions sectaires, ethniques et religieuses qui traversent les sociétés. Sunnites, Chiites, Turcomans, Persans, Arabes, Balouches, Yazidis, Chrétiens, Kurdes etc. Bien sûr qu’il y a des manipulations étrangères !! mais on ne peut pas manipuler que des sociétés qui n’ont pas été préparées à affronter les dures lois de la globalisation et les contraintes qu’impose la modernité. Et c’est la responsabilité des pouvoirs en place qui est en cause !! C’est la dictature qui fait la politique de la terre brulée !

C’est le mépris qui verse de l’huile sur le brasier des colères ! Le terrorisme et la manipulation étrangère Ne peuvent pas détruire des sociétés justes, libres, solidaires, conscientes, collectivement insérées dans un projet de construction nationale.

Aujourd’hui, des sociétés qui ont traversé des millénaires dans la diversité de leurs appartenances et de leurs croyances, sont en train de se suicider dans des affrontements sanglants et des destructions irrémédiables. Les dirigeants qui ont cru que la modernité consistait à gommer les différences et à faire rentrer de force les sociétés dans un moule unique n’ont pas aidé à l’émancipation de toutes les composantes de leurs sociétés. De même que les dirigeants qui ont voulu fossiliser leur système social et politique dans des croyances d’un autre âge, au nom d’une vision archaïque de l’identité, ont jeté les bases pour les régressions et les manipulations épouvantables que nous voyons à l’œuvre en Libye, au Nigéria, en Syrie et ailleurs.

Chers camarades, chers amis,

Nous sommes réunis aujourd’hui pour rendre un hommage vibrant aux militants qui, très tôt, ont posé la question identitaire comme une question nationale et démocratique. Envers et contre les mensonges du régime et ses manipulations. Envers et contre également toutes les tentatives de récupération néo-colonialiste.

Nous sommes fiers d’affirmer aujourd’hui que, grâce aux militants auxquels nous rendons cet hommage, nous pouvons constater l’immense progrès accomplis dans les consciences. Même si un long chemin reste encore à parcourir.

Tamazight n’est plus une question marginale. Si son point de départ a été la Kabylie, elle a rencontré en cours de route les luttes d’autres algériens de toutes les régions du pays qui ont, eux aussi, veillé à préserver leur culture amazighe dans la richesse de ses déclinaisons. La reconnaissance de la dimension amazighe de l’identité nationale par le discours officiel est un acquis fondamental des luttes citoyennes. Les militants du FFS ont joué un rôle majeur dans cette évolution du local vers le national. Mais la lutte pour tamazight continue.

La lutte continue pour faire des acquis de principe une conquête de fait.

- Par la promulgation de Tamazight langue nationale et officielle

- Par l’élaboration et la mise en œuvre d’une véritable politique culturelle, linguistique, académique et pédagogique pour concrétiser dans les faits un pluralisme linguistique national de qualité.

- Le FFS se positionne contre les démarches stérilisantes qui confondent la lutte pour la reconnaissance de tamazight avec la folklorisation.

- Le FFS se positionne également contre les démarches régressives qui veulent enfermer tamazight dans une région à l’exclusion des autres.

- Notre mot d’ordre est ni folklorisation ni ghettoïsation : Tamazight langue nationale et officielle.

Chers camarades, chers amis,

Je voudrais rappeler devant vous deux points en relation avec la conjoncture tant nationale qu’internationale avant de faire le point sur la question du consensus national. Le premier point concerne le rôle de l’armée dans la construction du consensus national. C’est un point fondamental que nous ne discuterons pas en détail mais seulement en rappelant notre position de principe qui trouve sa source dans la plate-forme de la Soummam, et la confirmation de sa justesse dans les malheurs et les dérapages de ces dernières décennies.

Sur cette question aussi nous devons méditer et tirer des conclusions de ce qui se passe autour de nous. La nature et le rôle des armées est fondamental dans la construction ou l’effondrement des nations !! L’actualité internationale nous montre qu’il est dangereux de faire du rôle de l’Armée une question taboue ! Discuter le rôle de l’armée dans le renforcement ou la fragilisation des états et des nations est un devoir citoyen pour tout militant soucieux de préserver son pays.

Au FFS, nous sommes pour la primauté du politique sur le militaire. Cela veut dire par exemple que la décision de la paix ou la guerre est une décision qui engage l’ensemble de la nation et non une simple décision d’état-major. Une décision qui doit être prise en fonction des principes supérieurs qui protègent, soudent et confortent une nation.

A titre d’exemple de démarche que nous jugeons juste, le fait que l’ANP se soit référée au respect de la constitution pour affirmer le principe de non-intervention militaire dans les affaires de pays tiers. Nous trouvons encore plus juste cette position que l’exemple de l’agression saoudienne contre le Yémen nous montre qu’il ne suffit plus à l’appétit des féodalités du Golfe de s’asservir les millions de chômeurs "des pays frères" Il leur faut aussi vassaliser leurs armées en en faisant leurs supplétives ! L’exemple du Pakistan où le parlement a voté contre l’intervention de l’armée aux côtés de l’Arabie Saoudite contre le Yémen montre combien il est fondamental de faire primer le politique sur le militaire.

Mais la primauté du politique sur le militaire cela veut aussi dire que l’armée doit être au service de la nation et du consensus politique qui la soude et non au service d’un clan ou d’un régime. Elle ne doit pas non plus être considérée comme un acteur externe au destin politique du pays. Ni considérée comme l’arbitre des luttes politiques. Elle doit être considérée comme le garant de la continuité de l’état dans le respect du consensus politique le plus large. En l’absence d’un tel consensus c’est tout l’édifice institutionnel, y compris l’armée, qui se trouve menacé par les turbulences de la crise.

Chers camarades, chers amis,

Le respect des lois, le respect du libre fonctionnement des institutions, l’état de droit et les libertés sont en principe consacrés dans la constitution. Mais nous avons tous vu se succéder les constitutions et les révisions constitutionnelles sans avoir véritablement assisté au règne de l’ordre constitutionnel dans notre pays. Le pays a connu plusieurs constitutions. Mais elles ont toutes été, à un moment ou un autre été violées. Le pays a connu plusieurs constitutions et plusieurs révisions constitutionnelles mais il n’a connu ni l’état de droit, ni la prééminence de la loi, ni la séparation des pouvoirs, ni la protection des biens et des personnes, ni l’égalité devant la loi, ni l’indépendance de la justice etc.

La position du FFS est connue depuis sa fondation : Nous sommes pour une Assemblée nationale constituante. Aussi le FFS, sans être dogmatique, continue à militer en faveur d’un processus constituant dont l’axe central doit viser la reconstruction d’un consensus national qui préserve l’unité nationale, l’intégrité territoriale, le caractère républicain de l’état, l’état de droit, la séparation des pouvoirs qui consacre l’exercice de contre-pouvoirs, consacre la souveraineté populaire et nationale, les libertés publiques.

Mais pour que tout ceci ne soit pas que des mots enfermés dans des pages mais la force de la loi opposable à tous, il faut au préalable enclencher un véritable processus constituant. Avec ses étapes, ses évaluations et les garanties qui vont avec… Nous n’en sommes pas là.

Chers camarades, chers amis,

Nous avons réaffirmé les principes fondamentaux du FFS, parce que nous sommes en présence d’un public de militants qui les connaissent et qui se battent quotidiennement pour les faire connaître, les discuter et les partager avec nos compatriotes.

Mais quand on entame un processus de discussion, notamment avec les partis du pouvoir, nous ne sommes pas toujours en face de ce type de militants. Nous sommes souvent en face de fonctionnaires de la politique au service d’un pouvoir qui a pris en otage tout un pays, son peuple, ses richesses et ses institutions. Les fonctionnaires de la politique du système sont à distinguer des fonctionnaires qui sont là pour éviter au pays de s’effondrer et qui, à leur manière, militent contre la corruption et l’incompétence. Nous parlons des fonctionnaires du pouvoir, et, comme depuis les «printemps arabes» ce pouvoir s’est mis à reconnaître que le pays était menacé, nous qui avons depuis longtemps peur pour notre pays, nous leur avons tendu une feuille blanche pour qu’ils y écrivent, non pas ce que nous savons de leurs pratiques politiques de toujours mais un… début du commencement de signe de changement.

On attendait le feu vert pour un changement concerté, graduel et ordonné Et ils nous ont fixé une ligne rouge ! Et quelle ligne rouge !

Pas la sacralité de l’unité nationale. Pas l’indivisibilité du territoire.

Pas la déclaration du 1er Novembre ou même le caractère républicain de l’Etat

Non, leur ligne rouge C’est la légitimité présidentielle !

Nous au FFS, notre ligne politique est connue, nous militons pour le changement du système de pouvoir et non pour le remplacement d’un président par un autre.

Nous avons toujours soutenu l’idée que le danger pour le pays était dans la nature du système et non dans ce Président ou un autre. Nous ne nions pas pour autant que ces dernières années la crise se soit accentuée. Le peuple algérien qui a payé un prix terrible aux violences des années 90 était en droit d’attendre, une fois la paix revenue, que soient enfin établies des règles politiques claires pour la conclusion d’un nouveau contrat national. A l’intérieur du pouvoir et entre le pouvoir et la société. Au lieu de cela, et la manne pétrolière aidant, nous avons vu fleurir plus forte que jamais auparavant la corruption à grande échelle, le népotisme, les campagnes d’intox médiatique, les règlements de compte à coup de révélations, l’instrumentalisation de la justice, la dilapidation des richesses nationales, la dépendance accrue à l’égard des hydrocarbures etc.

Chers camarades, chers amis,

En cette journée où nous rendons hommage au militantisme et aux militants qui nous ont tracé la voie, il est bon de rappeler que le choix du militantisme n’est pas un choix de tout repos. En cours de route nous perdons des camarades attirés par les promesses du pouvoir, et parfois, d’anciens amis se transforment en terribles adversaires. Mais nous ne saurions accepter que ceux qui ont fermé l’espace politique par la répression, la corruption et les manipulations parlent de «Pseudo-hommes politiques».

Sous un système de pouvoir comme celui-ci il n’y a ni pseudo-hommes politiques ni hommes politiques, parce qu’il n’y a pas de politique. Il n’y a que des militants engagés pour qu’un jour la politique ait droit de cité dans ce pays ! Notre "feuille blanche" adressée aux fonctionnaires du système visait à leur faire écrire les premières lignes de leur propre vision du changement. Le commencement du changement à l’intérieur du système.

Sinon, s’ils ne devaient pas eux-mêmes changer et changer leurs pratiques, qu’est-ce qui allait changer par rapport à nous ? Depuis des années nous leur avons adressé des centaines de pages de propositions de sortie de crise. Ils n’en ont jamais tenu compte. Ils ont déformé et instrumentalisé certaines d’entre elles. Comme la réconciliation nationale, qui pour nous, n’avait de sens que basée sur la vérité et la justice.

La réconciliation nationale ne pouvait pas, non plus, s’accomplir sans la réhabilitation de la scène politique. Sans une scène politique expurgée des luttes de clans qui paralysent le jeu institutionnel, expurgée des constitutions-alibi, expurgée de l’instrumentalisation de l’administration, expurgée du règne de la fraude électorale et du vote de la ch’kara. On ne peut pas dire que leur réconciliation a réhabilité la politique. Non on ne peut pas le dire. Elle a juste rajouté de la confusion à la confusion. Du mépris au mépris. Elle a juste fait le lit des colères futures et d’autres confusions à venir.

Chers camarades, chers amis,

Nous avons commencé à organiser un bilan d’étape sur notre projet de reconstruction d’un consensus national. Ce bilan d’étape nous le ferons à tous les niveaux des structures du parti, aussi je ne m’attarderais pas dessus et nous devrons attendre la fin du débat interne avant de rendre publiques l’ensemble de nos conclusions et notre feuille de route pour l’avenir.

Mais d’ores et déjà je peux vous dire que le cap sur la reconstruction du consensus national a été donné par le congrès du parti et qu’il n’est pas question pour nous d’y renoncer. Nous réaffirmons que la sortie de crise ne peut advenir que par la sortie définitive mais pacifique et ordonnée de ce régime. La ligne rouge n’était qu’une de ces ruses habituelles du pouvoir : Le président ligne rouge. Mais QUID des autres institutions ?

Le DRS Maalich ? Machi ligne rouge ! Le chef d’état-major maalich ? Machi ligne rouge !

La politique des lignes rouges qui partagent le pouvoir entre des clans antagoniques est précisément ce qui maintient le statu quo et entrave le passage à un Etat de droit. Aujourd’hui, comme hier, nous refusons cette perversion du jeu en boucle fermée où les partis politiques sont considérés comme des pions que l’un ou l’autre clan du pouvoir va jouer contre les autres. Nous refusons cette perversion du jeu politique.

Ce n’est ni notre conception de la politique ni notre conception du militantisme. Et Plus que jamais nous considérons ce jeu dangereux pour la sécurité et l’avenir de notre pays. Et il est pour le moins consternant d’entendre ce pouvoir parler d’éthique ! Qu’il commence par son propre gouvernement où l’on voit un ministre annuler la décision d’un autre et autres exemples d’une absence d’éthique de la gouvernance.

Il y a un an à peine, le peuple algérien a vécu dans une tension terrible, le climat malsain et dangereux qui a précédé l’adoption du quatrième mandat. Il ya des gens qui ont pris le risque de mettre gravement en péril l’intégrité et l’unité du pays. Sans même attendre l’ingérence étrangère ! A eux seuls ils ont amené le pays à deux doigts de l’explosion.

Chers camarades, chers amis,

Pour un militant l’espoir vient d’abord de l’engagement des militants à faire avancer leur cause. L’espoir vient de la capacité de notre peuple à inventer tous les jours de nouvelles manières de résister et de tenir face aux épreuves. L’espoir vient de l’invention de solidarités nouvelles, de la multiplication des initiatives et de la détermination à aller de l’avant. Pour notre part, nous considérons proche la fin de la dictature des clans. Nous la voulons, mais nous la voulons la moins nocive pour le pays.

C’est pour cela qu’il est impératif de redoubler d’efforts en direction d’un consensus national qui, à partir des acquis historiques de l’Etat, du peuple et de la nation algérienne, et du génie de ses enfants, donnera à notre pays les moyens de dégager enfin une volonté nationale forte, souveraine et légitime.

Pour une Algérie unie, forte et solidaire!

L’Algérie est née de la volonté militante, elle résistera et gagnera par la volonté militante.

Chers camarades, chers amis, vive l’Algérie libre et heureuse.

Mohamed Nebbou

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Commentaires (12) | Réagir ?

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albert smail

Mes remerciements au Matin dz pour ce discours de Nebbou.

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albert smail

"C’est le mépris qui verse de l’huile sur le brasier des colères ! Le terrorisme et la manipulation étrangère ne peuvent pas détruire des sociétés justes, libres, solidaires, conscientes, collectivement insérées dans un projet de construction nationale. "Dixit le ffs.

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