Palestine-Israël : une chance au Droit ou une prime à la force ?

Les votes des parlements nationaux européens en faveur d’une reconnaissance de l’Etat palestinien se succèdent, il n'empêche qu'ils suscitent plus d’interrogations qu’ils ne rassurent.

Le contenu et la portée de ces prises de position restent à interroger. Depuis trop longtemps l’Europe qui, pour l’essentiel est la source de la situation qui prévaut depuis bientôt un siècle en Palestine, s’est positionnée avec constance dans le camp de la force au dépend de celui du droit pour ne pas prendre, à la va-vite, le frémissement actuel pour un ralliement à ce dernier.

Depuis la fin du XIXe siècle, jusqu’au sortir de la Seconde Guerre mondiale les Etats européens ont suscité et encouragé l’exfiltration de leurs juifs vers la terre de Palestine. Aux lendemains de la défaite nazie, la démarche, consolidée par un certain sentiment de culpabilité, a été drapée d’un semblant de légalité : la résolution 181 de l’assemblée générale de l’ONU en date du 29 novembre 1947 se voulait une base légale pour la création de deux Etats souverains, l’un juif l’autre arabe. L’Etat juif a vu le jour mais pas l’Etat palestinien. Une situation de fait forgé par la guerre. Les différentes victoires juives sur les Arabes ont reconfiguré les tracés et réduit avec constance l’espace qui pouvait revenir à un État palestinien. Aujourd’hui, ce territoire est un réduit insignifiant qui n’a plus rien à avoir avec celui projeté en 1947. Pour autant la logique de force ne s’est pas arrêtée. Son dernier épisode, un de plus dans cette expansion belliqueuse, n’est pas encore totalement consommé, il a pour théâtre El Qods-Jérusalem-Est d’un côté et les eaux au large de Gaza d’un autre.

Ces interrogations au sujet des votations parlementaires européennes sont d’autant plus nécessaires que nous voyons les belligérants renvoyés dos-à-dos vers des «négociations» qui ont toutes les chances, encore une fois, de n’être que l’objet de vœux pieux alors que d’un autre côté persiste la volonté israélienne d’affirmation du substrat théocratique d’un Etat qui cherche à être reconnu dans sa judaïté. Prétention qui n’empêche pas l’Occident de considérer Israël comme une démocratie. Une démocratie théocratique ? Certainement un nouveau concept à définir…

Les Palestiniens ont toujours fait les frais de la conjonction de plusieurs facteurs. Essentiellement : Un sentiment de culpabilité tout européen qui plonge ses racines dans une longue tradition de pogroms et se traduit dans un penchant constant au reniement et une acceptation récurrente des fait-accomplis guerriers d’Israël. Une instrumentalisation éhontée de leur cause par des "Arabes" qui n’ont de soucis que de l’utiliser comme levier pour manipuler leurs sujets. Alors qu’est ce qui tant changé pour que la conjoncture actuelle pèse en faveur d'»un retour aux lignes de démarcations de 1967 eu pourquoi pas aux frontières de 1948 ? La question se pose…

Les frontières projetées par la résolution 181 de l’ONU n’ont jamais été instituées. Les résolutions 222 (1967) et 238 (1973), renvoyant à des «négociations» n’ont pas eu plus de bonheur. Alors, faut-il encore une fois s’illusionner sur les votations parlementaires actuelles ? Il est pour le moins certain qu’elles ne peuvent avoir un quelconque impact sur la persistance de ce foyer de tension tant qu’elles ne consentent pas à un parti pris assumé en faveur d’une solution de droit qui, en partie, devrait revenir à la Résolution 181 de l’ONU qui prévoyait deux Etats viables en plus d’un traitement singulier de la ville triplement sainte de Jérusalem-El Qods.

Mohand Bakir

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Commentaires (1) | Réagir ?

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ali chemlal

C'est un monde hypocrite, le vote en faveur de la reconnaissance de l'Etat de Palestine "des larmes de crocodile" l'Allemagne nazi a massacré les juifs et se sont les palestiniens qui ont payé la note.

L'Occident est ému, choqué, consterné, lorsque’ il y a mort d'un homme en Israël, mais non concerné

par la mort de milliers de palestiniens, hommes, femmes et enfants et la destruction totale d' une ville. L'alibi du terrorisme ne marche plus. Nous sommes certes, contre l' extrémisme d'ou qu'il vienne,

islamiste, catholique, sioniste, raciste, mais nous considérons, que les puissances dites civilisées, font plus de mal, aux peuples d'Afrique, d'Asie, d'Amérique Latine, par la dépossession de leurs ressources, le soutien des dictatures, que les illuminés, qui tuent au nom de la religion. Cette religion qu'ils salissent eux mêmes par leurs méfaits.