Aït Aïssa Ouyahia (Tizi Ouzou) : "Où est l’Etat ?"

Hocine est blasé des visites sans rien de concret de  la part des autorités
Hocine est blasé des visites sans rien de concret de la part des autorités

Loin d'In Amenas et de ses puits de pétrole. Loin de Tiguentourine et de l' Algérie utile, à 2000 km plus au nord se déroule un drame. Celui d'un village au prise avec la nature. Celui des hommes oubliés par les autorités.

Les habitants d’Aït Aïssa Ouyahia retiennent leur souffle depuis l’arrivée de l’hiver. Depuis le printemps dernier, un pan de la montagne qui domine ce village de la commune d’Illilten s’est ébranlé, charriant sur son chemin un torrent de boue d’une violence inouï.

Depuis quelques jours, la chaîne du Djurdjura est recouverte d’un manteau neigeux. A Aït Aïssa Ouyahia à 70 km à l’est de Tizi Ouzou, cet hiver est synonyme de grands périls. Trois pelleteuses tentent de nettoyer le chemin de wilaya 253 inondée par la coulée de boue. Les pieds dans la boue les villageois suivent avec inquiétude les engins. L’œil fatigué par les longues nuits de veille, Hocine Ould Bekou scrute chaque jour le ciel avec une angoisse contenue. Obstrué, le pont qui enjambe l’oued boueux est devenu un danger. Si tant est que la boue est remontée pour toucher plusieurs maisons. "Il m’a fallu 30 ans pour construire cette maison, depuis le retour de la pluie je ne peux plus y vivre, le premier niveau est inondé de boue. Nous sommes 16 membres à y vivre, je les ai fait fuir chez de la famille. Contrairement à ce qui rapporté par la presse, nous n’avons pas été évacué, ni reçu une quelconque aide de l’Etat", raconte Hocine.

Ici les mots ont un sens, divers titres de la presse nationale ont évoqué l’évacuation de vingt ou trente familles. Suggérant que les autorités y étaient pour quelque chose. Que nenni. Dans ces contreforts du Djurdjura, l’Etat algérien a oublié de se signaler. "Des visites de responsables, comme le chef de daïra ou le wali sont effectivement venus mais seulement pour constater l’ampleur des dégâts, ils ne nous ont rien proposé pour nous reloger ne serait que temporairement. Aucune famille n’a été évacué, elles ont plutôt abandonné leur maison de peur d’être emportées par la boue pour trouver refuge dans le village auprès de la famille" s’insurge Hocine. Selon certains villageois, six familles sont directement touché par le glissement de terrain puisque leur maison donne directement sur le bord de l’oued. Et globalement ce sont une vingtaine qui vit sous la menace du glissement de terrain situé en amont du village. Pas seulement le lycée et le CEM d’Illilten sont également dans la ligne de mire de cette coulée de boue infernale. A ce propos, depuis l’arrivée du mauvais temps et les pluies abondantes, les deux établissements ont dû renvoyer les élèves à maintes reprises pour leur éviter tout danger.

Abandon

Tout a commencé au printemps 2012. Un pan d’une falaise s’est détaché du massif d’Azrou N’Thour formant un torrent de boue jamais connu auparavant. « Ma mère qui est centaine n’a pas souvenir d’un pareil phénomène », souligne Hocine. Le glissement de terrain a laissé la population dans le désarroi. Les mois de l’été et de l’automne sont passés sans que rien de concret ne fut réalisé. Début janvier, bis repetita. Tout repart de zéro. Le sympathique petit ouest qui traverse le village devient un torrent de boue en furie.

"C’est avec une échelle que je rentre chez moi, le premier niveau est plein de boue, je ne dors plus la nuit d’inquiétude. J’ai frappé à toutes les portes pour rien, aucun responsable ne m’a donné une réponse concrète. Depuis le printemps, les délégations se suivent ici pour rien. Aucun responsable ne nous a avancé une solution concrète pour protéger nos familles et nos maisons. Ils viennent comme pour nous présenter leurs condoléances, mais je n’ai que faire de leurs condoléances. A Aït Aïssa Ouyahia, nous attendons des solutions. Pas des constats. La commune ne peut faire grand-chose à elle seule. Sommes-nous des Algériens ou non ?"

Au-delà de cette trentaine de familles qui vivent sous la menace d’une coulée de boue, il y a le reste du village. Car c’est le chemin de wilaya qui permet l’approvisionnement le passage vers le col de Chellata et la wilaya de Béjaïa qui risque de se voir détruit. Et de fil en aiguille, l’isolement de plus de 1700 âmes en ces temps particulièrement rigoureux.

"Des solutions existent, ne serait-ce que pour protéger déjà les maisons qui risquent d’être inonder de boue ou emportées par la coulée, il suffit de mettre les moyens techniques et humains, observe Rachid, émigré. Des systèmes de murs en palpantes en fer peuvent être implantés à proximité des maisons pour les isoler du lit de l’oued. Mais j’ai comme le sentiment qu’il y a un manque flagrant de volonté politique de répondre concrètement aux inquiétudes des villageois. Les responsables sont à mille lieues d’Aït Aïssa Ouyahia".

Loin des caméras se déroule un drame. Dans l'indifférence glançante de l'hiver. Un peu plus d'un millier de villageois avec  leur  dernière énergie pour protéger leur village.

Hamid Arab

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Commentaires (4) | Réagir ?

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mohamed boudebza

ou est Tizi Ouzou ? regardez le Mali Noirs contre Arabes là où passent les Arabes l'herbe ne pousse plus

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Massinissa Umerri

L'Etat ? Il n'y d'etat en Kabyle en Kabylie que l'ANAVAD et celui-ci est en exile. Je me demande quelle est la participation au MAK dans cette localite'... A un dollar par kabyle par mois, il y a de quoi financer un gouvernement efficace pour cela et un tas d'autres urgences encore...

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