La diplomatie algérienne n’est pas en difficulté, elle est en train de disparaître

Le Matin 14-10-2017 27338

La diplomatie algérienne n’est pas en difficulté, elle est en train de disparaître
Abdelkader Messahel, ministre des Affaires étrangères.

"La diplomatie algérienne en difficulté à l’Onu" mis en ligne le Vendredi 6 octobre 2017 et le deuxième article intitulé "Nobel de la paix 2017 : que vaut la dissuasion nucléaire quand plus personne n’y croit?" mis en ligne le mardi 10 octobre 2017. sont intéressants. Cependant, nous ne partageons pas totalement l’analyse et ce pour plusieurs raisons.

Au sujet du premier article, nous estimons qu'il n'y a rien de nouveau dans le rapport mais la disposition des recommandations en tant que synthèse est nouvelle. La diplomatie algérienne a passé en revue les faux progrès accomplis dans le domaine des droits de l’homme. Elle a tenté de dissimuler à la communauté internationale la gravité du problème et aucune décision souveraine n'a été prise dans l'intérêt du peuple et du pays.

Ce n’est pas la première fois que le régime politique algérien foule au pied les recommandations qui lui ont été présentées par les Etats membres de l’Onu, pour améliorer la situation des droits de l’homme et remplir ses obligations en la matière. Le précédent examen périodique universel, qui s’est tenu en 2012 a épinglé le régime algérien sur le même registre : plusieurs Etats ont regretté que plusieurs conventions internationaux n’aient pas été ratifiées. Cette même demande a été formulée lors du dernier examen périodique universel.

Il est utile de souligner que le rapport du groupe de travail sur l’Examen périodique universel est composé de deux parties importantes : les recommandations et les félicitations pour les "progrès" accomplis en matière des droits de l’homme. De plus, il est important de rappeler que l’Algérie a été membre du conseil des droits de l’homme de l’Onu du 1 er janvier au 31 décembre 2016.

À la lumière des évolutions intervenues depuis 2012 en Algérie, des déclarations ont été faites par 77 délégations, après la présentation du fallacieux exposé par le régime algérien sur la situation des droits de l’homme. En effet, pour ne prendre qu’un seul exemple : la république "islamique" d’Iran a appelé le régime politique algérien à redoubler d’efforts pour combattre la corruption et consolider l’Etat de droit, mais elle a également constaté avec satisfaction l’adoption de dispositions juridiques incriminant notamment la mendicité. On peut se contenter de reproduire ce genre d’argument diplomatique (félicitation, puis préoccupation) qui évoque l'histoire du verre à moitié plein ou à moitié vide, selon que l'on soit partisan ou opposant au régime algérien. En relations internationales, il n’y a pas d’amis permanents ni d’ennemis permanents mais des intérêts permanents.

Concernant le deuxième article intitulé "Nobel de la paix 2017 : que vaut la dissuasion nucléaire quand plus personne n’y croit?".

Il est mentionné dans cet article que "les États du monde entier continuent à ne faire aucune action qui pourra réellement empêcher la Corée du Nord d’avoir l’arme nucléaire. Une situation assez proche de ce qui se passe actuellement puisque les sanctions contre la Corée du Nord n’ont jamais empêché ce pays de continuer ses recherches." et que "le caractère dissuasif de l'armement nucléaire qui était un facteur de paix et de stabilité internationale, dans les décennies qui ont suivi 1945, n’existe plus en 2017."

Je ne partage pas ces idées car le Conseil de sécurité de l’Onu a tenu sa première séance le 17 janvier 1946. Entre le 17 janvier 1946 et le 29 août 1949, les Etats-Unis ont été le seul Etat du Conseil de sécurité à tester la bombe nucléaire : la stratégie de dissuasion nucléaire n’est pas apparue, et il aura fallu attendre le 29 août 1949, pour que l’Union soviétique teste sa première bombe nucléaire. Cet essai a marqué le départ de la course aux armes nucléaires de la Guerre Froide entre les deux superpuissances. La prolifération nucléaire horizontale et verticale va-t-elle amener le monde à une guerre ? Nul ne sait où, quand et sous quelle forme se déroulera la guerre de demain, si tenté qu’elle ait lieu.

Selon le Quai d’Orsay, l’accord conclu le 14 juillet 2015 sur le dossier nucléaire iranien permet un encadrement des activités nucléaires iraniennes en contrepartie d’une levée progressive du régime de sanctions qui visent l’Iran. Ce compromis met un terme à douze années de négociations, de controverses et de débats sur cette question.

Toutefois, quel type d’accord nucléaire peut-il être adapté à la Corée du nord, alors que le préambule de la constitution nord coréenne mentionne notamment que le dirigeant Kim Jong Il a "transformé notre patrie en puissance politique et idéologique invincible, ainsi qu’en pays nucléaire et puissance militaire sans rivale, et ouvert une voie radieuse vers l’édification d’une puissance socialiste."

L’obsession sécuritaire a envahi le régime dictatorial nord-coréen au point de constitutionnaliser la nucléarisation de sa défense.

Benteboula Mohamed-Salah, géographe







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