Le 05 Octobre 1988, vingt-cinq années après

La sanglante réponse du pouvoir militaro-civil aux manifestations d'octobre 88 doit rester dans les mémoires.
La sanglante réponse du pouvoir militaro-civil aux manifestations d'octobre 88 doit rester dans les mémoires.

Pour l'anniversaire du 05 Octobre, je souhaite proposer aux lecteurs un article prémonitoire qui est apparu dans l'hebdomadaire Algérie-Actualité, la semaine qui a précédé les douloureux événements du 05 octobre 1988. Voir scan de la page 5, Algérie-actualité N° 1197 semaine du 22 au 28 septembre 1988 a la page 5 sous la rubrique "Débat Ouvert".

Vingt-cinq années se sont écoulées depuis lors, et la situation n'a pas cessé de se détériorer. Il me semble que l'essentiel du message de l'article et de l'analyse critique restent valables. Bien entendu, il faut se remettre dans le contexte de l'époque ou il n'avait pas de liberté de la presse. On peut relire l'article en remplaçant le terme bureaucratie par corruption généralisée et l'entreprise publique par l'Algérie.

Le défi bureaucratique

Lorsque la conjoncture économique d’un pays en appelle au changement, dans sa dynamique ce dernier se heurte aussi à la résidence. Que la bureaucratie soit le produit de sous-développement et du fonctionnement routinier de l’entreprise publique, je n’en disconviendrais pas ! Cependant réinterprétée dans le contexte actuel, elle devient la stratégie permanente par laquelle une corporation de bureaucrates (c.-à-d. un groupe d’individus occupant des postes plus ou moins importants dans l’entreprise publique) tente de se constituer sournoisement en contre-pouvoir vis-à vis des orientations gouvernementales pour assurer sa suivie et la défense de choses acquises et à acquérir en niant par un jeu bureaucratique tenant au formalisme administratif, nos institutions et en se présentant comme un superpouvoir signifiant au travailleur qu’il n’y a de droit que les faveurs que les bureaucrates veulent bien lui accorder.

Jamais, non plus, la solidarité entre bureaucrates n’a été aussi évidente que depuis qu’elle a été dénoncé comme une cause certaine dans le dérèglement du fonctionnement de l’entreprise publique et de notre économie. La force de cohésion de cette corporation qui traduit le degré de complaisance et de complicité de ses éléments se retrouve d’ailleurs, en partie, dans les relations para-professionnelles reliant ses membres et en totalité dans ce que doivent les uns aux autres dans l’acquisition de situations confortables et ou influentes plus ou moins méritées.

Cet état de fait est le produit d’un trafic d’influence que les bureaucrates tentent de banaliser mais qui n’en reste pas moins un usage de la force morale de l’entreprise publique à des fins strictement personnelles leur permettant d’élargir leur propre champ d’influence pour conserver d’une part, les acquis et privilèges, vaille que vaille, leurs qualités de gestionnaires et d’administrateurs, pour, ensuite, espérer une propulsion par appuis vers la réalisation de vieux rêves de grands patrons sans investir un sou.

C’est pourquoi, dès qu’une demande de transparence est effectuée, elle se trouve immédiatement interprétée comme une gêne pour les éléments appartenant a l’échafaudage bureaucratique. Dans ce cas, l’intimidation semble être le moyen le mieux indiqué pour une invitation pressante à l’autocensure et l’abus de pouvoir devient spontanément l’arme privilégiée de légitime défense.

L'appel à des voies de recours interentreprises va naturellement du bonnet blanc au blanc bonnet et l'appel à des voies de recours hors entreprise se trouve automatiquement suivi de tentatives nuancées ou non d’annulation et quelquefois de représailles.

Notons, enfin, qu’antiéconomique est toute pression, toute manœuvre, tout machiavélisme qui tendrait a dissimuler par des méthodes classiques ou sophistiquées (se voulant au-dessus de tout soupçon) des abus de pouvoir, la négligence de ressources humaines et matérielles de l’entreprise publique.

De pareilles situations mettent en lumière les fondements même de l’ambiance bureaucratique qui se veut un milieu clos et qui n’est somme toute, qu’un mélange de préservation de gagne-pain, d’opportunisme, de vielles habitudes et du refus de la concurrence loyale en faveur de l’ami, du plus complaisant et du plus servile.

Abdelouahab Zaatri

Algérie-actualité N° 1197 semaine du 22 au 28 septembre 1988.

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Commentaires (2) | Réagir ?

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Bachir ARIOUAT

Votre article ne me semble claire, faire référence à un évènement historique qui s'est passé dans notre pays, qu'il que soit le domaine, il restera rattaché à l'année durant laquelle il a eu lieu.

Le fait à eu lieu, il y a vingt cinq ans, l'Algérie quoi quand puisse dire, elle a évoluée, le pays a changé, les jeunes ne sont pas les mêmes, le peuple a acquis des libertés, qu'il n'avait pas à cet époque, c'est vrai que le pays est diriger toujours par la même dictature et les même mafieux aujourd'hui, mais entre 1988 et 2013, il y a eu quelques hommes qui ont eu la clairvoyance de changer certaines choses, même si le président a remet la dictature en mode de gouvernance.

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Abdelouahab zaatri

pour la premiere phrase, lire resistance au lieu de residence :

"Lorsque la conjoncture économique d’un pays en appelle au changement, dans sa dynamique ce dernier se heurte aussi à la resistance. "