Ouled Naïl, la patrie de la kachabia et du burnous en poils de chameau

Le tissage, un art qui remonte loin dans le temps en Algérie.
Le tissage, un art qui remonte loin dans le temps en Algérie.

D’aucuns ne peuvent contester aujourd’hui que la kachabia et le burnous en poils de chameau, objets présentement d’un salon national à Djelfa, sont des produits authentiques du terroir des Ouled Naïl, dont le territoire s’étend sur de vastes steppes favorisant l’élevage camelin et par la même le tissage traditionnel de tous types de vêtements et autres tissus.

Toutefois, dans cette grande diversité caractérisant l’activité artisanale dans cette partie du pays, où la confection des tapis, du haik (voile pour femmes) ou du flik (tissu pour la tente), côtoie les habits traditionnels en tous genres et formes, il n’est de secret pour personne que le tissage de la kachabia et du burnous en poils de chameau occupe une place de choix dans le coeur de bon nombre d’artisans locaux qui les considèrent comme le principal legs de leurs aïeux, qu’il convient de prémunir contre la déperdition.

La qualité incontestable de la kachabia et du burnous des Ouled Nail est surtout liée à la matière première dont ils sont confectionnés : de la "pure laine de chameau" en l’occurrence, selon les spécialistes, qui semblent ainsi justifier les prix onéreux de cette matière, dont le kg oscille, bon an mal an, entre 8.000 et 10.000 Da. "Sans laine de chameau, point de kachabia des Ouled Nail", insistent-ils. La kachabia et le burnous en poils de chameau ont de tout temps été l’apanage de Messaad, région du sud de Djelfa, où l’artisanat du poil de chameau est un patrimoine encore bien préservé par la population locale, en dépit des multiples mutations sociologiques survenues dans la société nailie.

Dans cette contrée, le génie créatif de la femme s’est mêlé à celui de l’homme pour conférer à ces habits traditionnels la double fonction vestimentaire d’apparat et de protection contre le froid mordant des steppes.

La confection d’une kachabia ou d’un burnous en laine de chameau est un travail de longue haleine, dont la principale condition réside dans la "bonne sélection de la laine" qui sera utilisée. Cette tâche est confiée aux femmes, qui une fois leur choix fait, elles procèdent à son lavage et sa purification de toutes les impuretés, avant de la filer en de longues fibres de couleur brune jaunâtre. Cette opération est généralement réalisée par de nombreuses femmes, qui se réunissent en une sorte de "touiza" (solidarité collective), afin d’accélérer l’opération de filage de la laine, qui peut durer de 20 jours à un mois.

Une fois cette étape franchie, des artisans hommes, connus pour leur dextérité et talent, sont appelés à prendre le relais pour donner forme aux fils tissés, qui se transformeront en belles kachabias ou beaux burnous sous les doigts habiles de ces artistes anonymes.

Matière première et commercialisation du produit contraintes majeures

L’insuffisance de cette matière première constitue, cependant, la hantise principale de ces artisans, qui font, également, face à la problématique de la commercialisation de leurs produits. Ils (les artisans) estiment, de ce fait, qu’ils sont dans "l’obligation d’acquérir la laine de chameau, même à des prix exorbitants", car il y va "de la qualité et de la notoriété de leurs produits", assurent-ils. Mais cela ne se fait pas sans répercussion sur le prix de la kachabia qui oscille entre 35.000 et 90.000 DA, alors que celui du burnous est estimé, en moyenne, à 60.000 DA.

L’important cheptel ovin et camelin de la wilaya de Djelfa a participé, dans une grande mesure, au capital de connaissances et de savoir-faire accumulé par la population locale dans la préparation de la laine, tout en la destinant, en outre, à détenir la place de réservoir national de cette matière, dont la disponibilité demeure la seule garante de la pérennité et de la promotion de cette tradition artisanale séculaire. Selon les connaisseurs de cet artisanat, la laine de chameau (ou de dromadaire) est une ressource particulièrement disponible dans les steppes de Messaad (Djelfa), dans la région de Djemmaa (El Oued) et dans la wilaya d’Adrar.

On l’obtient après la tonte manuelle des dromadaires, vers la fin du printemps et le début de l’été. Celle-ci est réputée pour sa légèreté et sa solidité. Elle est plus douce et plus souple que celle du mouton, d’après les connaisseurs, qui expliquent que ces poils sont "vides à l’intérieur", ce qui permet à la bête de garder une température constante. Mieux, cette laine "isotherme" protège contre les accès de froid et de chaleur, repousse l’eau, absorbe l’humidité, retient l’air et résiste même à la pollution.

Le recul observé, ces dernières années, dans l’élevage camelin, conjugué à une réduction du cheptel de la région, ont malheureusement causé une "raréfaction" du poil de chameau sur le marché, ayant abouti à une hausse de ses cours.

La production du poil ou laine de chameau revêt un intérêt économique certain, particulièrement pour les sociétés nomades, qui les emploient, entre autres, dans la confection du tissu des tentes, car assurant solidité et imperméabilité contre la chaleur, le froid et la pluie. La grande solidité de cette matière est, également, à l’origine de son usage dans la confection des cordes, au même titre que dans les fils de la Sedoua (métier à tisser traditionnel).

La wilaya de Djelfa, et la ville de Messaad en particulier, ont une grande part dans la notoriété mondiale, aujourd’hui acquise par la kachabia et le burnous en poil de chameau, qui ont de tout temps symbolisé la "noblesse d’âme" et la "virilité des hommes" de ces régions, pour qui ces deux produits représentent fierté et orgueil, et sont considérés comme les plus beaux et plus chers cadeaux pouvant être offerts en gage d’amitié.

Selon les statistiques fournies par la direction du Tourisme et de l’Artisanat de la wilaya, au moins 1.603 artisans activent, actuellement, dans l’industrie artisanale de la kachabia et du burnous, dont 1.060 dans le tissage, 38 dans la préparation et tonte de la laine, et 19 autres dans le tissage et le filage de la laine. Le reste des artisans sont des couturiers et tailleurs. L’Etat a consacré de grands efforts pour la promotion de l’industrie artisanale dans la région, selon la direction locale du secteur, qui souligne les multiples facilitations accordées aux artisans locaux, par le biais, entre autres, du dispositif de l’Agence nationale de gestion du micro-crédit (ANGEM), qui a boosté la filière grâce aux crédits accordés pour l’acquisition de la matière première.

L’existence à Djelfa d’une Maison de l’Artisanat est, par ailleurs, un atout de taille dans le développement de cette filière, en ce qu’elle constitue un espace idoine en matière de formation des artisans, d’exposition et de vente de leurs produits, selon la même source qui cite aussi l’ouverture récente d’un Centre de valorisation des talents locaux, à Messaad, comme un autre facteur majeur qui contribuera à la promotion de l’artisanat du poil de chameau, considéré comme un cachet de la région.

APS

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