Le 28e anniversaire de l’assassinat à Paris d’Ali Mécili

Ali Mecili.
Ali Mecili.

Décidément, les commémorations du lâche assassinat d’Ali Mécili se suivent sans qu’il y ait une quelconque volonté d’élucider le crime

En plus, s’il y avait la moindre velléité des deux justices, française et algérienne, sa résolution ne prendrait pas autant de temps, et ce, dans la mesure où l’affaire n’a rien de labyrinthique. Hélas, dans ce dossier, la raison d’État l’emporte sur la justice. Et pourtant, au moins deux éléments devaient permettre, dès juin 1987, à la justice française –celle de notre pays est inexistante, car subordonnée au pouvoir exécutif – de rendre justice. En effet, elle connait l’identité de l’assassin, en l’occurrence le proxénète parisien Abdelmalek Amellou. De la même manière, elle dispose d’une information capitale : la précipitation du ministre délégué à la sécurité de l’époque, Robert Pandraud, à expulser le tueur vers Alger.

Malheureusement, malgré l’accumulation des preuves, l’affaire Ali Mécili est loin de connaître son épilogue. Gênée, la justice française tente alors de clore l’affaire. "Je rappelle qu’en 1992, nous avons échappé de peu à un non-lieu dans cette affaire", répond Annie Mécili à une interview, accordée à Libre Algérie, en avril 2014. Pour rappel, ce journal a été fondé par Ali Mécili en août 1986.

Cependant, ce que les juges ignorent, c’est qu’Ali Mécili a des amis, dont le plus proche est Hocine Ait Ahmed, et une famille soudée qui font tout pour que l’affaire ne soit pas enterrée. Ainsi, jusqu’en 2012, le chef historique de la révolution algérienne n’a jamais boudé ce rendez-vous parisien, où tous les hommes épris de justice se donnent rendez-vous cimetière Pierre Lachaise pour commémorer la disparition de son meilleur défenseur.

Lors de sa dernière prise de parole, à l’occasion du 25eme anniversaire de l’assassinat d’Ali Mécili, Hocine Ait Ahmed relate – c’est comme s’il savait que les problèmes de santé l’éloigneraient de ce rendez-vous annuel – le lien le liant à son ami de toujours : "quand les assassins vous arrachent un être si proche qu’il vous semble une part de vous-même, plus le temps passe et plus ce "membre fantôme» de vous-même vous manque, et sa perte ressemble davantage à une amputation."

Quoi qu’il en soit, malgré un engagement des proches d’Ali Mécili, notamment celui d’Annie Mécili, la cause n’avance guère. Sentant que l’affaire risque d’aboutir à un non-lieu, Annie Mécili adresse, en juillet 2014, une lettre ouverte à Christiane Taubira, ministre de la Justice et Garde des Sceaux, dans laquelle elle lui demande de respecter les principes de justice qu’elle énonce. "Nous la [justice] voulons donc de qualité, nous la voulons juste, nous la voulons comprise et acceptée, nous la voulons bien exécutée", a déclaré la ministre sept mois plus tôt. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que cette affirmation de la force de la loi n’est pas valable, selon Annie Mécili, en toute circonstance. Dans l’affaire Ali Mécili, ce principe laisse place à la raison d’État.

C’est dans ce contexte, marqué de surcroît par la prononciation du non-lieu quatre mois après l’envoi de lettre ouverte à la ministre de la Justice française, que la famille et les proches de Mécili appellent à un grand rassemblement, le 12 avril 2015, à 14 heures, pour protester contre cette décision inique. Enfin, bien que le recours à la Cour de Paris permette de garder l’espoir, jusqu’à l’ultime round, il ne faudrait pas que la mobilisation faiblisse. "C’est pourquoi, le 12 avril prochain, nous devons être encore plus nombreux à rendre hommage à Ali et à montrer notre détermination", lit-on dans l’appel, diffusé le 31 mars 2015 par les organisateurs du rassemblement. Et ce, pour que justice "lui soit un jour rendue dans un pays fidèle à ses valeurs."

Boubekeur Aït Benali

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