"Barbès Café" : un spectacle, beaucoup de couleurs (1)

L'affiche
L'affiche

Tout est parti de l’idée. Meziane s’est souvenu de ses vieilles histoires. Des routes qu’il a traversées. Des chants qui l’ont bercé. De ces mélodies qui tatouent l’âme algérienne. Mises en scène par Géraldine Bénichou et portées en musique par Nasredine Dalil, un vrai maître, flutiste de son état, revues par Meziane, en collaboration avec Naima Yahi, ces étrennes, étreintes artistiques subliment la chanson algérienne.

"Barbés café", une comédie musicale inattendue née dans la tête de Meziane Azaïche célèbre avec brio, l’histoire de l’émigration algérienne. L’histoire des nôtres. Nos pères, nos grands-pères, nos mères, nos grands-mères.

"Barbés café" est une ode, offerte aux valeurs de nos anciens. Ce spectacle qui a fait l’unanimité des chanceux qui l’ont déjà vu, déroule sur la scène du «cabaret sauvage» les époques qui nous ont enfantés. Un trip !

A vue d’œil, tout parait simple, naturel. Il fallait tout de même y penser. Oser aller farfouiller dans la mémoire de l’exil. C’est le mérite, que nous devons saluer, de Meziane Azaïche et de son équipe. Un club qui ose, et qui, à notre grand bonheur, s’est souvenu des rêveurs de l’émission de la chaîne III "Sans pitiés". Allalou et Aziz Smati sont là par exemple. Meziane Azaïche, avec ce spectacle, a eu une idée et de la suite dans les idées. Au lieu de l’applaudir, préférons l’écouter. Entretien.

Meziane Azaïche.

Le matindz : Meziane, question facile et ridicule, tu as quel âge, tu viens d’où ?

Meziane Azaïche : Je viens d’Algérie, j’ai cinquante-huit ans. Je viens des montagnes de Kabylie, de Makouda exactement. De la Kabylie maritime, en fait. Je suis un enfant des oliviers, fils de zeit ezzitoune, ça te convient ? C’est là où j’ai passé mon enfance. J’y ai appris plein de valeurs qui m’ont marqué à vie. Je suis arrivé, ici , en 1978, J’avais, alors, 23 ans et une veste avec un trou. Aucun autre bagage. A certains amis français, je dis encore, aujourd’hui, qu’à présent que j’ai au moins quatre vestes dans ma valise, je me ferais bien expulser sans rougir puisque je partirais en ayant, pour le moins, gagné ces petits vêtements. 

Le matindz : Méziane, tu as fait des études ?

M. A : Mais pas du tout ! Je t’explique que je suis né dans un village qui était en guerre en ce temps-là. J’ai ouvert les yeux à un moment où j’étais presque adulte. Je suis arrivé en France sans aucun bagage intellectuel, J’étais analphabète, je ne savais pas parler français. Je n’avais, à vrai dire, aucun projet concret, je recherchais la liberté après avoir vécu un quart de siècle dans un pays étouffant. Je venais de sortir de trente mois de service militaire, maintenu en raison de la guerre qui se profilait avec le Maroc. A l’époque, j’avais dans l’idée d’aller m’installer en RDA où j’avais beaucoup d’amis étudiants algériens. C’est ce que j’ai fait d’ailleurs, la première année.

Le matindz : Tu avais , sans doute, des rêves…

M.A : Oui, mais ils étaient liés à mes projets allemands que mon père immigré à Paris, en ce temps, n’approuvait en aucun cas. Je suis donc reparti une deuxième fois en Allemagne pour constater à mon grand regret que mes amis étaient partis pour des missions humanitaires en Afrique. Je n’avais du coup plus rien à faire chez nos voisins germaniques. J’ai vite compris que Paris valait mille fois Berlin !

Je suis donc rapidement rentré à Paris, je me suis rapproché des gens de mon village. A l’époque, il était très dur d’avoir des papiers. Pour m’en sortir, j’ai fait appel à un oncle qui tenait un bistrot dans le XXe, il m’a déclaré comme associé, ça a marché. Pour les papiers, bien entendu, je donnais un coup de main dans le bar, mais très vite des conflits se sont pointés, notamment de générations et d’intérêts. J’avais de grandes idées de partage et d’ouverture sur le monde. Mon oncle était à des années-lumière de mes préoccupations. Ma présence au bout d’un moment est devenue presque louche dans ce lieu qui, en fait, appartenait à mon père. J’ai dû le quitter assez vite pour me retrouver SDF squattant une cave à Ménilmontant.

Le matindz : Où et comment tu as appris la langue française ?

M. A : J’ai appris dans la rue. Moi, je dis depuis toujours à chaque journaliste qui me croise que la personne qui m’a enseigné le plus de choses, c’est un mort.

Le matindz : Un mort ?

M. A : Oui ! Jim Morrisson, le leader des "doors". Comme je n’avais pas d’argent, j’allais flâner du côté de sa tombe, au Père Lachaise. C’est là que j’ai croisé le monde entier, que j’ai fait des rencontres extraordinaires. C’est là que ma vie a démarré. (A Suivre)

Entretien réalisé par Meziane Ourad

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Commentaires (2) | Réagir ?

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algerf

On a beau la dénigrer et lui mettre sur le dos tous les échecs de l'Algérie

, du moins par les "autorités" hypocrites et certains algériens aigris, la France est et reste l'ultime refuge des Algériens épris de liberté et de prospérité.

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Kacem Madani

Question subsidiaire: Pourquoi la bière est-elle si chère au cabaret sauvage?