Algérie : l'arbre, la forêt, le doigt et la lune

Abdelaziz Bouteflika et le premier ministre français.
Abdelaziz Bouteflika et le premier ministre français.

Tout le monde connait les expressions du genre : «l’arbre qui cache la forêt» ou «regarder le doigt qui montre la lune». Mais, bien souvent "connaître" n’est pas "savoir".

Depuis des années, l’Algérie est sous la férule d’un chef de l’État qui «castre» les institutions. Il se pose en régent plénipotentiaire et fait porter à l'Etat le poids de sa déchéance physique. Le conseil des ministres est réduite à se réunir quand «il peut». Le fait est connu, mais quel savoir en est tiré ? Qui voit en cela une illustration de la patrimonialisation de l’État, une illustration de la prédominance de logiques prétoriennes ?

Dans ce pays où les seules politiques menées, avec méthode et constance, sont celles de la monétisation frénétique des ressources naturelles, de la programmation inflationniste de projets pharaoniques dont l’importance réelle est proportionnelle à leurs capacités de cumul des retards et d’empilement des avenants, on trouve encore des quidams qui s’étonnent de la mise aux enchères des mandats électifs. Quelques dizaines de millions pour un mandat de «maire», quelques centaines pour celui de «député», en dinars bien sûr. Les sérails et les cours ont leurs mœurs… Malgré cela, tant de porteurs de la parole publiques font encore semblant de débattre !

L’opinion est braquée sur avril 2014. Le régent rempilera ou ne rempilera pas ? À partir de quoi faut-il répondre à cette question ? Se laisser aller à commenter les bruissements du sérail est une promesse certaine de fourvoiement. Alors, où trouver les éléments de réponse ?

La recomposition du gouvernement Sellal est un élément utile ("parlant"). Conseil constitutionnel et ministères régaliens - intérieur, justice, information, défense – sont verrouillés et mis sous le contrôle de prétoriens. Tout le monde le voit, mais qui en conclut une disqualification de l’échéance prochaine ? La récente restructuration du DRS, dont on ne sait s’il s’agit d’une élimination ou, au contraire, d’un renforcement de la police politique est un autre élément de réponse qu’éclaire la philosophie générale des nouvelles lois sur les associations, la profession d’avocat,…. Si des hésitations demeurent, alors il faut consacrer un peu de son temps à suivre les programmes des chaines de télévisions parapubliques – Echourouk et Ennahar - outils de propagande et de provocation.

En fait quelle est la question ? S’agit-il de savoir si l’état de santé du régent est un empêchement à son maintien, ou s’agit-il de savoir s’il est un empêchement à l’exercice du pouvoir ? Seulement, au service de quoi se trouve ce pouvoir ? Les réponses sont déjà données. Les conditions de l’empêchement, réunies depuis longtemps, n’ont pas amené l’activation de l’article 88 de la constitution. En outre, l’exercice du pouvoir – au sens de l’arbitrage entre les différents intérêts en présence- dans les conditions actuelles peut aisément être réduit à sa plus simple expression : un rôle symbolique inversement proportionnel à l’abondance de la rente et la facilité de son captage. À partir de ce moment-là, qui de tous les serviteurs de la bureaucratie mérite mieux que l’actuel régent d’occuper ce strapontin ? Les patriciens ont tant à partager qu’ils n’ont nul besoin d’arbitrage. Le butin est tel que même les officiels Français s’invitent ostensiblement au banquet.

Tout le monde commente le "montage" réalisé par l’Entv, mais qui s’intéresse à ce qui est plus significatif : l’attitude de la France. Ayrault s’est prêté à une mise en scène de mauvais goût, une mystification qui devait témoigner de la "fraicheur" du régent. Qu’est-ce qui a poussé le premier ministre français à se prêter à une telle forfaiture si ce n’est ce qui, par le passé, a poussé ses prédécesseurs, "socialistes" aussi, à jeter des ponts avec le parti fasciste de Abassi et Belhadj. Aux yeux de Paris, «Alger» est appelée, pour longtemps, à rester entre les mains des patriciens. La «boutade» du président français probablement pensée et calculée pour activer et légitimer la logomachie patriotarde des tribuns algériens réussit à faire oublier la connivence des oligarchies des deux rives.

Arrivé à ce point, comment ne pas conclure que si Bouteflika n’obtient pas le privilège de rendre l’âme sur le trône, celui-ci échoira à un autre "Bouteflika" ? On voit donc que la question n’est donc pas de barrer la route à un homme et que toutes les approches qui s’inscriraient dans cette logique ne peuvent que servir la régence et ses parrains.

Mohand Bakir

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Commentaires (2) | Réagir ?

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Khalida targui

l'arbre et la lune seront toujours là, cette mafia aussi mais votre doigt je pense pas monsieur, Bouteflika ou Hollande Algerie et la France, c'est kif kif pour eux, ils font le beau et le mauvais temps, c'est bizarre bizarre, qu'on est devenu plus con que nos parents

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Massinissa Umerri

C'est bien de lacher le tricot de Mass Ferhat... C'est une autre ligue. Quand au sujet du jour. En effet ce n'est pas Boutesrika qui importe, mais le systeme et regime qu'il incarne. S'opposer a son intronisation revient a s'opposer a la manoeuvre qui sera mise en oeuvre, quelque soit-elle. C'est la qu'est l'interet.

En fait, il me semble que les algeriens en general, sont a la recherche de la petite bete et prets a se mobiliser pour s'en debarasser, sans meme avoir le moindre plan pour le remplacement. Tout le monde l'espere et tous se positionnent, malgre' leurs faux cris a la democratie. Une democratie mise a l'epreuve par le MAK - pas pour bloquer dans votre mobilisation que vous n'arrivez meme pas prononcer, et ce n'est pas un hasard de voir tous les bidules et refoule's du regime s'attaquer a Mass Ferhat et les Independantistes. Vous faites partie des plus doux avec votre bain de mazighite' dans lequel vous voulez noyer la liberte'.

Je l'ai poste' plus d'une fois et je le reposte encore une fois - dicton et cadeau Americain:

Au diable la democratie, vive la liberte' !

Surtout la votre qui resonne comme promiscuite' politique.