La fraude ? Une institution en Algérie

Bouteflika se montre, ici ce matin, pour nous rappeler qu'il compte garder le pouvoir.
Bouteflika se montre, ici ce matin, pour nous rappeler qu'il compte garder le pouvoir.

"Jamais il n’y a eu d’élection libre, ni transparente en Algérie, le pouvoir (armée et administration) a toujours choisi son candidat et la fait gagné". Cette déclaration assénée depuis quelques semaines par plusieurs hauts personnages de l’Etat bat en brèche la vulgate officielle et tous les discours et promesses données par les tenants du pouvoir et organisateur du rendez-vous du 17 avril.

Tout a commencé par la première élection de l’assemblée constituante organisée par Ahmed Ben Bella. Souvenons-nous comment le premier président a écarté ses adversaires et proposée une liste unique à avaliser dans un simulacre d’élection en septembre 1962. Il récidivera un an plus tard avant qu’il ne soit envoyé dans l’oubli d’une résidence surveillée par Houari Boumediene. Ce dernier règnera dix ans sans demander au peuple algérien s’il était d’accord avec lui ou pas. Le colonel Boumediene décidera de tout sans partage. Il attendra 1976 pour organiser la première mascarade électorale. Le vote de la charte nationale. Un événement pour les Algériens qui pour la première fois pouvaient dire ce qu’ils voulaient, mais en vain. Malgré ses promesses le colonel referma la fenêtre de la liberté sur l’Algérie et envoya même quelques noms connus en prison : notamment Ferhat Abbas.

Chadli Bendjedid et l’appareil du FLN durant toutes les années 1980 ont perpétué la tradition de simulacre d’élections. Au lendemain de la terrible répression des manifestations d’octobre 1988, l’armée a décidé de se retirer des instances du FLN pour en fait mieux manœuvrer en coulisses. Un an plus tard, en 1990 pour la première fois, le pouvoir lâche un pan de la bride organise le désordre électoral. Le résultat ? Un parti islamiste à la tête de la majorité des municipalités. Les élections qui ont érigé Zeroual président ou le RND, "le bébé aux moustaches" comme l’ont surnommé les Algériens, première force politique du pays n’ont été que le résultat d’une fraude massive. L’arrivée de Bouteflika au pouvoir n’en a pas été moins. Seul candidat, il ne pouvait arriver deuxième, plaisantait la rue. En 1999, comme en 2004 et 2009, Bouteflika a été adoubé par l’Armée et personne d’autre.

Aujourd’hui, c’est une tautologie que d’avancer que les élections sont systématiquement truquées en Algérie. Alors la campagne électorale, les bureaux de vote, les meetings, les promesses de changement ne sont en réalité qu’une bien piètre feuille de vigne censée cacher une grosse mascarade électorale. 

Dans ce jeu de dupes, il n’y a que quelques journaux français réputés "sérieux" qui font distiller la bonne parole et l’image idoine sur un régime finissant. Contre quoi ? L’avenir nous le dira. 

Le décor de la fraude est planté depuis des lustres. Les Algériens le savent.. Tous les indices montrent à ceux qui veulent voir que d’élection il n’y a point. Les preuves ? La mobilisation de tout le ban et l’arrière-ban du pouvoir (micro-partis, affairistes interlopes, multimilliardaires qui ont capté l’essentiel de l’argent du pétrole, notables du FLN et du RND, etc) pour faire réélire un homme malade, incapable de tenir une discussion. Un candidat qui a fait son temps et paralysé les institutions du pays et compromis l’avenir de plusieurs générations d’Algériens. Jeudi soir, le clan Bouteflika adossé à quelques puissants généraux donneront la preuve qu’ils ne sont pas disposés à céder un pouce de leur pouvoir. Gageons que le président français sera le premier à s'empresser d'appeler Bouteflika pour le féliciter.

Dans ce triste décor de clap de fin, le 17 avril au soir, Ali Benflis dénoncera mollement la fraude puis, en enfant du système, s’en retournera, courageusement, comme en 2004 à ses affaires. Et l’Algérie poursuivra son glissement… 

Yacine K.

Plus d'articles de : Politique

Commentaires (13) | Réagir ?

avatar
djamel rami

L'ami de la France, celui qui se soigne en France, celui qui a permis à l'armée de l'air Française de survoler l'Algérie pour bombarder de pauvres africains sans ressources a été élu avec 82 pour cent, ce n'est pas une blague ce n'est pas Brejnev c'est boutef l'ami de la France qui l'a ressuscité d'entre les morts, mais qui donc a voté pour lui ? d'abord les corrompus de tous genre, les nouveaux riches;quelques vieillards par habitude et quelques incultes au QI proches de zéro et bien sûr la Fraude, à part çà on peut creuser encore on trouve pas, et si par malheur le ridicule tuer ?eh bien il ne resterait pas grand chose de ce pouvoir qui à fait de l'Algérie sienne et qui est désertée par tous ses intellectuels et ces harragas, pauvre pays livré aux vautours et aux BCG qui trouvent largement leur compte! BCG= barbes, claquettes et Gandouras.

avatar
khelaf hellal

Par la corruption tous azimuts et par tous les moyens de l'état, par l'aliénation par l'argent et par la religion des populations appauvries et en désarroi, le système a opéré un hold-up électoral spectaculaire abandonnant sur le carreau tous ceux qui croyaient aux principes de la loyauté et de la transparence démocratique. Le système a réveillé les comportements sectaires chez les zaouias du sud et du nord , il a joué sur le culte de la personnalité et l'idolatrie pour ratisser large dans les populations vulnérables et en detresse. Le seul mérite dont il peut se targuer est, qu'il a bipolarisé le peuple algérien entre ceux et celles qui ont compris ses vils et mesquins procédés empruntés à l'ordre colonial que l'on croyait révolu et ceux et celles qui sont tombés dans le panneau de ses manipulations et de ses fraudes héréditaires.

visualisation: 2 / 12