Nature et dessous des tables de négociations algériennes

Bouteflika
Bouteflika

Surpris par la candidature d’Abdelaziz Bouteflika qui «(…) ne fera qu’accentuer le fossé entre l’État et le peuple», Lahouari Addi avouait récemment ne pas comprendre pourquoi les militaires l’ont laissé «(…) se représenter alors qu’il n’a pas les capacités physiques et mentales pour diriger».

Le sociologue prédisait des émeutes dans quelques wilayas au cas où ces commandeurs dicteraient sa victoire puisque "(…) blessée dans son amour-propre de nationaliste", la population vit sa prétention à un quatrième mandat «(…) comme une insulte.»[1]

Espérant pour notre part le retournement de "Touf(l)ik"[2] afin d’éviter des corps à corps et autres corps à terre, nous options en conclusion du texte "La fronde barakat contre les pieux de la barakah" en faveur de médiations souterraines et salvatrices, lesquelles se sont depuis assurément déroulées sans que l’on puisse à ce jour en connaître les teneurs et contorsions. Aussi, et plutôt que de construire un feuilleton rocambolesque, contentons-nous ici de deux hypothèses. Si la première laisse entendre la future nomination d’un vice-président susceptible de succéder à Bouteflika, plus ou moins crédible, la seconde suppose que les ordonnateurs du premier rang aient demandé à ce dernier «(…) de faire le lièvre pour Ali Benflis» dont les meetings attirent de nombreux autochtones. Le journal El Watan du 09 avril le confirmait en mentionnant que ce postulant «(…) rassemble de plus en plus de monde» durant un parcours électoral pendant lequel il visitera des «(…) régions laissées à l’abandon, en dépit des milliers de martyrs tombés au champ d’honneur pour que l’Algérie recouvre son indépendance»[3]. De l’avis de Lahouari Addi, il serait sage que l’État-major renonce à reconduire l’actuel locataire d’El-Mouradia par le bourrage des urnes, convienne de "Bouter-flika"[4] à l’avantage de «(…) Benflis qui aura ainsi une légitimité électorale (…)». Il s’agirait de le contraindre ensuite «(…) à former un gouvernement d’union nationale (…) pour une période de transition au cours de laquelle un projet de Constitution sera élaboré»[5]. Puisqu’elle a toujours choisi l’heureux élu et que les «(…) élections présidentielles sont toutes truquées»[6], l’Armée aurait mis au point un plan "B" que le général Hocine Benhadid détaillera dans le journal El Watan du 02 avril 2014.

En l’absence de garde-fous, il établira que «la société civile et les partis politiques peinent à offrir aux citoyens une perspective de rupture alternative qui échapperait au choix entre le fatalisme et le sacrifice» et déterminera d’emblée que «l’Algérie reste traversée de fragilités récurrentes, qu’elles soient territoriales, identitaires, économiques, sociales ou stratégiques (…) s’est enfoncé(e) dans le marasme, l’indiscipline, l’incivilité, l’immoralité et l’anarchie»[7]. Intervenu une première fois le 12 février sous la "recommandation de ses frères d’armes", le porte-parole prévoyait alors le brusque arrêt d’un scrutin qu’il faudrait dorénavant poursuivre sous l’œil bienveillant des faiseurs de rois. Une conférence de presse avertira que les ultimes tractations ont débouché sur un scénario approuvé en haut lieu pour imposer «(…) la voie de la démocratie et non la pérennisation d’un système qui est en train de mener le pays à sa perte». En tranchant dans le vif, la Grande muette mettrait ainsi fin à une gangrène qui «(…) ronge tous les rouages de l’État», reviendrait par obligation au devant de la scène après avoir reculé sous les coups de semonces et autres «(…) attaques machiavéliques» l’écartant «(…) du champ politique au profit de la maffia politico-financière», de réseaux interlopes que Mohamed Boudiaf dénoncera avant que d’autres flingueurs agréent un lynchage télévisé.

Lors de la "Décennie tombale", il y a eu plusieurs assassinats laissant supposer un schéma initial d’exécution réfléchi en "petites cellules" et que des sbires comme Hamraoui Habib Chawki vulgariseront par le truchement du glissement sémantique de "laïco-assimilationnisme", pour désigner des cibles à abattre. Parmi elles, M’hamed Boukhobza dont les pertinentes critiques posaient les questions qui, après les événements sanglants du 05 octobre 1988, taraudaient l’entendement des Algériens : «Pourquoi avoir agréé tant de partis ? Pourquoi avoir accepté que l'Islam et la culture soient privatisés au profit de certaines formations politiques alors que la Constitution et la loi sur les partis n'autorisent pas la création de ce type de formation ? Pourquoi avoir maintenu le cap vers les élections législatives alors que tous les indicateurs montraient que la réforme politique a été déviée ?»[8]. Devant la convergence des anachronismes et «(…) de facteurs qui s'emboîtent harmonieusement», le sociologue prononçait l'idée d'une stratégie anti-démocratique, émettait des soupçons sur les tenants et aboutissants de tant de dévoiements à l’origine desquels se trouvait probablement le Département du renseignement et de la sécurité (DRS). M'hamed Boukhobza sera exécuté le 22 juin 1993 au matin à l'intérieur de son appartement, là où quatre individus s'étaient introduits pour l'égorger sous les yeux de sa fille, de son chauffeur et voisin, tous les trois ligotés.

C’est encore une fois pieds et mains liés que toute l’intelligentsia algérienne est confrontée à l’acquiescement d’une feuille de route après que certains de ses éveilleurs aient eu l’audace d’éclairer maintes suspicions pendant la décennie 1990. Un après l’autre, beaucoup de leurs focus analytiques se sont éteints, pour, suite à de longs mois de reconstructions organiques et psychologiques, se rallumer ailleurs, là où des rats de bibliothèques classeront une mine d’informations laissées en jachère puis exploitées pendant trois mandats renouvelés grâce à la complicité de ceux-là mêmes qui se posent aujourd’hui en sauveurs de la "Maison Algérie". Constatant l’affaissement de l’édifice rentier, ils interpellent cette fois (par le biais d’Hocine Benhadid) Rédha Malek, Taleb El İbrahimi, Hocine Aït Ahmed, Ali Yahia Abdennour, Lakhdar El Ibrahimi, Djamila Bouhired et Mohamed Méchati, des figures appréciables mais de préférence à remplacer par des élites réactives activant en Algérie et en dehors de ce pays. Avant de voir sous un meilleur angle une institution militaire incriminée ou mise sur la sellette, d’approuver sa pressante implication, elles désirent avoir des certitudes sur le devenir démocratique, pouvoir discuter avec ses ennemis hier désignés, inoculer des grilles de lecture au sein des médias, posséder des leviers cognitifs jusque-là réservés à des subalternes chargés d’enrayer la machine des interlocutions culturelles et artistiques, de siphonner, essorer et évacuer des interrogations qui dérangent parce que faisant justement taches dans les arrangements lisses et sans plissures sur lesquels on s’assoit une fois que le "Peuple Héros" ait légué sa confiance et s’endorme en abandonnant sa destinée aux mains prestidigitatrices de Merlins enchanteurs. "Gal Sellal Gal" ("parle Sellal parle"), titrions-nous il y a six semaines pour dénoncer les micmacs et enjôleuses rhétoriques de l’ex-Premier ministre, lequel prônait en ce mois d’avril une «(…) IIe République qui sera une Algérie moderne (…), où les droits des citoyens seront légiférés et où les jeunes occuperont une grande place dans la gestion des affaires du pays»[9].

L’envoyé spécial Hocine Benhadid appelle aujourd’hui à d’autres croyances naïves pour que l’Armée puisse posément touiller le "couscoussier électoral", revenir dans le bain et y noyer le poisson via des injonctions prévenant «(…) celui qui piétine les lois de la République». Prévoyant la sanctuarisation de domaines répondant à l’éducation et à la santé, à l’énergie et aux transports en commun, aux équipements collectifs et moyens de communication, ses projections limitent les privatisations dans une société où l’"État-Armée providence" ou "État-Armée surveillance" dirige et inspecte les lignes éditoriales, ne supporte pas les commentaires contradictoires, de surcroît lorsqu’ils effleurent la politique, le terrorisme et l’économie, des pré-carrés couverts par des délits d’expression comprenant l’outrage au Président et à ses ministres.

Formulées arbitrairement, les diffamations émises envers l'unité, l’identité et l’intérêt de la nation entraînent des amendes, sanctions et condamnations menant à la case prison. Les tracts et comportements dissidents tombant sous le coup de la loi, la Commission nationale de supervision des élections (CNSEL)[10] saisissait le dimanche 06 avril le parquet afin d’engager des poursuites judiciaires contre les émeutiers de Bejaïa, de les traîner devant les tribunaux, comme le font par ailleurs les procureurs avec les éditeurs indépendants. Les harcèlements législatifs touchent pareillement les militants des droits humains et dirigeants syndicaux lorsque ceux-ci amorcent des grèves et soutiennent des manifestations[11]. Entreprenant en dehors de toute observance ou réprimande, l’Armée combine à sa guise, «(…) fait des services de renseignements, le DRS, une police politique qui traque les Algériens et interfère de manière directe dans le trucage de toutes les élections, avec le concours de l’administration»[12]. Partie prenante et agissante, elle portera Ahmed Ben Bella en 1962 avant de le renverser trois ans plus tard à la faveur du colonel Houari Boumediène pour ensuite placer en 1979 l’"officier le plus ancien au grade le plus élevé". 

Après s'être engagés à se retirer du champ politique, les généraux se distingueront en janvier 1992 en interrompant le processus électoral, en poussant Chadli Bendjedid vers la purge et en confiant les rênes du pays à Mohamed Boudiaf. Deux ans et demi après son exécution, le Département du renseignement et de la sécurité (DRS) intronisera Liamine Zéroual puis donc Bouteflika le 15 avril 1999, cela deux décennies après l'avoir écarté. Il se mêlera tout autant de la composition des gouvernements, de la répartition des agents économiques, des opérateurs culturels et des quotas lors de chaque suffrage, s’immiscera dans les transactions partisanes et rédactions journalistiques. En janvier 2010, l’analyste Hocine Malti s’adressait à ses enquêteurs pour leur signaler des malversations dans les contrats Saipem, SNC Lavalin, Orascom et les ventes de pétrole, des magouilles dévoilées en 2013 par les Italiens puis Canadiens et qu’une justice algérienne corrompue étouffe alors que les introspections menées au niveau de l’ex-service de la police judiciaire prouvaient une copieuse dilapidation des deniers publics, des crédits bancaires de complaisance généreusement octroyés à des lobbys allaitant la quatrième mandature. Après avoir prorogé en 1999 le règne de l’enfant d’Oujda, Mohamed Mediène lui soumettra cinq années plus tard des conditions qu’acquiesceront les hauts gradés. Ces véritables détenteurs du pouvoir ne s'affichent jamais au premier plan, préfèrent installer en vitrine des seconds couteaux, réservistes ou retraités comme Hocine Benhadid. Dans un argumentaire daté du 04 avril 2014, et publié le même jour par le quotidien Le Matin.Dz, le Comité d’initiatives et de vigilances citoyennes d’Oran stipulait que sa contribution procure «(…) une solution de sortie de crise avec un nouvel HCE, avec des gens (…) qui ne se sont jamais inquiétés, ni prononcés sur les pratiques de cette mafia qui dirigent le pays». Président du Cercle d’action et de réflexion autour de l’entreprise (CARE), l’industriel Slim Othmani évoquera quant à lui une nébuleuse de fonctionnaires qui s’échinent à entraver les énergies, agitent le drapeau du patriotisme et exhortent le million et demi de martyrs pour créer un écran de fumée. Aux ramifications tentaculaires, leur affairisme prédateur nourrit la tchipa (pièce aidant un dossier à avancer plus rapidement) et la maârifa (entregent) pendant que pullulent les bazars de la contrefaçon et que la paupérisation touche des couches sociales en voie de soulèvement, une réalité que n’arrivent plus falsifier les discours lénifiants d’un Abdelmalek Sellal assurant aux auditoires de Mascara et Sidi Bel Abbès que la révision de la Constitution sonnera le renouveau national parce que «Bouteflika promet de concrétiser une bonne fois pour toutes le projet de société de droit dont a rêvé l'Émir Abdelkader et nos chouhada»[13]. Le Centre national de documentation de presse et d’information (CNDPI) vient tout juste de puiser dans son fonds iconographique pour éditer un album de photos qui retrace l’itinéraire tiers-mondiste ou la "diplomatie agissante" d’un ex-ministère des Affaires étrangères recevant Fidel Castro ou Che Guevara à Alger et assistant en 1966 à la cérémonie de rapatriement de la dépouille du commandeur des croyants (L’Émir Abdelkader).

Œuvrant sur le même registre archétypal, la ministre de la Culture capitalise les dividendes symboliques auxquels renvoient El Moudjahidate, nos héroïnes[14], une exposition avalisée par les gestionnaires de la légitimité historique et les caciques d’un système politique qui fabrique à partir d’un flux de rumeurs les poncifs d’une Algérie victime de complots fomentés par les ennemis de l’extérieur. Le soldat Hocine Benhadid accusera donc le groupe des "07" de tirer sa «(…) force des connexions et des interconnexions tissées par les multinationales juives-sionistes et les pieds-noirs d’outre-mer sous l’œil attentif du Makhzen marocain»[15]. L’Armée marocaine pouvant selon lui «(…) prendre à tout moment le contrôle du Sud et de la façade Ouest et Sud-Ouest. », il serait dès lors préférable de faire confiance en un appareil habitué à tramer les règles d’un jeu de dupes duquel émergera un intronisé qui personnalise le pouvoir en nommant des gens issus de son douar d’origine. Le coopté d’Oujda prorogera un tribalisme lui fournissant allégeances, éloges et dévotions, des réquisits primitifs colportés par la caste fermée et féodale de courtisans nageant dans l’opulence de leur gabegie. Préoccupé par le délitement d’un État en phase de décomposition avancée, par «ce spectacle désolant qui est en train de transformer l’Algérie en une république bananière», Hocine Benhadid propose tout bonnement de réhabiliter Liamine Zeroual, cet ex-président de la République qui après avoir assuré une première période de transition, adoubée par la "Rahma"[16], fut prié de démissionner en septembre 1998. Après le 17 avril, et «(…) en cas de passage en force du 4e mandat», l’ancien ministre de la Défense du Haut-comité d’État (HCE) deviendrait cette fois l’intérimaire d’un Haut-comité pour la transition, une instance capable d’asseoir une Assemblée constituante représentative des tendances de la société algérienne, de chapeauter la rédaction d’une Constitution[17] débouchant sur une Charte sociale définissant elle-même des droits collectifs.

Faisant suite à l’article d’Hocine Benhadid, celui d’Ali-Yahia Abdennour (écrit le 06 avril) pointait du doigt le DRS qui a «(…) pris la grave responsabilité, lourde de conséquences néfastes (…)»[18] en escortant Bouteflika à deux reprises (2004 et 2009). Trois mandats plus tard, les décideurs souhaitent reprendre leur rôle d'arbitre, demande à présent aux Algériens de voir l’Armée différemment.

Ali-Yahia Abdennour penchera donc de son côté car considérant en dernier ressort que le devoir de ces officiers supérieurs est de servir la nation, et de promouvoir la 2e République. Invité à prendre part à son élaboration, le militant des droits de l’Homme prête aux intervenants de "Nous ou le chaos", le soin de concourir au passage démocratique, seule solution pour éviter que la gangrène contamine «(…) le bon déroulement (…), la transparence et surtout la neutralité de toutes les institutions avant, pendant et après les élections.»[19].

La période pré-électorale a été très instructive, ne serait-ce que pour jauger des prises de positions de l’intelligentsia, laquelle s’est en vérité très peu impliquée. Jugeant de la nécessité d’observer le silence par précaution méthodologique, Mohamed Chafik Mesbah[20] interviendra tardivement comme du reste Hocine Malti qui révèlera qu’autrefois c’était le général Larbi Belkheïr «(…) le parrain en chef pour tous les gros contrats (et) très grosses commissions»[21]. Le courtier en chef étant (d’après lui) dorénavant Saïd Bouteflika, le remodelage préconisé par Hocine Benhadid ne serait-il pas en fin de compte qu’une histoire de prise de becs entre généraux lorgnant sur le management de l’économie de cueillette ? Dans ce cas, l’alternative détestable serait «(…) que les deux clans s’entendent sur un partage du pouvoir et de la rente afin de faire perdurer le système», prévenait un auteur percevant dans la prorogation concertée de Bouteflika «(…) une nouvelle période de glaciation à la Brejnev»[22]. Les divers zaïms du sérail cultivant le culte de la personnalité, ils couvent en eux un mépris du peuple, lui refuse la notion de génie pour le gaver de produits de substitution, leur principe moteur restant de nier la performance et l’innovation de manière à importer à outrance des marchandises et de se poster comme intermédiaires ou placiers incontournables. Comprise comme l’émancipation des nouvelles générations, la transition est un vocable désormais récurrent que se disputent politiciens, jeunes militants et universitaires. Ainsi, l’ex-leader du Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) Saïd Sadi et Mouloud Hamrouche convient à une période de transition sous l’égide des avant-corps de l’Armée. À Tizi-Ouzou, le Mouvement protestataire des étudiants démocrates se prononce également «(…) en faveur d’une transition pour une IIe République, un État de droit et pour une Algérie démocratique et plurielle», et en petite Kabylie, le Mouvement pour le changement pacifique de Bejaïa exige depuis le 08 avril une «(…) transition pacifique et un changement radical du système», des visées que reprendra le même jour Lahouari Addi avec pour condition préalable que la hiérarchie militaire se retire progressivement du champ politique tout en facilitant la formation d’un gouvernement d’union nationale élargi à des personnalités disposées à appliquer les nouvelles conventions.

Les dignitaires convoqués par Hocine Benhadid étant trop âgés pour réagir promptement aux manœuvres militaires, c’est plutôt un parterre de chercheurs, scientifiques ou de docteurs d’État qu’ont à recevoir des gardiens du Temple de manière à leur donner des gages de bonne foi, notamment en divulguant le contenu réel des pourparlers convenus avec les chefs terroristes graciés en janvier 2000. Quatorze ans après, d’anciens meneurs de katiba possèdent un casier judiciaire vierge délivré par divers tribunaux. Certains disent vivre d’une indemnité mensuelle de 7.000 dinars (65 euros) versée par l’État et d’autres émirs, comme par exemple Hassan Hattab, le fondateur du Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC, devenu Al-Qaïda au Maghreb islamique en 2007), coopèrent avec les services de sécurité pour convaincre les irréductibles de souscrire à l’ancienne entreprise de réconciliation nationale. Tous bénéficient de mesures de clémence accordées dans le cadre de la Charte pour la paix alors que des Frères musulmans ou fondamentalistes quiétistes d'El-Islah profèrent des hakalates (prêches subversifs) contre les emblèmes nationaux.

Comment dans ce cas faire valoir les «(…) principes de la liberté de culte et de la séparation de la mosquée, des zaouïas et de l’État», comme l’envisage dans son texte-manifeste Hocine Benhadid ? Cette sécularisation étant synonyme de modernité politique, économique, culturelle et artistique, sera-t-elle vraiment intronisée dans un pays où des islamistes appréhendent toujours les protagonistes de la séparation du spirituel et du temporel comme des apostats à supprimer, où les délégations religieuses de l’Arabie Saoudite et de l’Algérie relataient le lundi 17 février 2014 des wakfs, de la zakat, du hadj, de la omra ou des meilleurs récitants du Livre saint, où pendant qu’Abdelmalek Sellal prétendait que «le peuple algérien a mis son destin entre les mains de l’homme de la concorde civile»[23], Benflis affirmait être celui «(…) de la véritable réconciliation nationale»[24] ?

Le consensus préventif mis au point pour changer la donne devra résolument apparaître comme une mise à plat des prérogatives à déléguer aux auteurs et créateurs, à des forces vives à encourager après presque cinquante deux années d’anti-assimilationnisme et de non-cosmopolitisme culturels. S’extraire des replis tribaux d’esprits désaxés ou déglingués, des clôtures dogmatiques et schismes des pourfendeurs d’espaces du Département du renseignement et de la sécurité (DRS) apparait clairement comme les prémisses d’une catharsis à éprouver sans toutefois baisser la garde face aux prochaines tentatives de déstabilisation.

Saadi-Leray, sociologue de l’art

Renvois

[1] Lahouari Addi, in Algérie news, 08 avr. 2014.

[2] Surnom donné à Mohamed Mediène, alias Toufik.

[3] Ali Benflis, El watan, 09 avr. 2014.

[4] Voir à ce sujet sur le site du journal Le Matin.Dz le texte "Faut-il Bouteflika ou Bouter-flika".

[5] Lahouari Addi, in Algérie news, op. cit.

[6] İbid.

[7] Hocine Benhadid, in El Watan, 02 avr. 2014.

[8] Mohamed Boukhobza, in El Watan, 11 oct. 1992.

[9] Abdelmalek Sellal, in L’expression, 08 avr. 2014.

[10] Présidée par Lachemi Brahmi, la Commission nationale de supervision des élections (CNSEL) est composée de 1500 magistrats.

[11] Pour avoir distribué des tracts sur le chômage, Abdelkader Kherba, membre du Comité national pour la défense des droits des chômeurs (CNDDC) fut condamné à deux mois de prison et à payer une amende de 20.000 dinars

[12] Ali-Yahia Abdennour, in El Watan, 08 avr. 2014.

[13] Abdelmalek Sellal, in L’expression, op. cit.

[14] Voir sur ce point le texte "Les martyrs, nos intoxications", in Le Matin.Dz, 29 mars. 2014.

[15] Hocine Benhadid, in El Watan, op. cit.

[16] Pardon aux terroristes qui n’auraient pas les mains tachées de sang.

[17] À rédiger en 12 mois et à adopter par un référendum populaire.

[18] Ali-Yahia Abdennour, in El Watan, op. cit.

[19] Hocine Benhadid, in El Watan, op. cit.

[20] Ce retraité de l’Armée nationale populaire (ANP) est aussi docteur d’État en Sciences politiques.

[21] Hocine Malti, in Liberté, 09 avr. 2014.

[22] İbid.

[23] Abdelmalek Sellal, in La Tribune, 20 fév. 2014.

[24] İbid.

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Commentaires (4) | Réagir ?

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Dahmane Laroum

Le puzzle est maintenant pratiquement complété. Pendant son éxil doré au Qatar, Boutef préparait ce scénario macabre pour l'Algérie et les algériens, il était en contact permanent avec le dirigeant de l'ex-FIS, A. Madani qui est maintenant bien établi au Qatar avec une rente princière, cf. link:

http://www. algeriepatriotique. com/article/abassi-madani-15-000-dollars-par-mois-et-un-mariage-dans-un-palace

Les monarchies du golf, en particulier le Qatar et l'Arabie Saoudite, ont toujours été des alliées stratégiques des USA et Israel, et donc du sionisme. Elles ont préparé le terrain pour l'avénement de cet islamisme djihadite dans plusieurs pays arabes, dans le cadre d'une géostartégie globale visant à mettre sous la coupe du sionisme toutes les richesses du monde arabe.

Aujourd'hui c'est la Syrie qui en est la cible principale, des milliers de djihadiste armés et rémunérés par l'Arabie Saoudite à coups de millions de $US. Alors que tout musulman sain d'esprit comprendrait clairement que le premier Djihad objectif commencerait par la libération de l'Arabie Saoudite, et donc des lieux saints de l'Islam, de la main mise américano-sioniste.

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ramo1169

conclusion : Ça pue !!!

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