L’Algérie, du terminus au terminus

Où va l'Algérie ?
Où va l'Algérie ?

"Alors que le totalitarisme liquide tout ennemi intérieur ou pulvérise tout début d’action de sa part, grâce à des moyens simples et infaillibles, puisque antidémocratiques, la démocratie aura peut-être été dans l’histoire un accident, une brève parenthèse, qui sous nos yeux, se referme", (Revel)

Au terminus, on rencontre ceux qui viennent d’arriver et ceux qui attendent. On peut toujours rêver à l’éloquence du vide quand le train repart sans nous. Depuis plus d’un demi-siècle l’Algérie attend sur le quai telle une princesse guettant son prince charmant. Elle ne voit pas ses cheveux blanchir ses rides se multiplier ses muscles s’atrophier, sa vue qui baisse et sa cervelle qui se détraque. L’Algérie ne fait plus rêver et sa beauté n’est plus concentrée que dans les déchets de sa préhistoire, cet or noir dont l’envolée du prix assure la mangeaille et les comptes en Suisse. Dans son livre La Suisse l’Or et les Morts, Jean Ziegler écrit : "Sans les banquiers suisses, la Deuxième Guerre mondiale aurait été terminée plus tôt et des centaines de milliers d’êtres humains auraient eu la vie sauve. Ils ont fourni des milliards de francs suisses à Hitler, lui permettant d’acheter sur le marché mondial les matières premières stratégiques dont il avait besoin. Les profits astronomiques de la guerre ont ensuite fondé la puissance mondiale de la place financière helvétique." Sans les banquiers suisses, on aurait pu construire des hôpitaux pour les enfants cancéreux, des classes avec 30 élèves, des poubelles plus grandes pour nos déchets, des administrations accueillantes efficaces, des élus pour de vrai, des jeunes zen des vieux cool et des enfants qui gazouillent sans brailler. On aurait économisé, en reprenant les mots du grand sociologue, des centaines de milliers de morts, des millions d’expatriés et des dizaines de millions de zombies.

Dans le plus célèbre livre arabe après le Coran, les Mille et une Nuits, on peut lire : "Ce qui appartient au maître est défendu à l’esclave." Dans nos familles, le cadet doit respecter l’ainé, la femme l’homme, le pauvre le riche, l’aveugle le borgne etc. Sauf que le respect ne sait pas se décréter, il se veut mérite, il appelle à la réciprocité même apparente. C’est un sentiment dangereux à imposer. En Amérique, Obama se laisse paralyser pour une assurance-santé par la minorité radicale du Tea Party tandis que près de 40 millions d’Algériens sont paralysés par la mauvaise santé de leur Raïs. Les gens censés profiter de la loi l’"Obamacar" c'est-à-dire 17% des Américains avouent ne rien comprendre au bonus à 52% et plus des 2/3 redoutent ses "effets secondaires", les subprimes, ces crédits pourris sont passés par là. Même méfiance de la part des gens censés profiter de la mauvaise santé de Bouteflika, ils préfèrent le mandat à vie jusqu’à la mort du cœur et du cerveau. Aux USA, les statistiques ont révélé qu’en 2040 les blancs ne seront plus majoritaires, ils passeront sous la barre des 50%, c’est la panique. Les hispaniques à la couleur indéfinissable ont fait deux fois la victoire du président métis qui se dit entièrement noir.

Tristes politiciens qui surfent sur la pigmentation de la peau pour se faire élire. Tandis qu’en Algérie, tous bronzés et inconnus des sondages, on a peur que la décennie noire ne revienne au galop comme le naturel si on osait crier "barakat !". Dans le livre, Histoire des Sultans de Touggourt (Editions Grand-Alger Livres) de L. Charles Féraud, on peut lire dans une lettre d’un Arabe saharien au gouverneur général d’Alger : "…Si toutefois, ô Sultan, on me reprochait les meurtres que j’ai commis, on aurait tort, parce que ce sont des événements qui se sont accomplis par la volonté de Dieu. C’est, chez nous une habitude de faire traditionnelle ; car, selon l’usage de nos aïeux, nul d’entre eux ne devenait Sultan de notre contrée autrement que par le meurtre…" Alors chercher un remplaçant à Bouteflika c’est comme chercher un Martien sur la lune. Tous les candidats préfèrent le hara-kiri pour épargner à l’irremplaçable de se salir les mains. Malgré le temps écoulé, le vampirisme a changé de méthode, élargi sa cible vers le bas et raffole toujours de globules rouges. Dans un article "The terrorist who would not die" (Le terroriste qui ne voulait pas mourir), le site anglophone spécialiste des questions militaires, sécuritaires et stratégiques, Strategypage.com, on peut lire : "L’Algérie sera toujours proie d’instabilité, tant que reste en place, cette dictature impopulaire… cette exploitation passe notamment par la falsification des élections et la mise en place d’un appareil sécuritaire efficacement violeur des droits de l’homme…les forces de sécurité ont réussi à mettre au pas les réseaux extrémistes sans vouloir nullement les détruire." Même Bamako magnanime se contente d’affirmer que l’Algérie est la cause et le remède de ses malheurs.

Quand le budget de l’armée algérienne est 30 fois supérieur à celui du Mali, notre pays est bien le remède. La raison du plus fort n’est pas seulement la meilleure, monsieur La Fontaine, elle est la seule… Face à la caméra, une victime du blocage budgétaire américain n’a pu cacher sa fragilité : « Avant je vivais le jour le jour, maintenant je ne sais pas quoi faire ?". "Avant, les bombes éclatées partout, maintenant au moins elles sont confinées dans le triangle des Bermudes qu’est devenue la Kabylie. » pourrait répliquer une victime algérienne. Mais l’Amérique n’est pas l’Algérie, au pire le pays de l’oncle Sam même malade peut se défaire de ses Etats, se scinder en deux pour séparer les démocrates des républicains. Ce phénomène n’est pas nouveau dans l’histoire de l’humanité. Comme les couples, les populations divorcent. Mais quand un Obama se met à singer les dictateurs arabes en affirmant haut et fort qu’"il ne cédera pas", quand en même temps un Merzouki s’exprime en moine tibétain sur les plateaux d’Al Jazeera, on se dit que si ces deux-là pouvaient échanger leur fauteuil, le monde fatigué des "je ne cède pas" pourrait céder un peu afin de comparer. Certes Obama n’est pas Franklin, ce Père fondateur des USA, cet autodidacte de génie qui affirmait que sans liberté de pensée il ne peut y avoir de sagesse et qui unifiait en ces termes : " Oui, nous devons tous nous serrer les coudes, si nous ne voulons pas qu’on nous serre le cou à chacun séparément. » Et en pleine guerre, il est allé jusqu’à remplacer les mots "poudre à fusil"» par "grain" et "canon" par "pompe à incendie". Chez nous, les Franklin ont trépassé dans l’œuf pour qu’on puisse hériter d’une Indépendance-mirage et d’une Constitution-kleenex. Pour qu’on puisse être momifiés, gouvernés par des spectres qui vérifient notre bandage et alimente notre terreur. Va-t-on vers un scénario à la soudanaise ou à l’irakienne ? Mais on y est déjà dans la réalité, dans l’informel. La masse est livrée à elle-même dans des camps de concentration que l’Unique et ses clones montrent en Club Med. La pire partition n’est-elle pas celle qu’aucune carte ne mentionne ? À paris, un sans-papiers algérien peut travailler en noir s’il échappe au naufrage, être régularisé un jour s’il ne fait pas trop de bêtises, mais un chômeur à Ouargla n’a aucune chance de bosser en noir à Hassi-Messaoud. Aucune chance aussi pour un Algérien quelque soit ses capacités d’accéder un jour à n’importe quel poste de responsabilité s’il ne rentre pas dans le moule de la conciergerie du sérail et talonné par l’espion de service. L’Algérie se morcelle en ilots inaccessibles dans l’indifférence totale. Le seul privilège du zombie c’est qu’il n’a plus la migraine avec la désertion de la pensée. Partir où ? Partir comment ? Émigration officielle ou pas, nombreuses sont les conditions à respecter. Nos clandestins sont généralement des hommes jeunes en bonne santé et ayant les moyens de payer leur passeur avec l’équivalent d’une année de salaire d’un cadre. Seulement, ils ne savent pas nager.

En Algérie, l’accès à une mer sécurisante est devenu de plus en plus compliqué, les piscines pratiquement inexistantes et la natation absente du programme scolaire. Les naufragés de Lampedusa ne seront pas les derniers, à défaut d’ouvrir ses portes à la misère du monde, l’Europe indignée compatissante finira son deuil comme d’habitude en étalant un tapis au-dessus du trou. Pourtant on ne voit qu’une seule solution pour qu’elle économise ses beaux cercueils lustrés. Il est urgent qu’elle s’interroge sur l’énigme de ces envahisseurs d’un nouveau genre alors que l’Afrique en général et l’Algérie en particulier possèdent des richesses naturelles à faire fantasmer toutes les destinations. Il faudrait que les présidents européens oublient un moment leur élection les valises à billets et aient le courage d’affronter les oligarchies africaines qui sèment la ruine la misère les génocides pour se maintenir au pouvoir indéfiniment. Il y va de la survie de deux continents. C’est en franchissant la ligne rouge dans les sanctions contre l’Allemagne après la Première Guerre Mondiale que l’Europe a causé la Seconde Guerre Mondiale. La seule façon d’aider un réfugié c’est justement d’éviter d’en faire un.

A l’ère des satellites tournant à la queue leu-leu autour de la planète, à l’ère de l’homme-cobaye, les grands de ce monde savent comment stabiliser déstabiliser un pays. Seulement comme ils sont de plus en plus bêtes, de plus en plus inconscients et narcissiques, ils jouent plus à Bush II qu’à l’abbé Pierre ignorant que si l’instabilité se déclenche facilement, son contrôle l’est beaucoup moins. Quant à la stabilité, c’est "l’élément le plus fragile de la condition humaine", disait John Saul dans Les Bâtards de Voltaire. Pour l’Algérie du terminus au terminus, le chaos c’est tous ces idiots qui ne se reconnaissent pas dans le duo système-clergé qui s’en vantent, qui veulent s’exprimer dans un espace public qu’ils rêvent de créer. Elle se retrouve donc stable grâce à son instabilité.

Mimi Massiva

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Commentaires (1) | Réagir ?

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Khalida targui

comment on est arrivé au terminus Mimi? moi je crois qu'on est né au terminus et qu'on aime bien pourquoi aller s'emmerder à prendre un train bezaf pour redescendre aprés fissa