La littérature algérienne: entre exubérance et outrecuidance

Le Matin 14-10-2017 8279

Au cours d'un récent séjour à Alger, j'ai eu le loisir de fouiller les archives de la bibliothèque centrale de l'université d'Alger.

Alors que l'objet de ma recherche bibliographique concernait un travail unversitaire de Fanny Colonna sur Saint Augustin, je suis tombé sur un catalogue des travaux faits par un certain nombre d'étudiants de l'époque. Mis à part celui du nom de la sociologue algérienne sur lequel je reviendrai plus loin, j'ai répéré au moins deux noms; ceux de l'écrivain Albert Camus et de l'islamologue Ali Merad qui auraient pu davantage m'intéresser parce que l'écrivain français natif d'Algérie ne laisse personne indifférent ni d'un point de vue littéraire ni d'un point de vu politique tandis que les travaux de l'islamologue ne peuvent que davantage induire une préoccupation constante par raport à l'islam et au prolongement idéologique de l'islahisme dans l'aporie de l'Islam politique. Hélas, le temps toujours le temps ne m'a pas permis de fouiller plus. Encore que je suis toujours subjugué par la bibliophilie de Luis Borgès et le labeur du bibliothècaire prenant soin les manuscrits du livre qui dans un fourre-tout indescriptible de la bibliothèque centrale, sont livrés à eux-mêmes et rongés par les rats. Malgré cela, quelques volontaires du métier du livre et de la conservation et il faut bien le reconnaître se dépensent sans compter pour préserver les manuscrits et les innombrables thèses et mémoires soutenus à l'université d'Alger. Pour peu qu'un autre nom surgisse de ma mémoire vive pour me rappeler au bon souvenir de la fiction littéraire, mes lectures du passé. C'est un texte de Henri James qui initie les étudiants à l'écriture romnanesque qui captive mon intention prémière au même titre que la muse pour l'art poètique.

Dans cette galerie des noms ressuscités celui de G. Garcia Marquez ou tout du moins d'un de ses textes se profilaient des êtres irréels pour faire croire à un monde fabriqué par l'imagination créatrice comme dirait H. Bergson. Des noms et des noms, des universaux aux locaux, je ne peux citer tous les noms du romantisme au réalisme littéraire. Par contre, celui de l'enchantement où les ombres se faufilent pour effacer toute identification de l'auteur du texte ou de l'émetteur du récit, obvie d'envie les traditions littéraires qui m'ont paradoxalement éveillé ma conscience et du même coup m'ont fortement influencé intellectuellement. D'ores et déjà, je peux dire que je ne fais pas partie de ceux qui s'enthousiament de la culture de l'Autre. Par contre, je suis de ceux qui s'assombrissent dans la mélancolie par l'effet accumulatif des traditions qui me font croire que le suis devenu malgré moi héritier des "Muallaqat" alors que je honnis mes ailleuls aèdes ou les fous poètes venus des tréfonds des montagnes de l'Atlas ou des recoins du Sahara. Dans ces circonstances malheureuses, une brisure enflamme mon être d'une fugace intériorité qui me plonge de nouveau dans le spectacle offert parles troubadours venus des contrées lointaines ou des poètes andalous asservis par la décadence, sans que je ne mesure l'effet différencié des cultures.

A ce titre, dès l'enfance pour les plus chanceux, le conte merveilleux crée de l'admiration et de la comtemplation à l'infini chez les plus jeunes qui au plus tardif de leur parcours sont soumis aux innombrables rites de passage, affrontent la réalité réelle du monde tel qu'il est. C'est cet instant primordial des Vitalistes qui insufflent de nouveau l'omnipotente présence du maudit homme. Ce moment crucial de la conscience juvénille imbibée d'une extraodinaire croyance à un monde meilleur, s'effiloche dans les méandres de l'expérience de la vie. Et précisément c'est cette expérience de la vie qui est le lieu de partage de l'écriture romanesque. Elle se scinde en une pluralité de cercles où s'exercent les différents syles littéraires. C'est par le biais de la sociologie du roman que nous aiguisons notre critique pour enfin reflouer les accusations inutiles et les mots acerbes proférés par les uns et les autres. Et c'est dans ce cadre que les statistiques sur le lectorat en Algérie ne sont pas bons. Naguère, F Colonna avait conforté à l'appui de chiffres probants, l'idée d'une bonne réceptivité des écrivains algériens autant qu'il me semble de la popularité du cinéma en Algérie. En pis, les choses ont changé, la nouvelle génération s'ingénue à imiter le discours des Politiques. La thèse de K. Harchi bien qu'imitant J. Derrida, retrace avec acuité les tensions existentiellles des écrivains algériens qui, hélas, mènent un combat d'arrière garde comparativement à la génération de la guerre de libération nationale.

Etrangement, les errements idéologiques de Rachid Boudjedra dénotent l'ampleur du désartre provoqué par le narcissisme ravageur de beaucoup de personnes alors que le pays tout entier sombre de plus en plus dans le chaos. Il faut bien admettre que l'outrecouidance des gens connus dévoile au grand jour, leur exubérance plus que le désir de créer ou d'inventer fût-elle une fiction afin nous faire rêver un peu.

La longue durée historique du peuple savamment comparée à un palmier ou au sable du désert, ne comble pas le vide induit par les imitations succéssives de l'élite qui croit jouir d'une excellence alors qu'elle n'a même de langue à elle pour s'adresser convenablement à la population ou à la communauté des lecteurs. De surcroît, la capitalisation linguistique du français ayant trait au "butin de guerre" initiée par Kateb Yacine, alourdit la charge affective inconcevablement décriée par les auteurs algériens. Tel a été le cas de l'inamovible Rachid Boudjedra qui s'est appropié pour échapper aux démons de la colonisation, pensait-il, l'autre langue de l'Autre qu'il a appris au collège Seddiki de Tunis.

La langue de l'Autre chère à Jacques Derrida n'est en définitive qu'une constance de l'emprunt qui paralyse le génie créatif du peuple algérien.

F. Hamitouche

Références:

F. Colonna, DES de Sociologie, 1967, BU de l'université d'Alger, no du registre 70013. 206.

K. Harchi, "Je n'ai qu'une langue, ce n'et pas la mienne", Des écrivains à l'épreuve. Editions Pauvert, 2016.

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