A. Bouguermouh, le cinéaste et militant pour la langue amazighe

Abderahmane Bouguermouh
Abderahmane Bouguermouh

Abderrahmane Bouguermouh, cinéaste de renommée mondiale, qui vient, malheureusement de nous quitter, ce triste jour du 3 février 2013, n’est plus à présenter. Son chef d’œuvre cinématographique amazighe "Tawrirt Ittwattun" (La colline oubliée), tirée du roman de Mouloud Mammeri, parle pour lui.

Hommage de Smaïl Medjber

Mais l’autre grande personnalité qu’il était, c’était le fervent militant dévoué pour la langue amazighe. Comme je l’avais écrit dans Abc Amazigh, il était même l’un des membres fondateurs d’un grand projet : celui de la constitution d’une association culturelle à dimension nationale - oui : nationale -, pour la création d’une Académie Amazighe, dans le plein sens académique du terme : 

"Les membres fondateurs de ce projet sont messieurs : Bouguermouh Abderrahmane, Haroun Mohamed, Soula Madjid, Zirem Kamel, Kenzi Rachid, Khimouzi Boudjemâa, Keffous Hocine, Aït Ouali Smaïl, Kadoum Madjid, Bellili Tahar, Braïk Karim, Iamoudene Amar, Brinis Youcef.

Les objectifs de cette association sont les suivants :

- création d’une Académie Amazighe qui sera un centre de recherches pour la promotion de la langue et culture amazighes ;

- recueillir et inventorier nos valeurs culturelles et civilisatrices ;

- codifier et améliorer les dictionnaires pour la création d’une encyclopédie ; 

- mettre au point une grammaire et une rhétorique ;

- rassembler tous les chercheurs pour repenser la culture amazighe et œuvrer à sa reconnaissance afin de lui donner toute sa dimension ;

L’implantation du projet était prévue à Bejaïa-ville.

Pour ce faire, les fondateurs de cette association se devaient de solliciter l’aide des services de la wilaya de Bejaïa afin de satisfaire ses besoins, notamment : un local avec commodités, dans la vallée ;

- une subvention de la Wilaya en attendant la subvention nationale ; 

- un terrain adéquat pour bâtir l’Académie ou des locaux qui lui serviront de siège.

Le communiqué de création de ce projet est daté du 17 novembre 1994, d’Ighzer Amokrane, et, est signé par "Pour le Comité créateur, le Président de séance, M. A. Bouguermouh".

Ainsi, cinéaste, militants, journaliste, artiste chanteur ou simples citoyens : ils étaient unis par ce beau projet tant souhaité et attendu par tous ceux et toutes celles qui ont à cœur l’écriture, le développement et la promotion de notre langue et culture amazighes. Pourquoi ce beau et noble projet n’a-t-il pas abouti ? Est-ce, comme toujours, le manque de moyens, la démission - lorsque ce n’est pas l’opposition - des pouvoirs publics algériens, locaux ou nationaux …?

C’est pour cette raison que je voudrais citer, encore une fois, la déclaration de la Fédération des Associations amazighes du Nord du Maroc, déclaration faite lors de son séminaire qui eut lieu à Nador le 16 juillet 1999 : "… En l’absence d’un lobby amazigh, composé d’intellectuels, d’associations, d’hommes d’affaires…, la question de la langue amazighe restera toujours marginalisée...".

Tous les membres fondateurs de ce légitime et grand projet, furent profondément déçus de son non aboutissement. Et celui qui vient de nous quitter aujourd’hui, feu Abderrahmane Bouguermouh, l’était encore plus. Pour cela, je m’incline devant son noble corps et lui rend mon sincère et profond hommage. Avec une pensée à Mohamed Haroun, mon défunt compagnon de combat pour la cause amazighe, aussi. Les Grands Hommes resteront éternellement, dans nos cœurs, dans nos mémoires et dans notre Histoire, des Grands Hommes : des Yougariten.

S. M.

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Commentaires (3) | Réagir ?

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oziris dzeus

Les intellectuels algériens n'ont fait que ce qu'ils pouvaient. Quel gâchis! des hommes et femmes sont partis en nous laissons que le minimum autorisé par le clan de malheur. Hadj abderrahmane et benmebrouk, lakhdar hamina, sid ali kouiret, et bien d'autres un seul film pour chacun. aloula, azzedine medjoubi une seule piéce, azzedine medour un seul documentaire "combien je vous aime", des écrivains comme kateb yacine n'ont écrit qu'un seul livre. Dans un pays dirigé par des gens sérieux ça aurait été une autre histoire, une autre vie pour des hommes et femmes d’exceptions avec des œuvres immenses. Tous et toutes, ont subit la chasse aux sorcières du clan de malheur. Nous vous aimons parce que Vous êtes la lumière qui montre le chemin pour sortir de l'obscurité dans laquelle nous a plongé boutef et son clan, depuis 50 ans.

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Waali Uchène

Reprendre le flambeau qu'il nous a laissé est la meilleure façon de lui rendre hommage.

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