Algérie-France : un partenariat dans le cadre euro-maghrebin

La venue du président français s'inscrit sous le signe des affaires économiques.
La venue du président français s'inscrit sous le signe des affaires économiques.

Le président français François Hollande doit effectuer une visite en Algérie les 19/20 décembre 2012. Il sera certainement question des grandes questions stratégiques donc du devenir de l’Afrique du Nord -vision France, du Sahel surtout après les évènements du monde arabe notamment en Tunisie, Libye, Egypte sans oublier le conflit du Sahara occidental et le Moyen-Orient, notamment la situation en Syrie et en Iran.

>Dans ce cadre, avec cette re-mondialisation irréversible, il n’y a pas de divergences stratégiques pour paraphraser les militaires mais des divergences tactiques de court terme entre la France, l’Europe et les USA. Aussi, face à la crise mondiale qui affecte tous les pays sans exception, qui sera de longue durée, et qui nécessite une nouvelle re-configuration et gouvernance mondiale, cette présente contribution pose la problématique du renforcement de la coopération Algérie-France dans le cadre de l’axe Europe Maghreb au sein d’une économie mondialisée à laquelle je suis profondément attachée depuis plusieurs décennies, si l’on veut attirer des investisseurs potentiels, intéressés non par des micros- espaces mais par un marché de 100 millions d’habitants.

1- La dynamisation des relations France via Europe /Maghreb ne sera profitable pour le Maghreb que si d’une part la France a une approche du co-partenariat loin du mercantilisme et d’esprit de domination du fait que c’est l’ancienne puissance coloniale et que si les pays du Maghreb ont une vision commune de leur devenir (1). En effet, face aux bouleversements mondiaux, l’accélération des réformes économiques conciliant efficacité économique et cohésion sociale et la démocratisation du Maghreb et un co-développement (et non une aide) plus intense pour une plus grande moralisation de la gestion de la Cité (qualifié de bonne gouvernance) sont les pistes à explorer pour éviter ce dualisme Nord–Sud préjudiciable à l’avenir de l’humanité. La symbiose des apports del’Orient et de l’Occident, le dialogue des cultures et la tolérance sont sources d’enrichissement mutuel. Il est dangereux tant pour les USA que pour le Nord dans son ensemble de s’enfermer dans un ghetto qui enfanterait inéluctablement la violence. Les derniers évènements devraient encore mieux nous faire réfléchir évitant cette confrontation des religions car autant l’Islam, le Christianisme ou le Judaïsme ont contribué fortement à l’épanouissement des civilisations, à cette tolérance en condamnant toute forme d’extrémisme. La mondialisation est un bienfait pour l’humanité à condition d’intégrer les rapports sociaux et ne pas la circonscrire uniquement aux rapports marchands en synchronisant la sphère réelle et la sphère monétaire, la dynamique économique et la dynamique sociale. Au moment de la consolidation des grands ensembles, enjeux de la mondialisation, je suis persuadé du nécessaire rapprochement entre l’ensemble des pays du Maghreb d’une intensification de la coopération avec la France via l’Europe à la mesure du poids de l’histoire qui nous relie si l’on veut dépasser les résultats mitigés , le Maghreb, région pivot pouvant être un sous segments de la dynamisation Afrique, objet de toutes les convoitises qui expliquent les rivalités pour le contrôle économique USA-Europe-Chine (2).

2- Quelle est la situation des économies maghrébines ? Le Maghreb a un poids économique insignifiant du PIB mondial 405 milliards de dollars en 2011 et au sein du commerce mondial et même les échanges intra-maghrébins sont dérisoires moins de 3% de leurs échanges globaux. Or le Maghreb totalise environ 90 millions d’habitants, l’Europe des 27 environ 500 millions d’habitants. Or la région maghrébine est frappée actuellement par une récession économique avec un écart croissant, entre les pays de l’UMA et le reste du monde dont le PIB mondial dépasse 71.000 milliards de dollars en 2011 dont 40% sont représenté par l’Europe, plus de 17.000 de PIB et le USA plus de d 15.000 avec la percée des pays du BRIC qui risquent de bouleverser la carte économique mondiale. Cette récession s’explique par différents facteurs dont le manque d’homogénéisation économique pour des raisons essentiellement politiques qui fait fuir les capitaux vers d’autres cieux plus propices à un moment où la concentration des échanges est dans le Nord, avec une nette percée en direction des pays émergents. Mais la raison essentielle est le retard pris dans les réformes micro-économiques et institutionnelles, liées à l’Etat de droit et à la démocratisation, bien que certains pays du Maghreb aient réussie la stabilisation du cadre macro-économique éphémère sans de profondes réformes structurelles. Les entreprises publiques dominantes, avec des intensités différentes au sein de l’UMA, plus fortes en Algérie et en Libye pays rentiers, sont fortement dominantes au Maghreb imbriquées dans le système administratif lieu de relation de clientèles. Leur gestion est défectueuse, croulant sous le poids des dettes, et sont à l’origine de l’essentiel du déficit budgétaire et du niveau élevé de la dette publique. Quant à certaines entreprises privées elles ne sont pas autonomes mais trouvent leur prospérité ou leur déclin dans la part des avantages financiers, fiscaux, leurs parts de marché auprès des entreprises publiques et des administrations.

Cette organisation spécifique où l’autonomisation de la décision économique est faible engendre peu d’innovation, d’esprit d’entreprise. Aussi certaines entreprises publiques ou privées sous traitantes ce secteur, vivant du transfert de le rente exercent des pressions pour accroître le protectionnisme néfaste à terme et sont peu enclins à la concurrence internationale. Mais au niveau du Maghreb, il faut reconnaître que depuis quelques temps avec la formation plus élevée, et l’ouverture sur l’extérieur, nous assistons à la naissance de nouvelles entreprises mues par de véritables entreprenants. Pourtant les multitudes pressions administratives, combinées avec l’absence de motivation ne leur permettent pas parfois la créativité et l’imagination. Cette situation explique l’extension de la sphère marchande ou industrielle informelle et que du point de vue des relations maghrébines, au lieu que l’intégration soit dominée par des économies contractuelles ou organisées, nous assistons à une dynamique informelle caractérisée par une identité culturelle qui permet à des milliers de maghrébins surtout aux frontières de contourner la myopie des bureaucraties nationales.

La raison essentielle trouve un fondement socio-historique qui rend d’actualité les analyses ibn khaldouniennes avec le poids du politique dans les sociétés maghrébines accentué par des structures familiales et des tribales qui se consolident en période de récession économique. Il s’agira impérativement d’intégrer cette sphère dominante au niveau du Maghreb par la délivrance des titres de propriété devenant citoyenne, car acquise aux réformes pouvant constituer une force sociale dynamisant. Dès lors s’impose la nécessité d’une véritable révolution culturelle pour inculquer l’esprit d’entreprise et libérer l’ensemble des énergies créatrices. La coordination des politiques économiques dont celles de la sphère réelle, monétaires, commerciales, fiscales et douanières est un objectif vital. Pour cela une nouvelle gouvernance est nécessaire par une lutte efficace contre la corruption notamment des dirigeants qui se généralise au Maghreb qui menace la sécurité régionale, le Maghreb devant être un vecteur dynamisant de l’Afrique qui est son espace économique d’avenir afin de stabiliser le Sahel où la misère enfante justement le terrorisme.

3- Dans ce cadre, je pense fermement et après analyse que l’intensification de la coopération entre la France via l’Europe et le Maghreb fondée et le partenariat gagnant/gagnant, l’introduction de l’investissement direct permettrait, de bouleverser ces comportements et les inscrire dans une perspective dynamique profitable aux populations de la région et faire du bassin méditerranéen un lac de paix et de prospérité. C’est que l’espace méditerranée peut être ce lieu de création de réseaux rationnels, l’économie de marché concurrentielle répondant à des lois universelles, mais existant des spécificités sociales nationales dont il convient de tenir compte car source d’enrichissement mutuel permettant de communiquer avec des cultures lointaines et favorisant la symbiose des apports de l’Orient et de l’Occident. Ce réseau doit favoriser les liens communicationnels, les ères de liberté dans la mesure où les excès du volontarisme collectif inhibent tout esprit de créativité. Il y a lieu d’accorder une attention particulière à l’action éducative, l’homme pensant et créateur devant être à l’avenir le bénéficiaire et l’acteur principal du processus de développement. C’est pourquoi je préconise la création d’une université américano -maghrébine ainsi qu’un centre culturel de la jeunesse comme moyen de fécondation réciproque des cultures, et la concrétisation du dialogue soutenu pour éviter les préjugés et les conflits sources de tensions inutiles afin de favoriser l’émergence de nouveaux comportements pour un devenir solidaire. C’est que le Maghreb et l’ Europe sont des régions géographiques présentant une expérience millénaire d’ouverture sur la latinité et le monde arabe avec des liens naturels et dans son ensemble porte de culture et d’influences anglo-saxonnes. Economiquement les USA et le Maghreb présentent l’un et l’autre des atouts et des potentialités pour la promotion d’activités diverses et cette expérience peut être un exemple un partenariat global par l’amplification et le resserrement des liens et des échanges sous différentes formes. Il est indispensable que la France via l’Europe, développe toutes les actions qui peuvent être mises en œuvre pour réaliser des équilibres souhaitables à l’intérieur de l’espace méditerrané, la constitution d’espaces régionaux économiques faibles étant une étape d’adaptation structurelle au sein de l’économie mondialisée afin de favoriser un quadruple objectif solidaire: la démocratie politique, une économie de marché concurrentielle à finalité sociale, les débats contradictoires d’idées par des actions sociales et culturelles pour combattre l’extrémisme et le racisme et enfin la mise en œuvre d’affaires communes n’oubliant jamais que les entreprises sont mues par la seule logique du profit et dans la pratique des affaires il n’y a pas de sentiments. Dans ce cadre l’émigration maghrébine plus de 3,5 millions selon l’INSEE en 2010, ciment des liens culturels peut être la pierre angulaire de la consolidation de cette coopération. C’est un élément essentiel de ce rapprochement du fait qu’elle recèle d’importantes des potentialités économiques et financières.

La promotion des relations entre le Maghreb et sa communauté émigrée doit mobiliser à divers stades d’intervention l’initiative de l’ensemble des parties concernées, à savoir le Gouvernement, les missions diplomatiques, les entrepreneurs, les commerçants et les compétences individuelles. L’engagement implicite caractérisant les relations entre nos communautés émigrées et les pays d’origine, ne doit pas occulter les légitimes intérêts strictement économiques des parties concernées pour garantir la rentabilité et la pérennité des opérations engagées. Les pouvoirs exécutifs devraient veiller, dans le cadre organisationnel et législatif, à alléger l’ensemble des procédures administratives, afin de favoriser la promotion de l’investissement et les échanges commerciaux, à l’instar de pays qui utilisent leurs compétences nationales localisées à l’étranger comme point d’appui au développement national. Cela permettrait par des actions concrètes de promouvoir la synergie de systèmes privés, politiques et administratifs, pour développer une approche "co-coopération" qui pourrait être mieux perçue par l’interlocuteur maghrébin qu’une approche purement commerciale. Mon ami, le professeur Jean-Louis Guigou, ami d’ailleurs du président François Hollande, délégué de l’IPIMED, m’a transmis un document important où son organisation a mis en relief un concept opérationnel intéressant celui de colocalisation" qui se définit défini comme le principe selon lequel les investissements français au Maghreb ont des retombées à la fois positives sur l'économie française et les économes maghrébines "s'il y a une stratégie de partage de la valeur ajoutée".

4- Il y a donc urgence d’entreprendre ensemble tant dans les domaines économiques, culturels, que sécuritaires, le terrorisme étant devenu une menace planétaire. Les relations entre les pays du Maghreb, l’Europe et les USA sont souvent passionnées notamment en raison du conflit du Moyen orient qu’il conviendra de solutionner pour une paix durable et juste, les arabes et les juifs ayant une expérience millénaire de cohabitation pacifique. Mais avec de nombreux intellectuels, entrepreneurs, hommes politiques maghrébins et américains, soucieux de concilier la modernité et notre authenticité, je suis convaincu du fait de la densité de nos rapports économiques et culturels qu’elles seront transgressées dans le cadre des intérêts bien compris de chaque nation. L’accélération des réformes économiques, sociales, culturelles (le droit à la différence) et politiques inséparable de l’instauration de l’économie de marché humanisée basée sur la concertation sociale, l’équité, de l’instauration de la démocratie, du respect du droit de l’homme, de la promotion de la condition féminine et de la sécurité (2) conditionnent largement la réussite de cette grande entreprise qui interpelle notre conscience commune. Aux tensions et aux conflits doivent se substituer la coopération et un dialogue soutenu pour éviter des factures douloureuses. La région méditerranéenne doit être un véritable espace économique, un relais puissant entre les USA, l’Europe via la France, le Moyen-Orient et l’Afrique et un lieu de brassage des cultures. J’espère que lors de cette visite en Algérie du président Hollande, il y aura une volonté claire des deux côtés de la Méditerranée de dépasser les passions et de bâtir, par le dialogue, un avenir partagé. Comme j’a eu l’occasion de le relater dans plusieurs interviews, tout en étant attentif au devoir de mémoire pour préparer ensemble l’avenir, il est souhaitable que l’Algérie et la France via l’Europe, entreprennent ensemble, loin de tout esprit de domination, afin de favoriser la stabilité de la région euro-méditerranéenne et euro-africaine au sein de l’intégration du Maghreb, pont entre l’Europe et l’Afrique.

Professeur Abderrahmane Mebtoul

(1) Contribution de l’intervention du docteur Abderrahmane Mebtoul versée au forum de Paris qui s’est tenu au siège Unesco France du 28/31 mars 2008 en présence de plus de 3000 personnalités internationales des deux rives de la méditerranée. Intervention de Abderrahmane Mebtoul au siège de l’Unesco (Paris France 1994) à l’occasion de la fondation de l’Association Europe/Afrique «la place du Maghreb dans la stratégie euro-méditerranéenne» reproduit lors d’une conférence devant les ambassadeurs accrédités à Alger, édition revue Ministère des Affaires étrangères Algérie volume IV premier semestre 1995.

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