Tensions géostratégiques: quel impact sur le cours du pétrole ?

En arrière-fond des conflits actuels, des visées sur le contrôle de la production du pétrole.
En arrière-fond des conflits actuels, des visées sur le contrôle de la production du pétrole.

Cette contribution analyse les principaux facteurs de fixation du cours du pétrole (marché mondial répondant à l’offre et à la demande) contrairement au marché du gaz qui est un marché segmenté avec la prédominance des canalisations et des contrats à terme, bien qu’existe depuis trois années une déconnexion du prix du gaz par rapport au pétrole remettant en cause les anciennes formules d’indexation.

Cependant, il existe un certain seuil ce que les économistes appellent la période de substitution. Un cours trop élevé permet d’aller vers d’autres sources d’énergies qui deviennent rentables comme les énergies renouvelables qui actuellement nécessitent des subventions donc des transferts d’impôts, le plafond étant de 110/120 dollars. Aussi existent forcément une barrière à la hausse des prix comme l’a été la transition du charbon aux hydrocarbures, grâce à la révolution technologique ayant permis généralisées à grande échelle des bas prix, et ce malgré que le charbon reste toujours utilisé avec des réserves dépassant les 150 ans.

1.- Les mécanismes fondamentaux de fixation du cours du pétrole

L’énergie est au cœur de la sécurité des Nations expliquant bon nombre de conflits dans le monde. Les conflits actuels en Afrique et Moyen-Orient préfigurent d’importants bouleversements géostratégiques au niveau de ces régions stratégiques. Les évènements récents montrent, concernant la stratégie énergétique future, le marché mondial allant vers un mixte énergétique, l’urgence de trouver un juste équilibre qui ne pénalise ni les producteurs, ni les consommateurs et un relatif équilibre entre les risques géopolitiques et la croissance de l’économie mondiale. Aussi je recense sept facteurs

- premièrement, en dehors des calamités naturelles les facteurs géostratégiques notamment les tensions dans bon nombre de régions du monde sont une des explications du cours du pétrole ;

- deuxièmement, profitant des tensions, les effets spéculatifs de certains traders ;

- troisièmement, la reprise ou la décroissance de l’économie mondiale et la nature du modèle de consommation énergétique mondial ;

- quatrièmement, l’expansion du transport et la construction de bâtiments /routes selon les anciennes méthodes technologiques, fortes consommatrices d’énergie ;

- cinquièmement, la faiblesse de capacités de production due à la faiblesse des investissements notamment dans les capacités de raffinage où des pays des consommateurs, qui ont renfloué leurs stocks en précisant que la marge profit actuelle est réduite et les investissements très lourds; la baisse du cours du pétrole léger comme c’est le cas en Algérie s’explique en partie pour cette raison.

- sixièmement, les fluctuations dollar/euro, la faiblesse de la monnaie américaine ayant tendance à stimuler la demande mais la corrélation n’étant pas systémique ; a contrario, l’endettement des pays européens ayant une tendance à provoquer une baisse ;

- septièmement, la démographie mondiale dépassant actuellement les 7 milliards d’âmes, et l’arrivée des pays émergents. Venant d’une importante rencontre internationale en 2014, associant firmes internationales et experts, il a été démontré qu’il ya urgence d’une transition énergétique mondiale car si les pays émergents copient le modèle de consommation énergétique des USA et de l’Europe, il faudrait quatre fois les réserves de la planète terre.

2.- Quel a été l’impact de l’attaque américaine en Irak sur le cours du pétrole ?

Après l’intervention américaine en Irak le 08 août 2014, le cours tant du Brent que du Witt a subi une légère hausse au moment des frappes, étant coté à 106,3 dollars ( hausse de 0,9% pour le Brent) et 98,1 dollars le baril (hausse de 0,8% pour le Wit). A 17h, heure GMT, le cours a de nouveau baissé : 105,32 dollars le baril et 97,59 le Witt. Le cours de l’once d’or après une légère hausse dans la journée du 08 août s’est stabilisé à 1312 dollars l’once (hausse de 0,93%) mais par rapport à l’euro 984 euros l’once avec une hausse de 0,59%. Pour la journée du 09 août 2014, 11h heure GMT, le cours du Brent, est coté à 105,04 dollars, le Witt à 97,25 et le cours de l’once d’or à 1312 dollars l’once. Cette tendance baissière se confirme en fin de journée du 09 aout 2014 où l'once d'or s'est cotée à 1309 dollars, le Brent à 105,02 et le WIT à 97,60. Pour le 10 aout 2014, la tendance est sensiblement la même : l’once d’or est coté à 1309 dollars, le Brent à 103,26 et le WIT à 97,61 avec un cours dollar/euro de 1,3409.Comment interpréter ces très faibles fluctuations. Je recense quatre rasions en n’oubliant pas que nous sommes en été, la demande étant plus forte à l’approche de l’hiver.

1.- Premièrement, il y a d’abord comme rappelé précédemment, que la croissance de ’économie mondiale est relativement faible malgré une légère reprise, faiblesse accélérée par la décroissance de bon nombre de pays émergents entre 2013/2014 (Brésil-Argentine, Inde, recul du taux de croissance chinois).

2.- La deuxième raison est la révolution du gaz/pétrole de schiste qui a permis de réduire substantiellement les importations américaines d’énergie, l’Algérie étant concernée la liant dans un proche avenir surtout au marché européen.

3.- La troisième raison est que bon nombre de pays de l’OPEP ne respectent pas leurs quotas, sans oublier du fait de l’embargo, les contrats «secrets» entre l’Iran et certains traders pétroliers. A ce titre, selon le New York Times ce sont les entreprises pétrolières d’Etat chinoises qui achètent près de la moitié de la production irakienne. Et il est fort probable que la Chine renforce encore sa quote-part dominante dans les années à venir.

4.- La quatrième raison fondamentale est l’expansion de la production de pétrole de bon nombre de pays hors OPEP qui représente plus de 55% de la production mondiale et donc en dehors tant de l’Irak que de la Libye. Ainsi en mai 2014, selon l’AIE la production mondiale d'or noir a augmenté de 530.000 barils par jour pour atteindre 92,6 millions de barils par jour (mbj), grâce à une progression dans les pays non membres de l'Opep qui a permis de compenser un repli dans les pays du cartel. La Russie à travers la stratégie de Gazprom pour 2013, profitant des tensions au Moyen orient a pris des parts de marché croissants ayant été le premier producteur de pétrole au monde. Avec 523,2 millions de tonnes produites elle dépasse même les records des années 1990, (source Novye Izvestia).Aussi faut-il se méfier de certaines annonces concernant actuellement les tensions entre l’Occident et la Russie, Gazprom continuant d’approvisionner massivement le marché mondial.

En résumé, la Libye dispose d’une réserve de 48 milliards de barils pour une population de 6,5 millions d’habitants et également de réserves importantes de gaz naturel (1.548 milliards de m3) qui sont jusqu’à présent peu exploitées. Membre de l’OPEP, la Libye a les capacités, sous réserve de stabilité d’augmenter sa production à 3 millions de b/j. Les réserves de pétrole en Irak sont estimées en 2012 à 140 milliards de barils, données réactualisées en 2014 à 150, certains experts extrapolant sur 200 milliards de réserves potentiel soit entre 12 et 14 fois les réserves de l’Algérie estimes à 12 milliards de barils représentant 11% des réserves mondiales avec des coûts extrêmement bas, pouvant dépasser en cas de stabilité une exportation de 4/5 millions de barils jour. Ce pays est le deuxième pays producteur derrière l'Arabie saoudite et devant l'Iran et le Koweït, pour une population de 36 millions d’habitants.

Pour le gaz les données réactualisées 2014 donnent 3600 milliards de mètres cubes gazeux. Si l’Irak, l'Iran, la Libye produisaient en fonction de leur capacité réelle, le Cours du Brent serait moins de 95 dollars le baril, et celui du WIT moins de 85 dollars ce qui aurait des répercussions négatives sur la balance des paiements algériennes déjà en tension en 2014.

Dr Abderrahmane Mebtoul, professeur des Universités Expert international

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