Yennar dans les Aurès, une tradition millénaire toujours intacte

Les femmes chaouies : les gardiennes du feu sacré de la culture et des traditions.
Les femmes chaouies : les gardiennes du feu sacré de la culture et des traditions.

La vie des auressiens affirme Mathéa Gaudry dans son livre «La femme Chaouïa des Aurès» est jalonnée par des rites et des symboles liés à la terre, Thfaska n tmanzouth (fête de l’automne), Thafsouth (printemps), et Yennar (Yannayer chez les chaouis) sont autant d’occasion où le paysan chaoui fait une halte pour rendre hommage à la mère nourricière.

En dépit des influences étrangères véhiculées par les chaines satellitaires qui ont fait irruption dans les foyers auressiens, la famille chaouie demeure très attachée à la célébration du Yennar.

Yennar, la fête de la terre

Si dans les grandes villes et les milieux citadins du pays chaoui certaines rites liés à Yennar sont tombé en désuétude, dans les compagnes par contre, ces rites qui entourent la fête de Yennar demeurent à ce jour intacts, ils sont observés avec la même rigueur depuis des siècles.

Au contraire des autres Berbères, les Chaouis font la distinction entre l’année ancienne et l’année nouvelle, et les célèbrent chacune avec des rites à part, le 13 janvier étant le dernier jour de l’année en cours, le 14 le premier jour du nouvel an.

Mezlagh : ou yennar aqdhim (yennar l’ancien ) célébré le 13 janvier et considéré comme le dernier jour de l’année qui s’achève (d’où le nom yennar l’ancien), le repas doit être préparé à base d’anciens ingrédients, le met le plus populaire est ‘’lɛich’’ préparé avec de la viande séchée (qu’on a déjà salée et gardée à cet effet), fèves, et taklilt ( fromage séché). Mathéa Gaudry rapporte également que lors du mezlagh, jour d’avant Yennar on fait le sacrifice d’un mouton, et on prépare « Irachmen » maïs ou blé cuits toute la nuit pour être jetés sur les arbres fruitiers afin d’assurer une bonne récolte.

Amenzu n yennar : (premier Yennar) Le 14 janvier est considéré comme le début du nouvel an, on commence par le nettoyage et l’embellissement de la maison, la même chose pour l’étable la cour, et les caches des céréales (Tisserfin), on renouvelle le contenu des sacs à grains (tachluth) de semoule, riz, fève… La femme (souvent la grand-mère) procède aux changement des pierres de l’âtre (inguen n ilmes) cette action revêt une importance capitale pour les Chaouis et dont l’exécution se fait en respectant minutieusement une cérémonie préétablie. La grand-mère prend les deux pierres de l’âtre (on laissant celui de droite, ing afussi) dans un sac ( taklut) et sort accompagnée des enfants, en choisissant les nouvelles pierres pour son âtre, tamɣart (veille femme) se livre à une sorte de lecture et d’interprétation des signes et des présages, si elle soulève une pierre et qu’elle trouve en dessous un mille pattes elle en conclue que le bétail va s’accroître, une fourmi augure d’une bonne année agricole, etc. Ensuite, la veille femme cueille une plante spécifique ‘’Adharyis’’ (thapsia) et la suspend au seuil de la maison afin d‘empêcher les mauvais esprits d’entrer, il n’est pas superflu également d’embaumer le verger avec plantes aromatiques pour le prémunir aussi contre ces maléfiques puissances invisibles.

La ménagère après avoir changé les ustensiles de cuisine usagés, renouvelé le balai de bruyère (tafarrat), elle prépare tiɛnen n Yennar (petites galettes) en quantité importante en sorte que chaque membres de la famille, les proche et les voisins, les objet même auront droit à leur ‘’taɛnunt’’, ainsi la femme dépose une galette sur chaque objet, meule traditionnelle (Tassirt), le métier à tisser (Azzeta), le foyer du feu (ilmes).

Le père de famille sur son mulet suivi des enfants tout joyeux parcourt les environs pour donner à chaque voisin sa petite galette ; ‘’tiɛnen n yennar’’ reçue entre dans la préparation du ‘’Zirawi ‘’ qu’on mange avec le ‘’Achekhechoukhe’’ au déjeuner.

Amensi n yennar (le diner de Yennar) est le point culminant de cette fête, toute la famille se ressemble dans la maison de l’aïeul, du grand-père ou du fils aîné autour du couscous, le coq fermier sacrifié (gazidh n yennar) pour le dîner a déjà été choisi sur la base de certaine critères, taille, couleur du plumage, etc.

Les rites de Yennar reflètent le foisonnement des croyances et des superstitions des Chaouis qui ont survécus à des siècles d’oralité, ils doivent faire l’objet aujourd’hui d’études de la part des spécialistes afin d’être préserver.

Jugurtha Hanachi

Une vénérable femme chaouie.

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Commentaires (7) | Réagir ?

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albert smail

Ok, mais entendons nous bien, Yennayer c'est le 12 janv.

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brahim sadoini

Une vie que j'ai partagée avec ce peuple marginaliser !

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