Plan Sellal : des actions de mise en œuvre à côté de la plaque

Abdelmalek Sellal, l'exécutant des décisions de Bouteflika
Abdelmalek Sellal, l'exécutant des décisions de Bouteflika

Les propos du premier ministre rapportés par la presse la semaine dernière, lors de la couverture de sa réunion avec les représentants du patronat et de la centrale syndicale de l’UGTA, ont surpris plus d’un.

En effet, pour mettre fin au débat sur le gaz de schiste, il expédie l’option à une "échéance très lointaine" vers l’horizon 2040 donnant ainsi l’impression que l’Algérie maitrise parfaitement la dimension temporelle de sa stratégie. Il préconise à la surprise générale que les hydrocarbures devront constituer le levier essentiel pour le développement économique du pays et que ce même développement doit se faire avec le pétrole, énergie qu’il conviendrait de mobiliser au maximum de sa capacité pour booster encore plus l’économie nationale. Pour lui, parler de l’après pétrole est un discours démagogique qu’on rabâche depuis 1962. Il faut être comme lui pragmatique et se préparer à faire face à la concurrence qui s’annonce féroce par investir afin de mettre à niveau les entreprises et adhérer sans tarder à l’OMC. De nombreux observateurs ont été déboussolés de cette nouvelle sortie du "développement avec le pétrole" et se sont demandés ce que faisait l’Algérie depuis la fin des années 60 avec l’avènement de l’industrie industrialisante si ce à n’est justement de vendre le pétrole et de mettre de l’argent au service du développement de l’économie nationale.

Ce concept qu’il préconise que ramène-t-il de nouveau ? A-t-on tiré des leçons de l’échec de la réorientation de l’économie nationale du début des années 80 qui a vu des efforts de toute une génération partir en fumée. Le degré de fragilisation auquel est arrivée l’économie du pays est un exemple édifiant. Ce qui est époustouflant , c’est surtout le changement de discours à chaque occasion, n’a t-il pas déclarer après le débat de son plan d’action par les députés de l’APN que l’Algérie allait exploiter le gaz des roches mères mais accompagnée par un partenaire étranger. Cela suppose de toute évidence que cet accompagnateur partagera le risque avec Sonatrach et apportera son expertise et son savoir faire dans l’exploitation et le développement de ce type de ressource, savoir que l’entreprise nationale compte capitaliser et consolider pour reprendre la main par la suite. Le 17 octobre 2012, devant les sénateurs, il leur apprend toute autre chose. Que pour sa sécurité énergique l’Algérie n’a pas d’autres issues que d’exploiter le gaz de schiste car tous les pays du monde exploitent ces énergies. En réalité, il n’y a aucun pays dans la position de l’Algérie, exportateur d’hydrocarbures et disposant de réserves de pétrole et gaz conventionnels hypothétiques aussi importantes avec un domaine minier exploité à peine au dessus de son 1/3, ne s’est aventuré dans un tel labyrinthe. Il leur déclare et c’est pour la première fois qu’un responsable de niveau stratégique le fasse que "l’Algérie possède les moyens techniques pour exploiter le pétrole et le gaz de schiste" en rassurant toutefois que "les travaux commenceront peut être dans dix ans", une échéance très éloignée de celle qu’il donnait à cette occasion. En partant de l’hypothèse que l’Algérie enregistre de bonnes performances au niveau macroéconomique mais microéconimiquement médiocres, il identifie l’entreprise comme seule capable de faire sortir l’économie du pays de son marasme par la création de la richesse et de l’emploi. Pour lui, son programme œuvre pour améliorer le climat des affaires mais se heurte à de nombreuses difficultés pour éradiquer le marché informel, sujet au demeurant cher au patronat qui n’ont cessé d’applaudir cette démarche pour rétablir les règles de ce qu’il appelle la concurrence.

Pour lui il n’y a pas encore d’alternative pour des dizaines de milliers de jeunes qui vivent de ce créneau. Est-ce une manière indirecte de renvoyer la balle aux patrons d’entreprises et aux syndicalistes pour l’aider à calmer le jeu autour d’une plateforme consensuelle acceptée par toutes les parties. Il réduit les difficultés des entreprises de rebondir à un pur problème bureaucratique des institutions financières qui exigent de lourds dossiers pour prendre en charge les problèmes financiers des entreprises en particuliers et des citoyens en général. Pour lui, c’est un scandale que les entreprises exigent l’extrait de naissance numéro 12 pour l’emploi comme si c’est elles même qui promulguent les lois en Algérie. Quant à la situation médiocre des procédures bancaires algériennes, n’ont-elles pas fonctionné et continuent à le faire sur de simples injonctions d’en haut pour accorder des crédits et les scandales très récents en sont la preuve irréfutables Khalifa, Tonic, SIM etc.).

Elles ont été conçues dés les premières années de l’indépendance pour travailler comme des caisses pour les salariés du secteur public et une "ch’kara" pour une certaine secte au pouvoir. Leurs gestionnaires ont été formés et rôdés en ce sens et ils y trouvent leur compte. L’Etat est entrain de récolter les fruits de sa propre éducation. Si ces institutions ont besoin d’une véritable secousse managériale, la recette pour le faire est à rechercher ailleurs qu’en leur sein, peut-être dans le système lui-même. De cette difficulté basique non encore réglée, il passe à la vitesse supérieure en proposant une « vision rénovée » par une mise à niveau au développement technologique notamment le TIC. Il relève que seulement 15% des entreprises algériennes sont connectées à internet et à peine 9% ont une adresse électronique et aucune ne propose sur son site un catalogue des produits qu’elle veut commercialiser. C'est dire l'énorme retard accusé par les entreprises algériennes en matière d'internet. Tout porte à croire qu’il commence à montrer une certaine maitrise dans le développement des discours de circonstances pour jongler d’un niveau stratégique à autre tactique en l’espace de quelque jours.

En effet, son ministre de l’Energie et des mines n’a-t-il pas tiré l’alarme le mois dernier sur la consommation interne en énergie en général et plus particulièrement en carburant qui ne cesse d’augmenter jusqu’à atteindre des proportions inquiétantes (autour de 15 à 20% pour ce dernier). Et que si l’Algérie d’ci la fin de cette décennie ne trouve pas d’alternative aux hydrocarbures, elle ne pourra plus exporter pour satisfaire non seulement les besoins de l’économie nationale mais ceux des citoyens dont il fait le cheval de batail. Cette inquiétude se confirme de plus en plus et semble recueillir le consens de la majorité des experts. Mobiliser toutes les énergies disponibles afin d’éviter l’entropie croissante, poursuivre l’assainissement et le redressement du secteur public, rechercher à travers le monde un partenariat du type win - win et qui touche tous les secteurs de l’économie nationale, pourraient être des axes stratégiques pour espérer un rebond économique. Revenir au crédit à la consommation ne fera que le bonheur des banques étrangères domicilié en Algérie. Si ce crédit vise de booster la production des entreprises nationales, il faut d’abord s’assurer de leur compétitivité pour que ces produits soient acceptés par les citoyens et réfléchir sur l’effet pervers du cycle d’endettement des ménages. Quant à la convoitise du secteur privé pour voir les banques leur faciliter le change, elle ne date pas d’aujourd’hui et ne vise que faire fondre la manne financière accumulée, et au prix de quel sacrifice ! Le pragmatisme voudrait qu’on vise un objectif accessible qu’on mobilise des énergies pour l’atteindre tout en restant cohérent. Changer pour la nième fois de code pétrolier, de celui des investissements et surtout des marchés publics ne contribuent aucunement à cela.

Rabah Reghis, consultant, économiste pétrolier

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Commentaires (5) | Réagir ?

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Massinissa Umerri

Je n'ai qu'une chose a dire a la secte CAPABLE qui gouverne ce patlain: BRAVO et BON APPETTIT !

Il n'en serait pas ainsi, si la societe' civile algeriennen'etait faite de bidules. Des bidules qui s'offusquent que les Kabyles les laissent a leurs affaires. . . lachez-nous lesbasquettes, bordel !

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elvez Elbaz

Cet ancien "wali" aimait bien rétorquer à ses "invités" lors des méchouis organisés au frais de l'algérie, pour les" ZOTORITI" (autorités) yek mon general?qui demandaient de ses nouvelles.

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REKDA OUTMANGI

Au royaume de la déliquescence c'est aisni que l'on devient 1é ministre

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