Controverse Sadi-Ben Bella-Messali: des héros et des traîtres ?

Et si on parlait des vivants et de leurs errements politiques ?
Et si on parlait des vivants et de leurs errements politiques ?

La polémique sur Messali Hadj et Ahmed Ben Bella qui a entouré les déclarations, pour le moins surprenantes de Saïd Sadi, lequel nous avait habitués à plus de retenue, prouve une chose, c’est que notre pays, à force d’avoir le regard rivé sur le rétroviseur de l’histoire oublie en permanence de scruter les voies de son avenir.

Que de catastrophes et d’accidents nous guettent aux tournants ! Comme si ceux du passé n’étaient pas assez meurtriers pour ainsi vouloir en provoquer d’autres. Laissons les morts reposer en paix. Parlons plutôt des vivants ! Qui sont les héros, qui sont les traîtres en fin de compte dans cet imbroglio politico-socialo-religieux dans lequel la raison du plus fort ou du plus braillard écrase l’argutie à coups de vendetta et de contrefaçons ?

Si l’on se tient à la définition du mot traître «personne qui se rend coupable de trahison (action de trahir son pays, sa patrie, une cause)", force est d’admettre que dans telle extension nous pourrions insérer les 40 millions d’Algériens vivants. Nul besoin de convoquer les morts, vu l’étendue aux contours imprécis du positionnement et des référentiels auxquels chacun peut faire appel pour délimiter la cause des uns et la patrie des autres, bien souvent virtuelle pour beaucoup si elle n’est pas tout simplement chimérique.

Pour étayer ce méli-mélo d’héroïsme et de trahisons, pléthore d’exemples nous rappellent qu’il est impossible d’affranchir de toute subjectivité l’enveloppe de la plupart des épisodes de notre Histoire récente :

- Au commencement des articles de la Constitution fût décrété «Islam religion d’Etat», cette loi qui porta le croyant au firmament de l’héroïsme et relégué l’insoumis à celui de traître impie ayant osé renier l’une des principales, voire l’unique, constante nationale qui charrie inexorablement la république Algérienne à contre-courant de toute modernité. N’est-ce pas au nom de tel reniement à la cause d’Allah que les islamistes de tous bords, ceux du pouvoir en premier, qualifient les non-croyants de minorité de déracinés et de traîtres à une nation que l’on s’acharne à transformer en une composante absolue d’une certaine "oumma", "kheiratine" de surcroît ?

- Quand les combats faisaient rage contre les hordes intégristes, lesquelles s’étaient attelés à transformer la république en califat, Zeroual n’avait-il haussé le ton et usé de sentences impérieuses mais justes pour qualifier les compagnons de Ali Belhadj, Madani Mezrag et Hassan Hattab de traîtres et de fléau qu’il fallait éradiquer au plus tôt ? Dès son arrivée au pouvoir, Bouteflika ne tint-il pas un discours diamétralement opposé en réhabilitant les combattants de Dieu par des «Monsieur Hattab» par-ci et des «si j’étais à leur place j’aurais fait la même chose» par-là, allant jusqu’à dérouler le tapis de tous les honneurs aux responsables d’innommables horreurs? Qui de Bouteflika ou de Zeroual avait raison, qui avait tort ? Qui sont Hattab, Mezrag et Belhadj, des géants ou des félons? Les mosquées de Kouba et d’El-Mouradia ont leur réponse, nous avons la nôtre !

- Saïd Sadi, Ferhat Mehenni, Nourdine Aït Hamouda et 21 autres Kabyles n’avaient-ils pas été emprisonnés à Berrouaghia sous l’accusation d’atteinte à la sûreté de l’état, délit de haute trahison passible de la peine de mort, suite au printemps berbère? Qui de ces 24 défenseurs de la cause Kabyle ou de leurs geôliers sont les héros, qui sont, à la patrie déloyaux? Bouteflika, en digne héritier de Boumediene, doit avoir sa réponse, nous avons la nôtre !

- Qui peut ignorer le fait que la plupart des arabophones, surtout les islamistes bornés, considèrent les berbérophones, surtout les Kabyles d’ailleurs, récalcitrants à une arabisation forcée comme des traîtres aux causes de l’arabité et de l’islamité prescrites à tout l’espace amazigh d’Afrique du nord?

À cet égard, «l’éminent» défenseur des intérêts arabistes Othmane Saadi ne vient-il pas de nous donner une preuve saillante de mépris à l’endroit des berbères en reléguant ceux qui refusent de prendre part à «Constantine, capitale de la culture arabe» aux rangs d’ignorants? «Lem’er 3adh yes3a achiwene!»

- Côté face du problème arabo-berbère, les berbérophones ne voient-ils pas les partisans d’une arabo-islamisation aveugle comme des traîtres ayant renié leurs racines pour défendre une cause venue d’ailleurs et qui est loin d’être la leur?

- Quand des élections sont organisées, surtout les présidentielles, celui qui ne se rend pas aux urnes n’est-il pas considéré comme traître à la cause de la petite famille révolutionnaire, alors que celui qui s’y rend pour donner un quitus de gouvernance à ceux qui pillent le pays est glorifié et encensé en héros par ce pouvoir de petits "mafiosos" ?

- Et le clan Bouteflika alors, constitué de tous ceux qui ont souscris au viol de la constitution, confisqué la présidence pour 20 ans, remis sur scelle l’islamisme et ses occultations, sont-ils des héros ou seront-ils jugés par l’Histoire comme les ultimes félons?

- Construire une grande mosquée à des milliards de dollars pour aller se faire soigner au Val de Grâce, laissant le petit peuple se dépatouiller dans des structures hospitalières indignes, fait-il de ce même Bouteflika un homme vaillant ou un grand charlatan?

- Se rendre en Suisse pour y guérir une petite addiction à la cigarette fait-il du Général Nezzar un brave ou un poltron? Son fils, celui qui s’est permis de tabasser SAS pour une simple chronique journalistique, a sa réponse, nous avons la nôtre !

- Infliger deux années de prison à Mohamed Benchicou pour avoir dénoncé, avant tout le monde, l’imposture Bouteflika fait-il des juges qui l’ont condamné des traîtres ou des héros ? Zerhouni, Saïd B. et Mr T, doivent avoir leur réponse, nous avons la nôtre !

Des pages et des pages de listings ne suffiraient pas à dresser un inventaire complet de la traîtrise des uns et de l’héroïsme des autres sans pour autant dégager quelconque objectivité à ces qualificatifs qui s’invitent dans le débat politique. De toute évidence, de quelque côté où l’on se positionne, on est toujours traître à la cause de quelqu’un d’autre si l’on n’y souscrit pas. Et ces notions ne portent pas la moindre empreinte d’un objectivisme infaillible, qui puisse les faire endosser aux uns tout en les retirant aux autres. Même en temps de guerre, abattre des hommes, fussent-ils ses pires ennemis, cela suffit-il à délimiter "onques" contours d’héroïsme ? Par la même, refuser de se battre pour occire son prochain représente-il un signe objectif de lâcheté synonyme de forfaiture ? Autant de questions philosophiques qui tortureront encore l’homme jusqu’à son extinction finale !

À défaut de réponses impartiales à ces questions, il serait peut-être bien plus utile d’arrêter de convoquer et de se réfugier derrière les morts, dans un but évident, celui d’éviter d’affronter les vivants, car de mon point de vue, si traîtres on doit désigner avec courage, ceux sont tous ces parasites qui gravitent autour du pouvoir FLiN-tox avec une servilité défiant toute philosophie, ceux-là même qui maintiennent l’attention du peuple perpétuellement rivée sur le rétroviseur de la religion et de l’Histoire pour l’empêcher d’entrevoir les voies de demain!

Ce charivari historique, cinquante ans après l’indépendance, ne fait que rajouter de la confusion à une situation déjà bien chaotique. Qu’ils fussent combattants engagés au front ou politiques de salon, laissons ceux qui sont partis reposer en paix. Savoir «qui fût qui» par le passé ne changera rien aux équations présentes et aux inconnues qui leurs sont associées : «qui représente qui», «qui doit faire quoi» dans ce pays ? Pour tout démêler, nous serions tous bien mieux avisés de mettre nos rétroviseurs sous caches afin de construire les chemins du futur au lieu de constamment chercher à débroussailler ceux d’hier, comme si toute la vérité, rien que la vérité, y était enfouie !

On peut bien croire en la formule qui veut que «l’on ne peut savoir où on va si on ne sait pas d’où on vient» mais on ne peut ignorer non-plus qu’avoir le regard rivé en permanence sur le passé empêche de savoir où on va. Si c’est cela que nous voulons, alors continuons nos petites chamailleries et déterrons tous nos morts ! Ils se remettront peut-être à parler pour nous guider ! Qui sait ?

Par respect pour ceux qui se sont sacrifiés hier, chacun à sa façon, pour une Algérie meilleure, laissons l’Histoire s’écrire à travers les faits! Évitons de verser dans une surenchère de jugements et de qualificatifs déplacés, bien souvent insensés !

Kacem Madani

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Commentaires (20) | Réagir ?

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moh arwal

Relisez vous un peu Mr Madani. En gros, vous dites ceci;

"Que le pouvoir utilise tel vocabulaire ne me dérange pas, car ce pouvoir ne me représente pas. Mais que l’un des nôtres, comme Saïd Sadi, fasse de la surenchère pour imiter les imbéciles, cela me touche beaucoup°

Allons mr madani un peu de serieux dans vos les positions que vous prétendez défendre. Vous ètes mi -figue mi -raisin. on comprend ce qu il y lieu de comprendre

Le régime nous insulte. cela ne vous dérange pas. Sadi nous défend cela vous dérange. On appellez un chat un chat sans détours malicieux.

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Kacem Madani

Mi-figue-mi-raisin cela me convient bien, merci ! Quant à toi aghma (si tu permet ce respect de notre terroir, bien sûr), persiste donc à te croire seulement figue ou seulement raisin et jette donc moi la pierre de toutes les traîtrise à la figue et.... au raisin! Si cela fait ton bonheur, Allelluah !

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amazigh zouvaligh

La boite de pandore est grande ouverte!Apres tout ce qu'ont vécu les kabyles depuis 1948-49, crise berbériste, que j'appelle, crise identitaire, si encore maintenant il y a encore des kabyles, qui veulent continuer à espérer quelque chose de cette Algérie qui ne les a jamais reconnu, mais au contraire qui n'a fait que les combattre ;les assassiner depuis la nuit des temps, qui les a niés, humiliés, jetés en pâture à l'arabo islamo baathisme, ce qui vient d'arriver, après les déclarations de Said sadi, à propos des traîtres Messali, Ben Bela, Kafi et toute la secte d'Oujda, si cela laisse indifférent tout kabyle digne, fier, de lui en tant que membre d'un peuple qui a ses us et coutumes, alors je dirai que cette personne n'a aucun honneur ni dignité de faire partie de cette entité autochtone qui est la fierté de ce pays, qui a toujours été à l'avant-garde de tous les combats, que ce soit révolutionnaire ou démocratique!Arrêtons de rêver de cette Algérie qui ne veut pas de nous, et qu'on poursuit indéfiniment jusqu'à oublier même notre existence!Fini !Basta!Tous les kabyles doivent;désormais se démarquer de cette Algérie, et prendre notre destin en mains, Finis, les lutes pour l’Algérie, d'ailleurs laquelle Algérie est une invention de la France par le général Schneider en Juin 1839!Cette même France qui est à l'origine de tous nos malheurs avec le clan des mercenaires d'Oujda!Arrêtons le rêve chimérique de l’Algérie une et indivisible!Désormais l’Algérie n'a jamais été une nation, et elle ne le sera jamais, car l’idéologie arabo islamique est fondamentalement contre la reconnaissance d’autrui !Il faut se dissoudre dans les archaïsmes arabo bédouins, si non, on ne vous reconnait pas!Je trouve qu'on est devenu trop laxistes, on veut se coller avec force à ceux qui nous rejettent, comme s'il appartient à nous de justifier notre appartenance à cette terre arrosée par le sang de nos ancêtres des berbères, depuis la nuit des temps, alors que, c'est à ces autres de justifier leur appartenance à ce pays!C'est le comble!le Voleur qui cri Oh!voleur!c'est la fin du monde, c'est le monde à l'envers!

Des qu'un kabyle parle, intervient, suggère, il doit prouver son algeriennité et souvent il est taxé de séparatistes, de réactionnaires ou je ne sais encore!Messali, Ben Bela, ainsi d'ailleurs que ce clan de malheur dOujda, sont des traîtres à la puissance n, et avec toutes les preuves!Les milices de Messali ne combattaient elles pas les membres de la fédérations de France ?et par qui elles sont armées si ce n'est par le le pouvoir français, Messali n'était il pas l'allié de Belounis?Ben Bela n a t il pas été fabriqué et décoré par Degaulle à Monte Casino en Italie, durant la deuxième guerre mondiale?Ce même Ben Bela et son clan de Boukharouba, est ce pas ce même Degaulle qui les a placé en 1962?ce sont des traîtres et plus!Maintenant l'heure est venue, cette affaire va nous inciter à dire toutes les vérités, tous les points noirs, toutes les trahisons, les compromissions, le régionalisme, l'anti Kabylisme, qui ont régné durant toute la révolution!Tout va être dit, on ne s’arrêtera pas!jusqu'à ce que tout le monde sache qui est qui!En Juin 2011 Said Abadou avait déclaré, en tant que ministre des moudjahidin es, je cite:<< Messali et tous les messalistes, sont des traîtres>>c'est passé comme une lettre à la poste;!Cela veut dire que tout le monde peut dénoncer sauf les Kabyles!Inal bou Yamakoum!traîtres, renégats!vous!vous osez dénigrer vos maîtres!Sachez bien que cette affaire est la bienvenue et au bon moment, vous avez réveillé tous ceux, encore qui hésitaient de défendre l'autonomie! merci!vous venez de le faire;le processus vers l'autonomie va s’accélérer grâce à vos réactions racistes!Le train de l'autonomie est irréversible!

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