Que se passe-t-il en Egypte ?

Soufiane Djilali, Président de Jil Jadid.
Soufiane Djilali, Président de Jil Jadid.

Communiqué de Jil Jadid.

Depuis quelques jours, des événements graves se déroulent en Egypte. Les conséquences de ce qui s’y passe auront bien entendu des répercussions directes et indirectes sur notre pays. Au lendemain de la destitution du Président Morsi, un clivage politique est apparu même en Algérie. Les uns applaudissant le «changement» les autres condamnant «le coup d’Etat».

Si Jil Jadid ne s’est pas immédiatement exprimé sur le sujet, ce n’est pas faute de position mais pour cause d’obligation de réserve face à une situation pénible touchant un peuple qui n’a aucunement besoin de donneurs de leçons.

Cela ne nous exonère pas d’une attitude responsable et d’une clarification de la position du parti. Le choc brutal de la destitution du Président égyptien étant passé, l’heure est donc venue pour s’exprimer.

1) Tout d’abord, disons clairement qu’il s’agit bien ici d’un coup d’Etat. Le chef de l’Etat égyptien avait été élu régulièrement par une majorité d’électeurs. Cela faisait à peine une année de gestion. L’armée est intervenue directement pour lui signifier sa fin de mission.

2) Il faut également dire que l’Egypte était entrée en crise depuis plusieurs mois. De larges franges de la population refusaient avec entêtement d’être dirigées par le Dr Morsi et plus largement par les frères musulmans. L’armée est donc intervenue en s’appuyant sur l’opinion d’une grande partie de la population.

3) L’intervention de l’armée est donc survenue sur fond de crise, non pas de légitimité (à l’instar de ce qui s’est passé avec Moubarek) mais à la suite d’une fracture (manipulée ou non, nous le verrons plus loin) de la population, ce qui entrainait le pays vers des troubles beaucoup plus graves.

4) Concernant le Président Morsi et son parti, il est évident qu’ils n’ont pas su insuffler de la confiance auprès de leurs adversaires et ont été incapables de traiter convenablement les blocages politiques et idéologiques dans le pays. La négociation ayant été inefficace, le rapport de force s’est imposé.

5) De leur côté, les anti-Morsi ont exploité toutes les failles du nouveau pouvoir, y compris en recourant à une alliance avec des centres du pouvoir militaire encore actif, démontrant ainsi leur peu de respect aux résultats des urnes.

6) Ainsi, des deux côtés de la fracture, l’expression du vote était devenue secondaire dans la pratique du pouvoir ou de l’opposition. Ces deux positions extrêmes devenaient inconciliables ; l’une considérant qu’une majorité de voix donnait tous les droits pour disposer du pouvoir à sa guise et l’autre pensant que la légitimité des urnes était sensible au climat politique et pouvait s’évaporer en cas de montée de température.

7) A l’évidence, les premiers pas dans le processus démocratique n’étaient pas assurés. L’Egypte, au nom de la modernité, s’engageait dans un mécanisme qu’elle ne maitrisait pas.

8) Ainsi, au-delà des applaudissements des uns ou des condamnations des autres, le fond du problème est culturel : comment faire éclore une démocratie dans une société qui a été enfermée depuis des lustres (depuis toujours ?) dans la tyrannie ?

9) Un peuple qui n’a pas forgé ne peut être forgeron. La démocratie ne s’apprend pas dans les livres. Quelqu’un peut-il pratiquer un instrument de musique après avoir appris par cœur la théorie musicale ? Saura t- on nager après avoir lu tous les livres sur le comment flotter sur l’eau ? La démocratie est une culture, c'est-à-dire une pratique, un ensemble de valeurs intégrées dans l’inconscient des peuples et qui façonnent le comportement collectif.

10) Il ne s’agit pas ici d’intelligence, de savoir, de religion ou d’identité. Les choses sont ainsi faites que c’est la pratique, longue, sinueuse, compliquée qui finit par imposer des codes de conduite aux peuples, un langage politique conventionnel pour gérer les conflits naturels. Ne dit-on pas que la politique est l’art du possible ?

11) L’Egypte, comme avant elle l’Algérie, devra traverser des épreuves. Nul ne pourra les lui éviter. Cependant, elle aura la chance d’avoir pris connaissance des malheurs de l’Algérie des années 90. Elle devrait en tirer des leçons.

12) La violence comme réponse à cette «usurpation» du pouvoir serait la pire voie. La patience au contraire, permettrait le retour au calme et au dialogue inéluctable, aux moindres frais possibles.

13) Les frères musulmans, en tant que mouvance idéologique, devront revoir leurs objectifs, leurs méthodes, leurs ambitions et ajuster tout cela à l’ambition et aux désirs de la majorité du peuple.

14) Les «démocrates» devront apprendre à comprendre leur peuple à travers un imaginaire endogène et non pas à travers un prisme déformant importé d’ailleurs.

15) Les Etats arabes (dont l’Algérie) devraient peser de leur poids pour aider la culture démocratique à éclore et non pas pour servir des objectifs stratégiques des puissances mondiales en action.

16) Parmi les Etats qui peuvent se prévaloir aujourd’hui de détenir une conscience des enjeux, l’Algérie est le mieux placée. L’Algérie n’a pas à prendre partie dans ce qui concerne d’abord et avant tout les Egyptiens eux-mêmes.

17) Elle peut cependant tendre la main aux uns et aux autres, rétablir le dialogue entre les parties, toutes deux incontournables.

18) Seul le temps et la gestion sage des contradictions peuvent pousser les parties à renouer un dialogue vital qui éviterait les blessures indélébiles. L’Algérie peut prétendre, de façon très discrète, à favoriser cette issue.

19) La Tunisie, notre voisin immédiat, pourrait être contaminée par le même phénomène. Nous serons encore une fois amener à avoir une position active.

20) Enfin, l’Algérie devrait avoir un rôle beaucoup plus actif pour éteindre le feu en Libye et au Mali.

Soufiane Djilali,

Président de Jil Jadid.

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Commentaires (2) | Réagir ?

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thadarthmlayouv

Dans les points 9 et 10 il est question de PRATIQUE, critere indeniable pour l'etablissement de la democratie. Cepandant quand on parle de pratique, elle va de paire avec la theorie.

Theorie:c'est quand on sait tout et rien ne marche

Pratique: tout fonctionne et personne ne sait pourquoi

Comme les arabes sont de grands parleurs qui connaissent tout et pratiquent tout, on en est arrives a ce resultat indiscutable qu'est:

On a reunis theorie et pratique ce qui fait que rien ne fonctionne et personne ne sait pourquoi.

LKRAYA THOUKLAL LKDDAR. il est temps de reformer l'ecole

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karim haddad

monsieur djilali, il n'ya pas pire aveugle quecelui qui ne veut pas voir... la realite!!

vous y compris!

les nations se contruisent et la democratie evolue en prenant appui sur les experiences negatives des peuples a travers l'histoire:le pouvoir theocratique et l'inquisition religieuse ont fait des millions de morts a travers l'europe et cles peuples ont sont arrivés a mettre de cote la religion en la separant de l'etat, l'ecole, les institutions et la politique il ya de cela presque deux siecles!!

les etats"musulmans "vivent actuellement leur moyen age .. ils redecouvrent sur le terrain de la pratique les mefaits de 'l'introduction de la religion dans le politique... ces etats ont institués la laicite dcomme base de la democratie. !! et ca marche.. mais pour vous, il vous faut redecouvrir le fil a couper le beurre etrevivre les massacres de la saint barthelemy avant d'accepter cette verite.. autre chose, malgre les cris des peuples maghrebins a faire reconnaitre le fait amazigh, vous continuer a taxer envers et contre tout l'afrique du nord de'etats arabes!!! perpêtuant par cela, la mystification historique de napoleon 3 et de ""son royaume " arabe d'afrique du nord... continuez a faire les sourdset vous ne comprendrez plusrien a ce qui va suivre en algerie!