Aucune illusion de compromis avec l’islamisme ne doit demeurer

Aucune illusion de compromis avec l’islamisme ne doit demeurer

Le Mouvement démocratique et social nous a envoyé le communiqué suivant.

En Egypte les affrontements sanglants et les attaques contre les postes de l’armée se multiplient. Les provocations qu’assument les partisans de Morsi servent à radicaliser la base du despotisme islamiste. De partout dans le monde arabo-musulman, les frères musulmans incitent à l’insurrection. Voulant contrarier le nouveau contexte régional qui se dessine depuis les manifestations anti-Erdogan en Turquie, les revers islamistes en Syrie et les changements au Qatar, Qaradaoui a émis une fetwa dans ce sens. De Tunisie, même le très prudent Ghannouchi n’hésite pas à appeler au soulèvement tandis qu’en Algérie le MSP dénonce «un coup d’Etat» justifiant ainsi le passage à la violence. Longtemps affublée du titre d’islamisme modéré, la mouvance des frères musulmans se démasque. Les salafistes égyptiens qui prétendaient accompagner le puissant mouvement populaire qui a abouti à la destitution de Morsi en profitent pour se livrer au chantage et tentent d’obtenir des concessions qui permettraient aux tenants de l’Etat théocratique de rebondir malgré le revers qui vient de leur être infligé par le peuple égyptien. Ils révèlent tous le lien indissoluble qui existe entre les différents compartiments de l’islamisme, tandis que l’immixtion d’El Qaïda vient confirmer la jonction toujours possible avec le terrorisme intégriste. Tous sont inscrits dans le même projet de société.

L’islamisme égyptien se sent déjà encouragé par les reculades sur la nomination du premier ministre qui montrent que l’armée est encore à la recherche d’un accommodement illusoire. Car s’est se leurrer gravement que de croire faire avancer le moindre accord avec une variante de l’islamisme en disqualifiant une autre. Le mouvement des frères musulmans, réputé pour ses capacités de composition, a déjà rejeté le compromis qui lui a permis d’accéder au pouvoir. Il a fait la démonstration de sa volonté hégémonique dès qu’il eut conquis la Présidence dans des conditions contestées par une large partie de l’opinion et de la société civile pourtant laminée par des années de pouvoir autoritaire. Morsi s’est, depuis, livré à des manœuvres pour réprimer les critiques du mouvement associatif et des médias ainsi qu’à des nominations visant à assurer le contrôle exclusif de l’appareil d’Etat par les frères musulmans, désarticulant les institutions et les services de l’Etat. Rompant ses relations diplomatiques avec la Syrie, pour envoyer des signaux à ses sponsors étrangers, livrant le pays au chaos et à l’arbitraire, Morsi était prêt à diviser l’Egypte sur des bases confessionnelles ou à partir en guerre contre l’Ethiopie pour l’empêcher de réaliser des travaux sur le Nil.

Dans un tel contexte, il était naturel et inévitable que le peuple égyptien souhaitât la disqualification de Morsi. Mais l’armée qui s’est saisi des aspirations de la société à la liberté et à la justice sociale ne doit pas dévoyer le mouvement démocratique comme elle l’avait fait en balisant le chemin à l’avènement du pouvoir des frères musulmans qui après la chute de Moubarak s’étaient entendus avec Omar Suleiman, le chef des services de sécurité. Des premières réactions vigilantes montrent que le peuple égyptien résistera à son souhait d’assurer, une nouvelle fois, la promotion de forces en embuscade, au nom d’impératifs de stabilité dont on voit qu’ils ont été remis en cause dès lors que l’on a tourné le dos aux aspirations démocratiques et de changement radical. L’armée devra donc prendre garde à ne pas s’en tenir à son seul agenda et retenir que Morsi n’a pas pu empêcher l’extension et l’accentuation du mouvement démocratique et la participation massive de la société, en particulier la jeunesse et les couches populaires. Le mouvement de la société égyptienne porte en lui l’exigence d’être accompagné jusqu’à sa pleine maturité et sa cristallisation dans une classe politique moderne et démocratique. C’est pour cela qu’il exprime un rejet des pressions américaines qui encouragent l’armée au compromis en réclamant la cessation des poursuites contre les frères musulmans et en la poussant à remettre le pouvoir aux courants libéraux au nom du retour à la légalité constitutionnelle .

Dans sa forme la situation semble comparable à celle qu’a connue l’Algérie au moment de l’arrêt du processus électoral, quand l’ANP s’est trouvée, elle aussi, le dos au mur. Mais le contenu et la signification sont totalement différents. La conjoncture historique est plutôt comparable à celle que nous connaissons aujourd’hui. La lutte contre le néolibéralisme a pris le pas sur la lutte contre le système rentier. En Egypte, ce néolibéralisme qui a pu prétendre jouer un rôle modernisateur a été condamné avec Moubarak qui a poursuivi et approfondi l’Infitah lancée par Sadate en s’appuyant sur la rente géostratégique liée aux accords de Camp David. Ce qui est à l’ordre du jour, en Algérie comme en Egypte, c’est la rupture définitive avec l’islamisme et par là même le rejet du despotisme qui repose sur un compromis plus ou moins fort avec l’islamisme et une orientation néolibérale adossée à la rente. En Algérie comme en Egypte, il apparaît que la pérennité de l’Etat passe par le refus de se traîner à la remorque ou lesté des forces islamistes qui n’ont pas caché longtemps leur caractère réactionnaire et leur rôle de serviteurs zélés d’un néolibéralisme de plus en plus agressif depuis qu’il est en crise à l’échelle mondiale.

Alger, le 9 juillet 2013
le Mouvement démocratique et social (MDS)
Le Secrétariat exécutif

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Commentaires (1) | Réagir ?

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Quelqun EncoreQuelqun

Il existe encore le MDS ? Je pensais que le PAGS appartenait désormais à cette histoire (nostalgie quand tu nous tiens!) d'une algérie des années 80 bouillonnante, opposante, faite de rêves de changement...

Ravi d'apprendre que vous êtes toujours en vie (même sous perfusion).