Aurès : Sisbane, l’un des armuriers de la Révolution

Sisbane, l'armurier au long cours.
Sisbane, l'armurier au long cours.

Partir à la recherche de Sisbane, l’un des armuriers de la Révolution, dans les Aurès, est une aventure quelque peu dépaysante puisqu’il faut traverser des chemins montagneux bordés de vergers de pommiers et d’oliviers, entourant des maisons en pierre se confondant avec les tons ocrés des collines ou les teintes cuivrées distillées par un matin d’automne.

Dans un modeste atelier, à l’abri des regards curieux, travaille Sisbane, de son vrai nom Mohamed Delendli. Sa petite boutique est située à l’est de Batna, dans la commune de Oued Taga, plus exactement à Bouhmar, une localité qui tiendrait son nom, dit-on, d’Abou Himar, surnom d’Abou Zeid, prédicateur allié aux Aghlabides, opposés à la dynastie naissante des Fatimides.

Le même établi depuis 65 ans

A 8 h, le vieux Sisbane est déjà au travail depuis deux heures, en train de réparer un fusil semblant provenir de l’antiquité. Il préfère ainsi manipuler cette pièce dès le réveil, dans le calme et la sérénité, sur le même établi qui est le sien, depuis maintenant 65 ans. Sisbane confie d’emblée à l’APS qu’il a hérité ce métier de son frère aîné le Moudjahid Salah Delendli. Sisbane avait alors 16 ans. Aujourd’hui à 81 ans, il n’a pas quitté ce métier et c’est, dit-il, avec "la même émotion que j’examine une arme, comme à l’époque où j’ai eu entre les mains mon premier Stati (marque italienne de fusils, NDLR)".

Il reconnaît en Salah Delendli, décédé en 2003, non seulement le frère mais également le vrai maître armurier car, soutient-il, il n’avait pas son pareil dans toute la région pour réparer un fusil. "Dans les Aurès, vers les années 1930 et 1940, il faut s’imaginer ce que représentait un fusil pour une famille : un bien sacré aussi cher qu’un enfant", confie le vieux Sisbane.

Réparation des premières armes de la Révolution

Coiffé de son éternel turban et fronçant les yeux sous ses lunettes épaisses pour mieux préciser son geste, il est fier de raconter que Belkacem Grine, qui avait pris le maquis en 1947 avant de rejoindre la Révolution dès son déclenchement, était venu le voir pour réparer son arme. "Notre atelier était alors situé à Mechta Krouma Dib, non loin de Bouhmar. Belkacem Grine est venu nous voir en 1951 et j’étais présent lorsqu’il avait dit à mon frère Salah qu’il aurait bientôt besoin de ses services", se rappelle-t-il.

A l’époque, Sisbane ne savait pas que Grine faisait allusion à la Révolution qui n’allait pas tarder à être déclenchée. "Avant même le 1er novembre 1954, nous avons, mon frère et moi, effectué pas moins de 1.800 réparations d’armes", affirme-t-il, avant de poursuivre que son frère aîné et lui-même suspendirent toute activité artisanale après le 1er novembre 1954.

"Mon frère Salah qui a rejoint les rangs de l’ALN sera arrêté mais s’évadera rapidement du camp de Djorf près de M’sila, c’est alors qu’au début de 1955, il demanda à me voir par l’intermédiaire d’un groupe de moudjahidine". Sisbane poursuit son récit en évoquant cette période héroïque au cours de laquelle il était installé au "markez" de l’ALN, à Barhoum et dans la région de djebel Boutaleb où il réparait différentes armes, la plupart prises sur l’ennemi au cours des engagements de l’ALN sur le terrain.

Des bombes coloniales transformées en mines antichar

Les deux armuriers des Aurès créaient à cette époque, des mines antichars en transformant des bombes larguées par des avions et récupérées lorsqu’elles n’explosaient pas, confie encore à l’APS le vieux Sisbane. Il ajoute qu’après six mois passés dans les régions de Barhoum et de Boutaleb, les deux armuriers reviennent secrètement dans les environs du village natal de Bouhmar où ils ont travaillé à réparer des vieux fusils ou a dépanner des armes de combattants enrayées dans des ateliers itinérants, installés dans les grottes ou les casemates. Une période dont il garde jalousement une relique précieuse, un étau dont il ne se séparerait pour tout l’or du monde, affirme-t-il.

Depuis l’indépendance, Sisbane ne fait que réparer des fusils de chasse, trois par jour en moyenne. Ses clients viennent de tout le pays : "A ce rythme je ne suis pas prêt de m’inscrire au chômage", plaisante-t-il. Sisbane n’a interrompu son travail que pendant une année, au début des années 1990, pour des raisons liées à la situation que vivait alors le pays au plan sécuritaire.

Ce qu’il aime par-dessus tout dans ce métier, raconte-t-il, c’est de "relever le défi qui se pose à chaque cas, récupérer une arme apparemment hors d’usage, réparer un détonateur ou mieux encore, rénover une crosse en bois de noyer, à l’identique de l’original". Aujourd’hui, l’atelier de Mohamed Delendli dit Sisbane, est un véritable musée d’armes de chasse. Chaque pièce renferme toute une épopée racontant les plus belles pages de la saga des Aurès.

APS

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Commentaires (3) | Réagir ?

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amazigh zouvaligh

AH§Braidji Jabess§Vas y lire l'histoire, et tu sauras que la décadence de l'Afrique du Nord s'est faite juste avec la rentrée des arabes et l'islam, quand à la religion avec laquelle, ils sont en train de te berner, si tu veux un débat, je te l'accorderai et je te prouverai que tu fais fausse route, je te fais savoir que tes ancêtres quand ils avaient tenu à leur religion première, aucun envahisseur n'a pu les dominer. A propos de la religion, je te poserai une question, quel est le premier commandement que dieu a donné à Abraham, et à quel age ?Ou est né Abraham?Ou a t il vécu ?et surtout quel fils dieu lui a t il recommandé de sacrifier?Je t'apprendrai une chose essentielle qui peut être te réveillera de ton sommeil islamique, qu'Abraham n'a jamais mis les pieds dans la péninsule arabique, et pour t'aider, je t'apprends qu'il a vécu entre la Mésopotamie, Canaan et Jérusalem, et qu'il n y aucune terre sainte en dehors de Jérusalem;j'insiste, si tu veux un débat, je te l'accorde!Votre malheur, c'est d'accepter tous les bobards qu'on vous raconte, sans toutefois chercher à comprendre, pour toi;tes gour roux ont réfléchi pour toi il ya 16 siècles, alors que tu dois réfléchir toi même, comme disait Descartes, qui a révolutionné la façon de penser :<<je pense, donc j'existe>>Alors, essayes de réfléchir et surtout de lire, tous les livres des religions monothéistes, en comparant et en déduisant, et crois moi, que tu changeras d'avis!et pour conclure, avec une citation des droits de l'homme malheureusement que vous ignorez, c'est pour cela qu'on vous berne, je cite:<< Je ne dis pas quelle est ta nationalité, ni ta religion ni ta race, mais quelle est ta souffrance>> Saches que la première puissance du monde les USA, ses habitants sont de tous les coins de la planète, de toutes les confessions, de toutes les couleurs.. à toi de méditer.. je te rajouterai que l'Islam renferme l'individu dans une léthargie mentale; l’empêchant de réfléchir et le rendant esclave!

Chrétiennement!Amen!

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amazigh zouvaligh

Dommage que nos frères Chaouis sont tombés dans le piège de l’aliénation arabo islamiste, depuis 1962, et malgres plusieurs appels de leur frères kabyles, artistes ;entre autres Idir, Matoub;Izri; afin de les réveiller de leur sommeil pour rejoindre la Kabylie dans son combat contre l'idéologie assassine imposée par les arabo baathistes pour reconquerrir notre identité plusieurs fois millénaires, nos frères Chaouis à ce jour demeurent imperturbables aux appels solennels kabyles; j’espère que la jeunesse chaouie;aura un déclic et nous rejoindra, car avec nos forces unies, comme en 1954, certainement que notre ennemi commun, tombera !

Chrétiennement!

Amen!

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zouvaligh, les chaouis ne sommes pas tes frères, car d'une ils sont musulmans, secondo ce sont des algériens donc non régionnalistes, tertio ils haîssent les gens de ton espèce qui pour un dinar, changes leurs religions. les chaouis préfèrent être gouverner par des dictateurs que par des soit disant democratez (alors qu'en faite se sont des rascistes avec des pensés nazis.),