A quoi servent les réunions de l’OPEP ? 2e partie

L'Opep a perdu de son lustre. Elle pèse peu sur le marché
L'Opep a perdu de son lustre. Elle pèse peu sur le marché

Le temps où les réunions des membres de l’OPEP faisaient retenir leur souffle aux grands raffineurs, aux automobilistes, argentiers et industriels occidentaux est révolu.

3- En dépit des turbulences, l’Irak a-t-elle les moyens de sa politique ?

Ce pays est condamné à exploiter rationnellement son pétrole et gaz pour rehausser son statut et élever le niveau de sa population. Il a la capacité de produire de plus en plus de pétrole. Il a même un grand potentiel. Pendant plus de trois décennies, le pays a souffert de guerres dévastatrices et des sanctions internationales. Alors que sa production avait atteint 3,5 millions de barils/jour en 1979, elle vient tout juste de revenir à 3 millions de barils/jour. Pendant toute cette période, elle aura été inférieure au niveau atteint alors. Un tiers de la surface de l’Irak présente un grand potentiel d’exploitation de pétrole et de gaz mais il n’y a pas eu de campagne d’exploration pendant plus de 25 ans. Aujourd’hui, l’Irak s’est imposé comme le troisième exportateur mondial de pétrole, derrière l’Arabie saoudite et la Russie mais devant l’Iran. Quinze mégacontrats ont déjà été signés. La production à Majnoun, un des champs pétroliers géants, va démarrer d’ici la fin de l’année. L’AIE se montre plus prudente que les autorités de Bagdad quant aux estimations et table sur une production de 6,1 mb/j en 2020 puis de 8,3 mb/j en 2035. Mais ce serait déjà énorme. S’il ne fallait retenir qu’un chiffre, ce serait celui-ci : la croissance de la production mondiale de pétrole d’ici à 2035 sera assuré à 45 % par l’Irak, à 42 % par d’autres pays de l’OPEP, et à 12 % par les pays non OPEP«, résume Fatih Birol, chef économiste à l’AIE, qui a dirigé l’Iraq Energy Outlook et qui était présent également à cette conférence de l’IFRI. Bagdad entend bien profiter de ce retour en force sur la scène pétrolière. Thamir Ghadhban a été le candidat de son pays au poste de secrétaire général de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP). L’Équateur et l’Arabie saoudite, premier producteur mondial, sont également sur les rangs.

L’Irak a des arguments : les pays du Golfe ont accumulé des milliards de dollars de réserve ces dernières années. Dans son esprit, les émirats pétroliers de la péninsule arabique ont plus que profité de l’affaissement de la production irakienne. À présent, « ils ont intérêt à les satisfaire. » Bagdad ne se sent, pour l’instant, lié par aucun quota de plafonnement de sa production. « Nous sommes membres de l’OPEP mais nous ne sommes pas dans le système de quota«, explique l’ancien ministre. "Aujourd’hui, personne ne s’oppose à la hausse de notre production. Nous considérons que jusqu’à 3,5 mb/j, il n’y a pas de problème. Après, on discutera". D’ordinaire, l’OPEP veille à coller au plus près de la demande mondiale de pétrole pour maintenir des prix élevés. "Auparavant, il y avait un accord implicite selon lequel l’Iran et l’Irak maintenaient des productions équivalentes", indique-t-il. "Or aujourd’hui, l’Iran produit 4,2 mb/j. D’autres pays que nous, ont des projets pour augmenter leur capacité. Sur quels critères ? Il faudra qu’on en discute : la population ? Le besoin de rentrées financières ? Les réserves connues ? En tout cas, nous n’avons aucune intention de quitter l’OPEP". Le choix du prochain secrétaire général n’étant pas encore fait. Tous les spécialistes estiment que la rivalité entre l’Irak et l’Arabie saoudite va s’exacerber dans les prochaines années.

4- Conclusion

Le temps où les réunions des membres de l’OPEP faisaient retenir leur souffle aux grands raffineurs, aux automobilistes, argentiers et industriels occidentaux est révolu. Les années 1970 et début 1980, le moindre froncement de sourcils de son secrétaire général pouvait déclencher la foudre des marchés pétroliers. Aujourd'hui, les réunions de Vienne – où siège ce club rassemblant douze pays, de la très conservatrice Arabie saoudite au très révolutionnaire Venezuela en passant par la République islamique d'Iran – ont perdu de leur fièvre d'antan. Pourquoi ? De nombreux analystes pensent que les ministres qui la composent n’ont pas de charisme comme l’étaient dans le temps Zaki Yamani, Belaid Abdeslalem etc. Cet effacement n'est certainement pas dû comme l’analysent certains experts à la seule poussée des producteurs hors OPEP – comme les Etats-Unis et la Russie qui occupent aujourd'hui les deux premières places mondiales dans l'offre d'hydrocarbures. Car avec 40 % de part de marché (contre 55 % en 1973), l'OPEP conserve son mot à dire. C'est en son sein qu'il faut trouver les raisons du renoncement à ce qui fut l'arme du pétrole. Tout d'abord depuis la révolution iranienne de 1979, une cassure profonde sépare les deux rives du golfe arabo-persique, et ses effets se font sentir jusque dans les couloirs feutrés du siège viennois de l'OPEP. Le basculement de l'Irak dans l'orbite de Téhéran après la chute de Saddam Hussein en 2003 l'a accentuée, au grand dam des membres du Conseil de coopération du Golfe (hors Oman). Mais c'est au cœur de la péninsule Arabique – à Riyad plus précisément – que se trouve la clef de cette évolution. Le cartel de naguère a disparu parce que l'Arabie saoudite, premier exportateur mondial avec près de 10 millions de barils par jour, a choisi d'endosser les habits austères mais rassurants du régulateur et du producteur d'appoint (swing producer). Et non de faire du pétrole une arme. Aujourd'hui, le royaume est seul capable de soutenir l'offre lorsque le pétrole iranien est mis au ban ou que les frictions post -révolutionnaires libyennes paralysent la production.

Rabah Reghis, consultant et Economiste pétrolier

Lire la 1re partie : A quoi servent les réunions de l’OPEP ? 1re partie

Plus d'articles de : Analyse

Commentaires (0) | Réagir ?