La Kabylie, de la splendeur à la misère

Pourquoi les terroristes se complaisent tant dans le coin le plus hostile à leur idéologie : la Kabylie ?
Pourquoi les terroristes se complaisent tant dans le coin le plus hostile à leur idéologie : la Kabylie ?

Dans les années 1940, le "Journal d’Alger" publiait une enquête intitulée "le Géant Kabyle"». On lit dans les Cahiers de Belaïd (1) : "Il est dommage que monsieur B. ne compose son article que de rappels historiques… Pour ma part, je ne crois pas qu’il y ait eu jamais un seul écrivain qui nous décrive et désigne objectivement…Seul, sans doute, un Kabyle pourrait le faire parce que seul il a accès à certains coins de l’âme de ses …cousins."

"Pourtant, les cousins doués n’ont pas manqué, de "Nedjma" au "Fils du Pauvre" pour fouiner dans l’âme berbère dans le seul refuge qui reste : la Kabylie. Cette poule qui a donné à l’Algérie ses œufs en or dans tous les domaines agonise sous les pierres hilaliennes modernisées par le génie des Croisés. Les images sont hallucinantes : d’un côté la foule, mains nues, vomissant un ras-le-bol dans un décor de constructions laides inachevées comme bombardées datant du "temps béni des colonies". En face, l’erreur, des policiers équipés façon "Guerre des étoiles" sans guerre ni étoiles. Au même moment derrière eux dans la splendeur d’une journée printanière que la nature amazighe sait offrir au regard, agonisaient des militaires sous les balles de l’hydre islamiste experte à ressusciter au bon moment. De Tiguentourine à Ibourdranène, Sherlock Holmes branché aux satellites les plus sophistiqués y perdrait sa matière grise la plus élémentaire.

Dans El Watan du 22 avril 2004, sous le titre prudent : "Revoir les moyens de lutte" on peut lire : "Si l’ANP est incontestablement l’armée la plus forte dans la région, au niveau régimentaire, le soldat algérien n’est pas mieux que les terroristes qu’il combat. Les postes avancés qu’il occupe dans le maquis sont généralement dénués de tout équipement de vision nocturne, mis à part l’éclairage ou des fortifications adéquates. Ces positions sont généralement des ouvrages de maçonnerie renforcés de sacs de sable. Les retours d’expérience d’Irak et d’Afghanistan ont démontré l’efficacité des fortifications en gabions qui sont de simples cubes prémontrés remplis de terre et ayant la capacité de résister aux balles et même aux fortes explosions. Ces gabions, dont la fabrication est à la portée de n’importe quel entrepreneur de l’Ansej…Autre cible facile…les convois logistiques…Là aussi, des conflits même aussi durs que ceux de Syrie, ont démontré, s’il le fallait, l’impérieuse nécessité de se déplacer en engins blindés. L’Algérie a largement les moyens de s’offrir des véhicules MRAP (Mine Resistant and Ambush Protected…Pis encore, le soldat lui-même n’a reçu qu’une instruction classique au maniement d’armes et n’a connu aucune formation spécifique en secourisme de guerre ou en techniques de contre-guérilla… la majorité des décès qui ont lieu suite à des attaques terroristes sont le fait d’hémorragies nécessitant des traitements d’urgence ne dépassant pas 20 minutes... Sans gilet pare-balles moderne, sans tenue spécifique (la nouvelle tenue des paras pour le Nord est quasi identique à celle des paras français durant les années 1950) et sans armement de précision, la kalachnikov en dotation ne dispose aucun moyen de visée diurne et encore moins nocturne. Passons sur les moyens de communications ou de réception de données de reconnaissance qui n’existent tout simplement pas au niveau des régiments réguliers."

On se rappelle les moqueries des médias occidentaux sur les souliers des soldats irakiens envoyés au combat pour affronter la plus puissante et plus gâtée armée du monde lors de l’invasion du Koweït. Seulement Saddam était ruiné, abandonné par ses alliés arabes et occidentaux qui l’avaient encouragé à faire la guerre à l’Iran à leur place. L’ANP, armée nationale populaire censée protéger la Kabylie du terrorisme, officiellement éradiqué depuis l’an 2000, est trop pauvre pour équiper ses soldats à l’image des policiers anti-marche. Hélas, le système a fermé les portes à toutes les ONG humanitaires qui auraient pu aider... Pourquoi les terroristes se complaisent tant dans le coin le plus hostile à leur idéologie : la Kabylie ? Les montagnes ? Le pays n’en manque pas. Pour voiler les femmes ? Ce n’est pas gagné et pour se consoler, ils peuvent admirer de loin la chevelure libre de ces houris tombées du ciel. Surveiller les évangélistes ? En attendant les bars refusent de se délocaliser dans un trou à rats ou un palace qui n’existe pas. C’est les autorités et non les islamistes qui ont failli attraper une apoplexie lors du déjeuner sur l’herbe en plein carême... Les barbus sont-ils ensorcelés par une divinité berbère millénaire ou sont-ils des bandits dans l’attente de leur part du gâteau à moins qu’ils l’ont déjà reçue pour être là ? Pour la première fois de son histoire, le "Géant" est piégé et le restant du territoire le contemple moins dédaigneux certes, mais avec autant d’années-lumière de distance qu’avant.

En 1980, l’Algérie n’a pas soutenu les Kabyles, une décennie plus tard, l’Algérie n’est pas venue au secours des Algériens. À la publicité "mettez un tigre dans votre moteur", la voix désabusée réplique : "à quoi ça sert si un âne est au volant." En 1962, le FLN vendait le tigre dans le moteur et le lion derrière le volant en quémandant les bijoux de la populace pour remplir le réservoir. Résultat, on a tout perdu même le doux animal végétarien, l’âne. Matoub Lounes disait qu’il n’était pas obligé d’être arabe ni musulman, mais Ben Bella a inauguré l’Indépendance en pataugeant dans le sang de Abane Ramdane au rythme de la "Voix des Arabes". Dans ses Mémoires, Fathi Al Dib, bras droit de Nasser auprès du FLN pendant la guerre d’Algérie, décrit comment le Raïs a offert au Pharaon les Amazighs en sacrifice avant même le déclenchement de la guerre de libération. "L’Algérie arabe et musulmane ». Même Ben Badis n’a pas eu la clairvoyance du sage pour ne pas tremper dans le meurtre des aïeux à défaut de l’empêcher. Fathi insiste sur l’admiration que Nasser vouait à Ben Bella et le mépris pour son rival. Le sort d’Abane était scellé du Maghreb à l’Orient sans oublier l’Occident. Le danger était tellement présent que la «plate-forme anti-benbelliste de la Soummam posa que les rapports avec l’Egypte devaient être d’alliance et non de subordination.» Mais une subordination entraine une subordination tout en entretenant la Subordination. "Arabe ! Arabe ! Arabe !". Traduction : Non Kabyle ! Non Kabyle ! Non Kabyle ! Du FLN au FIS, il fallait séduire et montrer patte blanche au calife de son choix. Pas bête l’Égypte d’El Azhar qui a arabisé ses Coptes sans les islamiser. Le système algérien a fait plus fort, table rase avant d’y mettre le feu. N’ayant pas les moyens de l’apocalypse hitlérienne, quelques oripeaux lui ont échappé dont le plus important, le «Géant kabyle». Alors que la Régence d’Alger soutenue par l’Empire Ottoman tombait comme une mouche groggy, avec les armes qu’elles fabriquaient, les tribus kabyles se battaient d’Alger à Constantine pendant des décennies jusqu’à la chute de la forteresse d’Icheriden en 1857. Le «mythe kabyle» n’est pas un mythe. La Kabylie d’antan vue par Wikipédia : "… une forme d’organisation tribale, attestée dès l’Antiquité, restée caractéristique par le contrôle direct et rigoureux de dirigeants désignés et constamment opposée à l’émergence d’un pôle de pouvoir unique et centralisé. Bien qu’intérieurement divisée, la région a trouvé son unité vis-à-vis de l’extérieur en se faisant le refuge de tous ceux qui dans les populations environnantes ont voulu résister à l’emprise des conquérants successifs…

En 740, des tribus autochtones se révoltent contre la politique fiscale et la traite des esclaves…Chez les militaires et fonctionnaires français se développe le "mythe kabyle" : beaucoup voient la région comme la plus à même de "franciser" sur la base notamment de similitudes entre l’assemblée villageoise traditionnelle "tajmâat" et "la cité démocratique de la Grèce antique, rapprochement où ils trouvent les indices d’un excellent potentiel républicain." Même Ibn Khaldoun se disant Arabe n’hésitait pas à critiquer sévèrement ses congénères tout en noyant la race berbère de ses compliments. À défaut d’être des conquérants, les Amazighs se sont laissé conquérir par des sauvages dirait le génial historien. "Une seule d’entre nous me déroute. Reine, cette Reine de race mystérieuse, de sang africain…Elle choque dans cette maison. Qu’était-elle venue faire ? Et comment y a-t-elle échoué ?" La Kabylie, Reine de la non-violence dans un monde de piètres prédateurs, vaincue parce que trahie, elle garde son aura et le redoutable pedigree de son engeance. Longue est la liste des hommes et des femmes exceptionnels qu’elle a offerte au pays. Si elle n’avait pas existé, il aurait fallu l’inventer pour écrire l’Histoire algérienne. Maintenant que le litre d’huile d’olive vacille entre 800 et 1500 dinars, elle mâchonne les feuilles calcinées des oliviers qui restent. Le tourisme anéanti, les usines qui ferment les unes après les autres depuis le Printemps berbère. Alors que d’un autre côté, les "révolutionnaires" déroulaient le tapis rouge sous les pieds des intégristes en leur offrant la femme algérienne en cadeau ficelé dans le Code de l’Infamie. Qui mieux que les barbus formatés par l’école orientale pouvaient venir à bout de ces "mécréants" qui rejettent leur "arabité" contestent le droit divin du Raïs. Ecorchée, laminée, à genoux, elle ne cède pas ; seule à garder la tête haute pour cracher sur ses bourreaux.

Pourtant, elle a enterré les meilleurs de ses enfants dans l’errance l’exil la torture et la mémoire interdite. Mouloud Feraoun l’avait prédit dès 1957 : "Pauvres montagnards, pauvres étudiants, pauvres jeunes gens, vos ennemis de demain seront pires que ceux d’hier…" Pauvre Feraoun assassiné par l’ennemi d’hier après avoir prédit le Méchoui des Caïds, échappant ainsi au pire… Il fallait attendre le départ des colons, pour supprimer la chaire du berbère et dans la foulée l’ethnologie et l’anthropologie au grand désespoir d’un Mammeri qui pour sa défense déclarait : "Vous me faites le chantre de la culture berbère et c’est vrai. Cette culture est la mienne, elle est aussi la vôtre." À sa traversée du désert, il ajoute la damnation des anges rebelles : mourir trop tôt. 25 ans après sa disparition, les rejetons de ses élèves l’enterrent avec sa culture amazighe. Des petits Benflis à profusion pour l’éclat de rire du vainqueur et le soulagement du vaincu.

Occupons-nous des ogres policiers, faisons leur fissa un procès, un lynchage médiatique comme on le ferait pour la baguette du maître sadique qui brise les doigts de son élève. On se croirait en Amérique où un journaliste peut faire tomber un président ou en France avec la Police des polices. Consciemment ou inconsciemment seul Benflis a donné la crédibilité nationale et internationale à la 4e mascarade du système et la seule protestation est venue de la Kabylie qui s’engouffre dans une énième mascarade : sanctionner les policiers violents. On comprend pourquoi un jeune chômeur a déclaré que le seul boulot que les autorités lui avaient proposé c’est de rentrer dans la police. La "racaille" qui tue la "racaille" même Sarkozy n’y avait pas pensé. Qui se souvient des policiers qui tombaient sous les balles des terroristes pendant que la masse terrorisée se terrait et que l’Etat, au mieux montrait ses canines pointues et ses muscles gonflés à la télé et au pire sanctionnait les journaux qui en parlaient. Un million d’enfants traumatisés qui aujourd’hui sont adultes avec un peu de chance, certains recrutés par la plus grande usine, la police…Pour le moment, Mère Kabylie a raté ses derniers enfants, raté l’occasion. La "Suisse sauvage" a vieilli, se rapproche de l’Alzheimer. Heureusement son cordon ombilical la relie à ses exilés qui la maintiennent en vie de loin. Ah si on pouvait la bombarder pour stopper ses crises chroniques. Heureusement l’hystérique est devenue inutile parasite comme le reste : les figues importées de la Turquie, l’huile d’olive de Tunisie, d’Espagne, les olives de la Grèce du Maroc, les robes traditionnelles la poterie de Chine…, les bijoux en argent d’Italie et la matière grise a toutes les nationalités sauf nationale. Rongé par la tuberculose, Belaïd Ath Ali s’acharnait à noircir des feuilles sur son lit d’hôpital loin de la Kabylie-aimée : "Mon existence s’achève et je l’aurai dépensée, jusqu’au dernier jour à imaginer et à composer des rêves…On ne peut reprocher au Kabyle de ne pas brûler ce qu’il a adoré…Peut-on lui faire un reproche si, de tout ce qu’il adore, il ne trouve jamais rien de durable ni d’éternel ?" Il avait tout pour réussir, il aurait pu écrire les Misérables mieux qu’un Victor Hugo tant sa vie d’errant a été misérable, mais la malchance le guidait pas à pas. Sa Kabylie, lui ressemble, les poumons malades malgré l’oxygène du Djurdjura et la légendaire vallée du Soummam. Elle reste tout de même notre seule chance à condition qu’elle cible le marionnettiste non les marionnettes. "… 500 ans après sa chute, Byzance n’échappe pas à la malédiction qu’avait superbement diagnostiquée l’un de ses plus ardents défenseurs, lord Byron : vouloir fondre en un empire un corps romain, un esprit grec et une âme orientale mystique était une ambition surhumaine. Son échec se paie d’une relégation dans les tréfonds de l’histoire, à peine éclairés par la lumière d’un croissant de lune descendante, ultime trace sur le drapeau turc de la chute de Constantinople." L’Empire ottoman succédant à Byzance s’est effondré aussi. L’Algérie, captive des deux a cédé ses richesses, mais pas son âme berbère. Aujourd’hui, elle risque de la perdre et s’effondrer écrasée par un corps «arabe» et un esprit "arabe" qui n’existent que pour mieux la liquider. Lorsqu’on voit l’état du monde arabe aujourd’hui et lorsqu’on se souvient de la fascination d’un Taha Hossein sur l’âme arabe poétique censée appartenir à l’ère de l’Ignorance, on se dit optimiste que l’arroseur est plus près de l’arrosoir que l’arrosé. "L’humanité dont on se méfie c’est elle qu’on reconnait au fond de soi-même."

Mimi Massiva

References :

Belaid Nait Ali (Les Cahiers de Belaid ou la Kabylie d’Antan) traduits et présentés par J.M. Dallet et J.L. Degezelle

L’Exil et la Mémoire, une lecture des romans de Taos Amrouche (Djoher Amhis-Ouksel)

Société et Pouvoir en Algérie Casbah éditions (William B. Quandt)

Revue Naqd numero 4 (Gilbert Meynier)

Naissance et Mort des Empires (Tempus)

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Commentaires (6) | Réagir ?

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Khalida targui

ils veulent detruire la Kabylie parce qu'elle dit non toujours non à ces salopards qui parlent au nom de la nation de Dieu et des martyrs, on a honte d'etre algerien et puis Mimi, quand on part à l'etranger quand 'on dit qu'on est Kabyle ça passe mieux que si on dit Arabe, because c'est pas des cons. Savoir qui manipule qui quand on sait que le FIS c'est le fils du FLN c'est la meme merde quoi, pour degager degager il faut importer des Tunisiens ou des Egyptiens car les Algeriens c'est fichu maytines grave

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elvez Elbaz

Comment le terrorisme devient un outil de manipulation

Depuis plusieurs mois nous assistons à une violente offensive de l’armée algérienne contre des pseudo-terroristes. La manipulation de l’opinion publique au travers d’attentats terroristes est un risque majeur. Le terrorisme est un outil de manipulation dont peut se saisir un gouvernement afin de créer un sentiment d’insécurité qui justifierait ensuite des mesures de restrictions des libertés individuelles et collectives. Ce que la kabylie est en train, hélas, de vivre.

Manipulation du GIA par l’armée algérienne

Un documentaire revient sur la thèse de la manipulation des islamistes par l’armée algérienne. L’enquête, diffusée sur Canal+ lundi 4 novembre, présente des témoignages troublants d’ex-responsables algériens et de personnalités françaises.

Un documentaire revient sur la thèse de la manipulation des islamistes par l’armée algérienne. L’enquête, diffusée sur Canal+ lundi 4 novembre, présente des témoignages troublants d’ex-responsables algériens et de personnalités françaises.

’Voici l’histoire d’une incroyable manipulation. ’ Ainsi débute le documentaire ’Attentats à Paris, enquête sur les commanditaires’, qui sera diffusé, lundi 4 novembre à 23 h 15, dans l’émission ’90 minutes’, sur Canal+. Son sujet : les liens de subordination qu’auraient entretenus les Groupes islamiques armés (GIA) avec des militaires algériens de haut rang. Les GIA sont accusés d’avoir perpétré d’innombrables crimes en Algérie, mais aussi des actes terroristes contre la France, en particulier le détournement d’un avion d’Air France en décembre 1994 et plusieurs attentats à Paris, en 1995, pour lesquels ont été jugés Smaïn Aït Ali Belkacem et Boualem Bensaïd.

Enquête sur une contreverse

Réalisé – avec Romain Icard – par Jean-Baptiste Rivoire, auteur de divers documentaires sur l’Algérie, ’Attentats à Paris’ est une enquête à charge, non contradictoire. Sa thèse : la DRS – la sécurité militaire algérienne – a recruté l’islamiste Djamel Zitouni pour en faire son informateur au sein des GIA. Elle l’a ensuite utilisé pour éliminer leurs chefs historiques, puis pour lancer ces groupes dans des massacres barbares contre les civils en Algérie. Enfin et surtout, Djamel Zitouni, désormais entouré d’adjoints issus des services spéciaux algériens, aurait mis en œuvre la stratégie du pouvoir visant, par une série d’actes terroristes, à imposer aux gouvernements français successifs de maintenir un soutien sans faille à Alger.

Des témoignages troublants Ce n’est pas la première fois que ce type d’accusations est émis. Le Monde publiait, dès le 11 novembre 1997, le témoignage anonyme d’un ex-capitaine présumé de la DRS affirmant que ce service était l’instigateur des attentats de 1995. La nouveauté du documentaire tient d’abord au nombre d’anciens responsables des services algériens qui s’expriment tous – à une exception près – à visage découvert. Et qui, tous, abondent dans le sens d’une ’manipulation’ organisée des GIA, certains ajoutant que des services français en étaient conscients. Certains témoignages sont invérifiables, mais plusieurs semblent sérieux, et leur accumulation est troublante. Le capitaine Samraoui affirme ainsi que Djamel Zitouni, vu en juillet 1994 dans les locaux de la sécurité militaire, était ’un agent qui recevait des instructions de la part de nos chefs’. Ancien des forces spéciales, le capitaine Ahmed Chouchène évoque comment le général Abderrahmane, chef de la DRS, et son adjoint, le colonel Tartagh Bachir, lui ont demandé de ’travailler avec Zitouni. On va t’arranger un rendez-vous’.

Des personnalités françaises liées avec Alger Mais la principale nouveauté de l’enquête réside dans les témoignages de plusieurs personnalités françaises. Ex-agent des renseignements généraux, Jean Lebeschu, pour qui Ali Touchent, l’organisateur présumé des attentats de Paris et grand absent du procès, était ’très certainement un agent’ des services algériens ayant bénéficié de protections en France, raconte comment un officier algérien, à Paris, informait régulièrement l’un de ses collègues des RG de l’imminence de chaque attentat. Interrogé, Alain Marsaud, aujourd’hui député UMP, qui fut chef du service central de lutte contre le terrorisme au parquet jusqu’en 1989, et était député RPR en 1994-1995, ne paraît aucunement surpris. ’Ça ne sert à rien de commettre un attentat si vous ne faites pas passer des messages et n’arrivez pas à contraindre la victime à céder. Il faut faire comprendre d’où vient la menace. ’ D’où venait la menace terroriste en France ? Réponse d’Alain Marsaud : ’Le terrorisme d’Etat (...) utilise des organisations écrans, en l’espèce une organisation écran aux mains des services algériens. Il est probable que le GIA ait été une organisation écran (...) pour prendre la France en otage. ’ Deux témoignages assurent aussi que, en son temps, Jean-Louis Debré, ministre de l’intérieur, avait sciemment fait ’fuiter’ vers la presse, pour la démentir ensuite, sa certitude que les attentats avaient été ’une manipulation des autorités algériennes’.

Insérés habilement dans l’enquête, deux autres témoignages restent sujets à interprétation, compte tenu de ces assertions. Celui d’Edouard Balladur, d’abord. L’actuel président de la commission de la défense et des affaires étrangères de l’Assemblée, qui était premier ministre en 1994, dit avoir téléphoné au président algérien Zeroual, alors qu’Alger refusait de laisser partir l’avion détourné d’Air France pour Marseille, en le menaçant en ces termes : ’Je prendrai à témoin l’opinion et la communauté internationales du comportement du gouvernement algérien qui empêcherait la France de sauvegarder la vie de ses ressortissants. ’

La population française doit être préservée Interrogé sur les relations avec l’Algérie le 29 septembre 1997 sur TF1, quatre mois après être devenu premier ministre, un Lionel Jospin visiblement peu à l’aise répondait : ’Nous sommes obligés d’être assez prudents. Je dois aussi penser quand même aux Français. Nous avons déjà été frappés (...) Je suis pour que nous prenions nos responsabilités, mais en pensant que la population française doit aussi être préservée. C’est lourd de dire cela (...) mais c’est ma responsabilité. ’ Interrogé sur le fait de savoir si l’interprétation de ces propos est que ’les politiciens français ne peuvent pas dire ce qu’ils pensent de l’Algérie parce qu’ils ont peur des bombes’, le responsable du dossier Algérie au PS, Alain Chenal, acquiesce.

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