Soudan : légères condamnations de militaires pour tentative de "coup d'Etat"

Des militaires soudanais.
Des militaires soudanais.

Des officiers de l'armée soudanaise ont été condamnés à des peines allant de deux à cinq ans de prison pour leur rôle dans une tentative de coup d'Etat l'an dernier, a indiqué un de leurs avocats dimanche.

"Le tribunal militaire a prononcé sa décision concernant les membres des Forces armées soudanaises accusés d'un coup d'Etat. Il a condamné neuf soldats à des peines de deux à cinq ans de prison", a affirmé à l'AFP l'avocat Hachiem al-Jali. Ils ont tous été exclus de l'armée mais un dixième accusé a été libéré pour manque de preuves, à l'issue d'un procès qui a duré trois semaines, a dit l'avocat. Il a ajouté que la peine la plus lourde, 5 ans, a été prononcée contre le brigadier général Mohammed Ibrahim qui avait joué un rôle dans le coup d'Etat ayant porté l'actuel président Omar el-Béchir au pouvoir en 1989.

Me Jali a déploré un "lourd châtiment" pour tous les soldats et indiqué qu'il cherchait à faire appel. Les peines prononcées à l'encontre des militaires sont cependant perçues comme relativement légères par certains observateurs. "Cela signifie que le président Béchir voudrait calmer la situation", estime cet expert ayant requis l'anonymat. Depuis le début du procès l'affaire "n'était pas très claire" et les preuves étaient insuffisantes, a-t-il souligné.

Pour Magdi el-Gizouli, du Rift Valley Institute, le verdict est "un message politique non pas une décision de la Cour". Les autorités avaient donné très peu d'informations sur ce "complot". La plupart des accusés sont proches d'anciens combattants jihadistes et particulièrement du groupe des "Saihoun" (voyageurs en arabe). Ce sont aussi des vétérans de la guerre civile 1983-2005. Ils avaient été arrêtés en novembre ainsi que l'ancien chef des services de renseignements pour "complot" visant "la stabilité et certains dirigeants de l'Etat".

Des analystes avaient alors affirmé que des officiers islamistes radicaux étaient impliqués dans ce complot qui avait également révélé des tensions au sein du régime du président Béchir qui se présente comme islamiste. "Le problème est que ces personnes étaient un temps des partisans inconditionnels de Béchir", a souligné M. Gizouli, ajoutant que la possibilité d'un appel ouvrait la voie à des négociations politiques. Outre un mouvement de jeunes au sein du Parti du congrès national (PCN) au pouvoir, les vétérans appelaient à une nouvelle direction pour le pays et un retour aux valeurs islamiques, accusant le gouvernement de corruption notamment.

L'agence officielle SUNA a confirmé les peines de deux à 5 ans de prison mais a parlé de 11 militaires condamnés. "Les personnes accusées ont été condamnées pour tentative d'atteinte au système constitutionnel et à la sécurité, pour menace à l'unité du pays et atteinte aux forces armées par l'usage de la force", a déclaré le porte-parole de l'armée Sawarmi Khaled cité par SUNA.

Ils ont 15 jours pour faire appel, a-t-il ajouté. Parmi les personnes arrêtées, figure Salah Gosh qui avait dirigé les services de renseignement dans les années 1990 avant d'être remplacé par son adjoint, le général Mohamed Atta al-Moula, en 2009. Il n'a pas été jugé avec les officiers du fait qu'il n'est pas militaire. Après les révélations sur ce complot en novembre, le groupe de réflexion International Crisis Groupe (ICG) avait souligné "qu'un coup d'Etat contre le régime serait très dangereux et pourrait causer plus de violences et désintégration" pour le Soudan.

Khartoum a libéré mardi sept détenus politiques, les premiers au lendemain d'une amnistie annoncée par le président Béchir qui a solennellement invité ses rivaux au dialogue.

AFP

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