Le pétrole entre le pouvoir et le peuple

Le pétrole n'a pas protégé le dictateur Mouammar Kadhafi d'un rébellion.
Le pétrole n'a pas protégé le dictateur Mouammar Kadhafi d'un rébellion.

Depuis le forcing conduit par les sbires de ce système pour imposer un homme, impotent et devenu au demeurant fantomatique, comme éternel roi-président au mépris de toute logique, l'Algérie ne cesse de s'enfoncer dans les ténèbres.

Dans l'autre sens, l'opposition fragile, déchirée, et sans véritable prise sur les citoyens apparemment inconsistants n'a pas pu faire barrage à cette entreprise. Son incapacité à développer des stratégies efficaces et à promouvoir de nouvelles figures n'a pas pu être compensée même par le recyclage de quelques anciennes figures refoulées du et par le système.

Il y a quelque part une frustration et un aveu d'impuissance face à l'évaporation de l'espoir d'un changement du système par la voie politique. Que faire devant un pouvoir hyper solidaire et une société totalement désintégrée. Le pouvoir avait raison et savait à quelle société il avait affaire; il jouait en fait en terrain conquis. Ainsi donc le projet de la junte du pouvoir réussi, ils peuvent, comme bon leur semble, enfoncer le clou. et même casser les noix sur la tête du commun des citoyens. Mais ce pouvoir a-t-il eu vraiment besoin de cela? ou bien n'était-ce qu'une mesure de plus de sa forte domination et son écrasement de la société!

Ils ont donc osé et réussi à imposer le fantôme comme roi-président. Mais alors que le pays est en pleine déchéance, on nous laisse la possibilité de s'auto-questionner sur le sexe des anges. Mais où est passé le fantôme ? vas-t-il mourir ou pas ? Bien sur, la grandiose cérémonie est déjà toute prête; on payera très cher les pleureuses et on exigera au minimum un mois de deuil. Le plus grave c'est de dérouler la plus grande cérémonie de l'histoire de l'Algérie pour un homme intrinsèquement insignifiant mais dont le clan a réuni des conditions inespérées pour démolir systématiquement l'Algérie, ses fondations et ses fondements. Quant aux hommes de ce pays, ils ont été éliminés, exclus et isolés. C'est ainsi que fonctionne le royaume des médiocres. C'est cela l'ironie du sort et c'est cela le malheureux destin de ce pays. Mais une fois cet homme mort et enterré, que feront-ils ? Trouveront-ils un autre subterfuge pour le maintenir roi-président en le faisant peut-être passé au chapitre des dieux ?

Situation très originale qui ressemble à la création mythique des dieux de l'Olympe de la Grèce antique. Le royaume des médiocres nous transférerait-il dans les temps anciens des mythes et des légendes ? Mais avec quelles différences ! À cette époque qui date de plus de 20 siècles; les aïeux des grecs étaient plus démocratiques que nous aujourd'hui. Ce qu'ils savaient faire en sciences et en technologie, nos inclassables universités et nos bureaucratiques entreprises et institutions ne savent pas le faire aujourd'hui.

Il y a de cela quelques mois, aux pieds du temple de Poséidon, dieu de la mer; j'observais les ruines et j'en arrivais à l'heureuse conclusion qu'au fond, les humbles citoyens grecs avec leur si riche et grande histoire, n'ont finalement pas construit que des mythes. La perfection de l'architecture du temple, l'agencement de ses éléments, la maitrise du travail quoique artisanal de l'époque révèlent un savoir-faire qui n'a rien à envier à celui des centres de prototypage utilisant les logiciels CFAO les plus sophistiqués du moment. À l'inverse, il suffit de jeter un coup d'œil sur les constructions de chez nous qui sont hideuses, délabrées, dégradables et qui ne reflètent que l'image des médiocres occupants des institutions concernées. Bien sur, libre a chacun d'évaluer l'état des lieux et d'en établir le bilan qui lui semble le plus approprié!

Mais quels leviers resteraient-ils à l'opposition pour changer le pouvoir ? En effet, devant cette impuissance à influencer les événements et cette incapacité à supporter ce système, il y a cette idée insidieuse qui est en train de faire son petit bonhomme de chemin dans le flot de nos pensées. Il me semble que par cette dérive on est en train de s'en remettre à un presque-Dieu qu'est le pétrole; comme les Grecs se sont remis à Achille, en tant qu'ultime alternative pour espérer se débarrasser de ce système.

Cette idée se base sur le fait que si le prix de pétrole descend au-dessous d'un certain seuil, le pouvoir ne pourra plus subvenir aux exigences de vie et de sécurité de la société. Cela conduirait à une situation de crise engendrant le chaos. Il en résultera un soulèvement populaire causant la chute de ce système. Il faut donc attendre un remake d'octobre 1988. Mais si cette idée peut constituer une excuse devant la perte de moyens pour infléchir le cours des événements, elle n'est certainement pas la bonne pour changer ce système.

D'abord, le prix du pétrole obéit à un comportement pseudo-aléatoire qui est conditionné par des circonstances géostratégiques et des conditions technico-économiques sur lesquelles nous n'avons malheureusement aucune emprise. Et si jamais les prix ne baissent pas sur le long terme? Serait-on donc condamné à subir ce système indéfiniment? D'autre part, si on considère le phénomène de la dépréciation de la monnaie sur la quinzaine d'années qui nous concerne, on constate que le prix du pétrole n'a pas beaucoup changé depuis une dizaine d'années. Cela est économiquement équivalent à une relative baisse graduelle depuis cette période; ce qui signifie tout simplement pour l'exemple que 100$ en 2014 procurent moins de biens qu'en 2004. De plus, ce pouvoir s'est déjà préparé à cette éventualité en projetant de vendre ce qui reste exploitable dans le sous-sol comme le gaz de schiste contre toutes les protestations. Somme toute et quoi qu'il arrive, ces rapaces ne lâcheront pas le morceau. Ils vendront le sous-sol, le sol, et tout ce qui peut être vendu pourvu qu'ils continuent de régner. Je suis convaincu que quelques-uns d'entre eux seraient prêts à vendre les organes des citoyens pour perpétuer leur enrichissement illicite inespéré.

D'autre part, la crise d'octobre 1988 si elle a effectivement déstabilisé le pouvoir par son effet surprise ; ne lui a-t-elle pas permis par la suite de se renforcer pour mieux contrôler, manipuler et fragmenter l'opposition. La preuve est que le pouvoir peut aujourd'hui se permettre de faire ce qu'il ne pouvait pas faire en 1988: forcer la société à accepter un roi-président impotent, n'avoir aucun compte à rendre à la société, se taire devant les scandales de corruption et assurer sans gêne l'impunité aux corrompus.

C'est dire que la chute des régimes politiques comme le nôtre obéit à des règles beaucoup plus complexes que de compter sur la chute des prix du pétrole. Les tenants du pouvoir le savent bien et ne cessent d'effectuer les analyses de scénarios que les Américains nomment du type "What-If". Que se passerait-il et que faudrait-il faire si telle situation venait à survenir ?

D'ailleurs, si on effectue une analyse comparée entre des pays qui sont grands producteurs de pétrole, on constate que le pétrole n'a pas empêché la destruction de l'Irak et la Libye. Dans ces cas, ce n'est pas le prix du pétrole qui a démoli le régime politique dominant mais plutôt l'intervention des superpuissances.

En effet, comme notre pouvoir est très sensible et très préventif, il a déjà pris ses précautions pour se soumettre aux superpuissances en préservant largement leurs intérêts. C'est pourquoi on invite les présidents français. On se soigne à l’hôpital militaire du Val-de-Grâce. On parle français. On reverse les rentrées du pays aux compagnies étrangères sous forme de grands projets avec des parts de corruption. On offre l'espace aérien et si besoin est, on offrirait le reste.

Mais la soumission aux superpuissances est-elle garante du maintien de ce genre de pouvoir ? Les exemples de l'Égypte et de la Tunisie montrent qu'il n'en est rien. Le monopole du pouvoir par des clans mafieux et l'exclusion des citoyens créent des fortes distorsions qui peuvent être exploitées par des groupes sociaux opposés au pouvoir. Ces derniers reproduisant le comportement du système et peuvent par rivalité proposer aussi des services aux puissances étrangères. Ainsi, lorsque l'instabilité s'installe, les superpuissances peuvent laisser faire et remplacer après affrontements un pouvoir soumis par un autre pouvoir tout aussi soumis.

Mais en fin de compte, les changements enclenchés en Irak, Libye, Égypte, Somalie, Soudan, Yémen s'ils ont conduit à changer la forme du régime politique, ils ont dans la plupart des cas conduit à la destruction de ces pays et à un grand déchirement de leur société. Néanmoins, les ex-tenants du pouvoir démis n'éprouvent aucun remords après la destruction du pays. Ils ne regrettent que la perte de pouvoir et d'ailleurs si c'était à refaire, ils referaient ce qu'ils avaient déjà fait. C'est que dans leur conception originelle, il est programmé l'acquisition et le maintien du pouvoir sans partage quitte à démolir tout l'univers et pas seulement "leur pays".

C'est pourquoi, le désir du changement démocratique de régime ne doit pas miser sur le prix du pétrole, ni attendre des circonstances fortuites ou espérer un changement d'ouverture démocratique par les fous du pouvoir. Un travail en profondeur attend l'opposition. Il consistera d'abord à rétablir la confiance et à renforcer la solidarité entre les citoyens désintégrés. Il convient ensuite de proposer un modèle de cohabitation fédérateur à négocier entre les différents groupes sociaux, confessionnels et régionaux. Il convient en dernier lieu de proposer un modèle de développement qui permettra d'harmoniser une vision futuriste pour tout le pays.

Abdelouahab Zaatri

Constantine, le 05 octobre 2014

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Commentaires (4) | Réagir ?

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Massinissa Umerri

C'est rassurant de lire un Constantinois et d'y trouver une serieuse analyse et reflection, meme si je me demande s'il ne s'agit pas d'un Kabyle emmigre' ? Nonetheless (cependant), moi je suis convaincu que la reponse a votre questionnement "... Il convient en dernier lieu de proposer un modèle de développement qui permettra d'harmoniser une vision futuriste pour tout le pays... " est connue des mafiosis dont il s'agit - Du soleil biensur, l'harmonie et la vision de celui-ci allant au dodo, a l'Ouest...

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Aksil ilunisen

Le petrole est ephemere c'est pour cela que la Kabylie ne peut pas s'offrire le "luxe" d'etre soumise, La kabylie veut prendre son avenir en main et relever les defies des siecles modernes.

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Toutes les nations indexes au petrole sont voueés a disparaitre. L'Algerie le fera pas exception a cette regle.

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