OMC : un front de non-adhésion de l’Algérie se dessine (2e partie)

Le ministère de l'économie.
Le ministère de l'économie.

Les réalités économiques rappelleront très vite à l'ordre le système économique algérien et montreront ses limites en terme de compétitivité.

3- La ligne de l’OMC est totalement contradictoire avec la démarche algérienne. Il ne suffit pas de reconfigurer et clarifier son dispositif législatif et réglementaire ou tenter de le mettre artificiellement en conformité avec un régime fictif de commerce, comme le laissent entendre les responsables pour jouer dans la cours des grands. Ce sont désormais les réalités économiques qui en déterminent les critères. Quelles sont justement ces réalités qui sous tendent le développement du modèle économique aAlgérien ? Dès les premières années de son indépendance, l’Algérie devait opter pour un modèle de développement basé sur la mécanisation des moyens de production. Son objectif est d’aboutir à un tissu industriel qui créera le maximum d’emploi. Son premier plan triennal 1967-1970 prévoyait l’emploi de « toute la population masculine ». Il s’agissait d’œuvrer pour l’épanouissement du citoyen qui n’a que trop souffert de l’indigénat. Cela paraissait cohérent en dépit des insuffisances constatées, en tous les cas un large consensus se dégageait autour de ce modèle de développement. Il a été confirmé par une approche théorique qui consistait de créer un tissu industriel formé de puissantes sociétés qui auront la mission de capitaliser, consolider et surtout fertiliser le savoir et le savoir faire afin de prendre plus tard la relève des hydrocarbures. Cette ressource justement s’échangeait pour assurer le financement de cette démarche. Les technocrates qui avaient pris la gestion du pays après la mort de Boumediene, fortement impressionné par le modèle américain, pays où ils étaient formés ont procédé à une réorientation de l’économie nationale en commençant par un désengagement de l’Etat sans aucune transition consensuelle.

La conséquence immédiate á été un déficit de confiance entre l’Etat et le citoyen qui se retrouve sans référence ni marqueur après plus d’une décennie d’effort et de privation qui semblent partir en fumée. Depuis, tout ce qui se mettait en place par les différents gouvernements qui se sont succédés ne donnait aucun résultat tangible sinon d’enfoncer plus le pays vers un avenir inconnu. Deux événements ont montré la vulnérabilité de cette réorientation. Le premier est le contre choc pétrolier de l’été 1985 qui a ramené le prix du baril à moins de 10 dollars suivi juste après de la chute du court du dollars, ont mis à nu la fragilité de l’économie Algérienne et sa soumission à des facteurs exogènes et qui échappent totalement aux décideurs. Le deuxième est venu avec le redressement des prix du baril de pétrole et la constitution de la fameuse manne financière. La croissance qui s’en est suivie n’a pas abouti au développent économique de l’Algérie mais plutôt aux partenaires étrangers. En effet, cette manne se trouve à l’étranger et sert au développement des pays où ces capitaux sont placés.

Avec près de 65,75 milliards de dollars d’importation, c’est les fournisseurs des biens importés qui font activer leurs économies et certainement pas l’Algérie. Globalement, on peut qualifier la situation économique Algérienne de tout sauf de compétitive et diversifiée. Or, la compétitivité et la diversification sont l’essence même de la démarche de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC). Que peuvent contenir les accords déjà passés avec l’Argentine et l’Indonésie, Cuba, l’Uruguay, le Brésil, le Venezuela et la Suisse. Ensuite de quoi discute t-on avec les américains, l’Equateur,le Japon,le Salvador, l’Australie, la Corée du Sud,le Canada, la Nouvelle-Zélande et la Turquie. Celafait trop de rounds pour trop de dépenses pour aucun résultat. Entre 2013 et 2014 il y a eu de la part des membres de l’OMC 170 questions qui s’ajoutent aux 1933 déjà traitées depuis son intention d’y adhérer. Pourtant deux à trois grandes questions suffisent pour que les Algériens sachent que cette histoire de rejoindre ce n’est qu’utopie. En effet, au stade actuel l’Algérie peut-elle abandonner sa politique de soutien des prix ? Lorsqu’on sait qu’une simple tentative de formaliser les transactions par des factures devait embraser le pays le 11 janvier 2011. Son impuissance d’éradiquer totalement le marché informel, favorise la spéculation et donc la non maîtrise d’une inflation à deux chiffres. Peut-elle se permettre d’ouvrir ses frontières aux produits étrangers face à un secteur public à terre et un secteur privé non encore créatif ? Que deviendront les emplois ? L’Algérie attend en 2014 plus d’un million de naissances qui nécessiteront de la santé, de l’éducation et de l’emploi. La croissance interne d’énergie augmente au rythme de 10% chaque année pour atteindre d’ici 2030 près 100 millions de tonne équivalent pétrole et exigera des pouvoirs publics d’importer pour combler le déficit énergétique et se posera dès lors la question avec quoi et comment financer le développent national ? L’Algérie qui a l’habitude d’entretenir une paix sociale en puisant sur la rente, comment peut-elle faire face à la grogne de la population qui ne va pas supporter l’inflation due à l’ouverture aux produits extérieurs sans aucun doute trop chers ?

En conclusion, c’est aux questions internes que les pouvoirs publics doivent répondre avant d’entraîner le pays dans une démarche qui paralysera ce qui reste du tissu industriel, détruira l’emploi, accentuera la pauvreté et peut-être conduira à une révolte. Donc l’inquiétude de la candidate au présidentielle 2014 est amplement justifiée.

Rabah Reghis,Consultant et Economiste Pétrolier

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