Municipales à la Courneuve : Kamel Hamza, un Kabyle de droite met les pieds dans le plat

Kamel Hamza, candidat aux municipales à La Courneuve, département de la Seine Saint-Denis.
Kamel Hamza, candidat aux municipales à La Courneuve, département de la Seine Saint-Denis.

David Douillet. David douillette. Un grand Monsieur du judo, plusieurs fois médaillé olympique, champion du monde, beau gosse, bien mis, sensible, se jette à l'eau en politique. Il se fait sherpa de Sarkozy. Le discours de l'ancien président ne me dérange pas. C'est celui de ses porte-valises qui m'emmerde. Douillet, ancien ministre, aujourd'hui député est nul,comme on dit dans les cités. Il aurait du rester dans son sport, sur son tatami. Ses victoires nous ont fait pleurer. Ses mots nous écœurent.. D'autant plus qu'il se fait élire dans l'ouest parisien. Le far-west, le lointain ouest.

Neuilly-sur-Seine, Levallois, là où l'argent circule... Voici donc un authentique militant de l'UMP, un garçon de droite,qui assume sa connerie, au cœur de la banlieue rouge. Il défend l'étendard et les idées de droite dans un bastion communiste. A la Courneuve. "Aux quatre mille" Là où Nicolas Sarkozy a promis de "karcheriser" les voyous !

Kamel Hamza c'est de lui qu'il s'agit, ancien attaché parlementaire d’Éric Raoult, maire du Raincy (le Neuilly du 93, dit le maire), conseiller municipal à la Courneuve, président de l'association des élus issus de la diversité d'île de France (ANELD), parle ici. Il raconte cette saga des déscolarisés nés en banlieue, il raconte ces pères et ces mères venus de là bas pour travailler. Qui ont travaillé. Qui ont enfanté. Qui peuvent aujourd'hui se tenir debout. Défier les regards hostiles. Mettre un œil, sans honte, sans hésitation, dans un autre œil.

Les parents de Kamel, nos proches ancêtres sont arrivés en France, il y a un siècle et demi. Ils ont contribué à édifier la France. Kamel Hamza a pris conscience de cette réalité. C'est pour cela qu'il se lance dans la bataille des municipales à la Courneuve. Bataille perdue d'avance. Mais bataille qui d'une manière ou d'une autre fera avancer les choses. Entretien.

Le Matindz : Kamel, une question basique, ridicule : tu es né où ?

Kamel Hamza : Je suis né à Aubervilliers, j'ai quarante-deux ans et j'ai toujours vécu dans le département de la Seine Saint Denis, ce département où plusieurs nationalités cohabitent, qu’elles soient africaines ou asiatiques. L'exemple même de ces territoires où la diversité vit et s'exprime.

LMDZ : Quand on naît à Aubervilliers, vers quel âge on commence à se poser des questions sur son identité ?

K.H. : Je pense que ça commence à l'école, quand vos profs vous expliquent que c'est plus dur pour vous, qu'il faut venir à l'étude ,qui vous disent que vous avez quelques lacunes en français et que le français c'est, important, qui, sans le dire vous font comprendre qu'il est nécessaire de remettre en cause l'éducation que vous ont insufflée vos parents... Vous vous dites, alors que vous êtes différents des autres enfants. Et puis à un moment, vous découvrez l'histoire de la guerre d'Algérie qu'en aucun cas on ne vous enseigne en cours d'histoire. Alors, forcément vous dites que vous êtes un enfant différent des autres. Toutes ces questions qui ne sont jamais explicitées, additionnées aux vacances que vous allez obligatoirement, passer avec vos parents en Algérie, peinturlurées des rencontres avec vos cousins de là-bas, vous interpellent immédiatement. C'est alors que vous viennent, à l’esprit, un certain nombre d'interrogations dont celle-là, notamment, essentielle : Qu'est-ce qu'être franco-algérien ?

LMDZ : Un livre, des vacances, en Algérie, ça participe à votre formation ?

K. H. : Assurément. Ces voyages fréquents et imposés par les contraintes familiales m'ont appris beaucoup de choses sur les relations qu'entretiennent mes deux pays : la France et l'Algérie.

LMDZ : Ces histoires de vacances au bled semblent sérieusement emmerder les ados nés ici, en France. Ça t'a porté préjudice ?

Pas du tout. C'est l'inverse qui s'est produit avec moi. Ces vacances forcées m'ont permis de voir mes cousins grandir, m'ont permis de les connaître et de découvrir le pays de mes parents. Où est le mal ?ces aller et retours m'ont permis de comprendre ce qu'est une double culture, mont appris de savoir d'où je venais. Il n'y a eu que du positif à tirer de ces voyages mille fois vécus. Mille fois répétés...Ce sont tous ces retours sur le passé qui m'ont permis de me projeter vers l'avenir...

L’Algérie avait à une époque institué le service militaire qui concernait, aussi les enfants d'émigrés. Tu l'as vécu comme un frein ou une avancée ?

K. H. : En ce temps-là, je ne me sentais pas complètement français. Comment refuser alors d'effectuer le service militaire algérien ? À mon âge, on devait faire un choix, j'ai choisi l'Algérie. Bien sûr, comme beaucoup d'amis de ma génération, j'ai tenté la dispense ou le sursis. Tous comptes faits, et grâce à une loi proposée par Bouteflika, j'ai réussi à échapper à cette contrainte. Je n'ai fait mon service militaire ni là-bas, ni ici.

LMDZ : Dans le 93 il y a des gros problèmes de violence. Est-ce que tu penses que les jeunes qui y habitent et qui sont issus de l'immigration avaient encore l'obligation de consacrer deux années de leur vie au service de l'armée algérienne, seraient plus calmes ?

K. H. : Je crois que ces jeunes dont tu parles sont calmes. Ils ont, effectivement, un problème d'identité. Ils sont en mal de repères, notamment familiaux. Ils ont une relation nerveuse avec le pays d'origine de leurs parents. C'est pour cela qu'on les voit brandir des drapeaux aux couleurs de ces pays dans différents stades de France. Aujourd'hui, on se retrouve avec des jeunes complètement perdus au cœur de cet univers mondialisé. Nous avons affaire à des enfants totalement déstructurés. Je te cite un exemple : plein de jeunes d'ici rêvent d'aller en Algérie. Quand ils s'y rendent, ils sont pressés de le quitter même si comme je viens de le dire ils sont plus prompts que d'autres à brandir des drapeaux de ce même pays qu'ils aiment et qu'ils haïssent dans le même temps.

Ils représentent dans les faits ces deux pays, ces deux états qui se regardent et qui ne veulent pas se serrer la main. Qui s'insultent un jour, et qui s'aiment un jour, tout à fait à l'instar de deux amants coléreux. Malheureusement, les retrouvailles sont souvent difficiles et l'Algérie et la France sont dans une phase de retrouvailles. Ce que nous souhaitons, c'est que les nouvelles générations auront moins les yeux tournés vers le passé.

LMDZ : Kamel Hamza tu as partagé ta vie entre Aubervilliers et La Courneuve, tu conduis une liste UMP qui va se présenter contre Gilles Poux à La Courneuve. Tu vis dans ce quartier depuis ta plus tendre enfance et, donc, tu sais parfaitement que les jeunes de nos cités n'ont pas qu'un problème d'identité. Je suis même tenté de dire qu'ils sont foncièrement mauvais, dans tous les cas violents. J'ai même l'impression qu'ils ont instauré un conflit permanent avec les adultes, eux qui sont ados.

K. H. : ce n'est ni une histoire d'ici, ni une histoire d'ailleurs. Vous créez une culture, vous proposez une aventure. C'est nécessairement à vos risques et périls. Les jeunes dont tu parles ne connaissent ni leur pays d'origine ni la France. Ils ne connaissent que leur quartier. Quand vous êtes confiné à l'école, en colonie ou à la cité avec vos petits camarades vous pensez, obligatoirement, que l'autre c'est l’ennemi. Nous avons peut-être oublié de faire sortir un peu ces jeunes. C'est donc normal, que le quartier devienne un pays où on se sent bien. Il est donc, possible, de comprendre que ces jeunes lorsqu'ils sont loin de leur quartier perdent leurs cordes. C'est ce défaut d'appréhension, de compréhension que je reproche aux différents ministres de la ville qui se sont succédé au gouvernement. Le Maghreb ou l’Afrique n'ont rien à voir avec l'échec des différentes politiques d’intégration initiées en direction de cette jeunesse. Les torts sont à chercher du côté des dispositifs franco-français qui ont, de tout temps, visé à créer des systèmes d'assistanat, d'emplois aidés ou subventionnés en lieu et place d'un système formateur, employeur, rémunérateur.

Aujourd'hui pour obtenir quelque chose il faut crier plus fort malheureusement les jeunes dont tu parles continuent, malgré la révolte de 2005, à être enfermés dans leur quartier et dans leur cité. Il est peut-être temps de leur prêter l'oreille.

LMDZ : Je suis un peu tenté par l'absurde, je vais sortir des arguments que n'aurait pas honte de proférer un militant du Front National : ces jeunes ont de bons collèges, de bons profs, partent en vacance, ont des activités extra scolaires intéressantes, ont des parents qui s’échinent pour leur rendre la vie facile et ils passent leur vie à râler. Qui y a-t-il de normal la dedans ?

K.H. : Ils sont dans d'autres rêves, ils songent aux grosses cylindrées et aux grosses chaînes en or. Il est vrai que ces jeunes ont plus de facilités pour réussir mais malheureusement il y a un système qui fait tout pour qu'ils ratent leur vie. Quand vous êtes dans une famille ou l'on vous apprend que pour réussir il faut avoir de bonnes notes à l'école on ne vous dit pas dans le même temps qu'il faut aussi lire les journaux et avoir quelques livres de chevet. On ne vous dit pas qu'il faut s’intéresser aux autres. Ça si vous on ne vous le dit pas vous ne pouvez pas le savoir.

LMDZ : comment expliques-tu Kamel, qu'il y a quand même quelques sportifs, quelques artistes, quelques ingénieurs, quelques techniciens issus de l'immigration qui réussissent ?

K. H. : Il suffit de sortir du quartier, de faire quelques rencontres hasardeuses et heureuses pour ouvrir les yeux. Il suffit de tomber sur le bon prof qui va te dire ait ton bac et tu verras, il suffit de presque rien comme dirait Charles Aznavour pour sortir la tête de l'eau. Il y a par exemple des profs, en banlieue qui peuvent te prendre par la main et t'emmener vers Science-Po et les autres grandes écoles. Malheureusement cela n'est pas la règle.

LMDZ : Un certain nombre de tes condisciples d'Aubervilliers ont très mal fini. Toi tu as réussi ta carrière.

K.H. : Il y en a qui sont morts du sida, d'autres qui ont fini en prison.

LMDZ : D'où vient la différence ? Ce n'est pas la génétique tout de même ?

KH : Je devais aller au lycée Henri Wallon, j'ai été dans un lycée plus coté en Seine-Saint-Denis qui m'a permis d'ouvrir les yeux.

LMDZ : Tu es un enfant de la deuxième génération. Nous avons des problèmes avec la quatrième aujourd'hui. J'ai l'impression que les parents ont changé. Que t'ont transmis les tiens ?

K. H. : Moi je ne suis pas dans l'Algérie identitaire. Je suis conscient d'être le mix de deux cultures. Je peux être français mais j'ai besoin de l'Algérie. Je peux être Algérien mais j'ai aussi besoin de la France. Ce n'est qu'à ce prix que je peux exister. Je dis cela, contrairement, à certains jeunes d'ici qui s'affirment l'un ou l'autre et qui ne sont ni l'un ni l'autre. Je crois que les vacances forcées, en Algérie, dont on parlait tout à l'heure m'ont beaucoup appris. Elles m'ont appris l'humilité, elles m'ont permis de découvrir qui je suis. Je n'ai jamais recherché l'Algérie que je ne connaissais pas. Je ne suis jamais parti en quête de la France que je ne découvrais pas. C'est ce vécu, quasiment imposé par mes parents qui m'a permis de recouvrer ma personnalité, celle d'aujourd'hui. J'ai appris par exemple à ne pas attendre que les gens viennent frapper à ma porte. Je sais maintenant que c'est à moi d'aller frapper à la porte des autres.

LMDZ : Sur les photos jaunies de nos vieux parents émigrés, on les voit en costume cravates respectueux des codes vestimentaires. Aujourd'hui les jeunes qui ont leur âge de l'époque s'habillent en jean taille basse qui laissent paraître leur slip. Où se situe la fracture, d'où vient ce changement ?

K. H. : A l'époque il n'y avait pas de télé à la maison, il n'y avait pas de parabole, on était dans le noir et blanc, il y avait trois chaînes. Aujourd'hui il y en a 3000, il y a la publicité. Le marketing a tout refaçonné nous on ne connaissait pas les marques. Aujourd'hui les marques, elles, nous connaissent. Les jeunes d'aujourd'hui sont tous simplement des victimes.

Entretien réalisé par Mezianee Ourad

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Commentaires (5) | Réagir ?

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Massinissa Umerri

Les investissements Qataris - Les Arabyles, qui se disent "pas perdus" mais qui sont completement PAUME's, vont par leur statut minoritaire gagne' par leurs peres Kabyles, avoir acces a des "EXAMPTIONS" du fisc.

Ces examptions vont s'appliquer a des PRETS, qui feront objet de publicite' intensive, comme des "Prets Hallal". Et oui, une ou deux mosque'es vont pousser, et deviendront vite des centres d'empreints, mais aussi de recrutement, vers l'Azawad, la Lybie, l'Afganistan, et qui sait, meme le Mzab !

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Amnay Djennadi

un kabyle ???? vous avez vu OU qu'il se définit comme un kabyle ????, en dehors du titre, il n'y a pas une seule fois le mot kabyle, ni le journaliste ni le soi-disant kabyle !!!

Ce Franco-algérien n'a rien de kabyle et il ne s'en revendique pas du tout !!!! Bien au contraire il s'est toujours présenté comme un français d'origine maghrébine ou arabe arabe et il s'est même vendu aux émirs du Qatar... en même temps que les banlieues françaises et c'est bien fait pour la françarabie !!!!

un petit article sur votre pseudo kabyle

http://www. europe1. fr/France/Les-Qataris-investissent-en-banlieue-857067/

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Ce Kamal Hamza a une double nationalité c'est un droit qui n'en demeure pas moins qu'il est un algérien de KAKYLIE, oui de Kabylie ce qui représente une origine propre à une composante de l'Algérie une diversité à qui on doit le respect à sa culture son identité..... Je m'apercois que souvent le terme Kabyle gêne ou dérange l'Amazigh est une réalité Algérienne.

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