Hommage à Noureddine Zenine : le militant qui s’interroge en permanence

Le Matin 02-10-2017 12603

Hommage à Noureddine Zenine : le militant qui s’interroge en permanence
Noureddine Zenine

Le 16 janvier 1965, Noureddine Zenine, membre du Comité Exécutif de l’UNEA, donnait une conférence à l’École Polytechnique d’El-Harrach, sous le thème "Que donne la Charte d’Alger à l’Algérie ?". C’est ce que rapportait le premier quotidien national du soir, Alger Ce-soir du 17/1/1965 dans sa troisième page.

Le futur rédacteur en chef de la version française de l’organe central du Parti de l’Avant-Garde socialiste, Saout Chaab, ignorait qu’une dérive politique se préparait par la bureaucratie dirigiste du FLN-ALN. Le coup d’Etat s’établissant à l’ombre du tournage de La Bataille d’Alger, Noureddine Zenine se retrouve en prison avec ses camarades de l’UNEA historique. Pour cet officier de l’ALN, l’acte du colonel Boumediene était des plus graves.

"Avons-nous eus tord ou raison de le soutenir, par la suite ? C’est une question qui est restée ouverte, aux vues de l’absence d’un bilan critique sur nos premières années d’indépendance", nous affirmait-il en 1993, dans sa demeure familiale à Annaba. C’est à cet instant que nous apprenions que ce lycéen bônois avait décidé de prendre le maquis suite à l’appel du 19 mai 1956 et ce retrouve dans la zone 2 de la wilaya 2, puis celle de la Base de l’Est en compagnie d’un nommé Mohamed Médiène "Toufik". Le futur patron du DRS.

Toufik un vrai patriote, affirme Zenine avec force, il m’était d’un soutien et d’une aide que je qualifierai de correct, durant mes années de clandestinité. J’avais 16 ans, lui 17, lorsque nous regagnons le maquis. C’est un bon ami et je garde d’excellents souvenirs de lui.

Nous gardions jalousement ce témoignage jusqu’à l’heure où ses amis, sa famille et certains de ses camarades venaient d’apprendre sa subite disparition.

A Annaba, la nouvelle de sa disparition a été grandement ressentie. Le nom de Kamel de son article paru sur l’Algérie, dans la revue Regards du dimanche 1er novembre 1998, n’est autre que Kamel Berrabah, frère du propriétaire d’un café à terrasse sur le Cours de la Révolution. Le même Kamel, très respecté à Annaba, recu déjà en 1987 une équipe de la télévision française TF1 qui préparer un documentaire sur Kateb Yacine.

Mais Noureddine avait un autre Kamel, un jeune ami qu’il a vite adopté comme un proche confident, il s’agit de feu Kahli Kamel-Eddine (KKE, d’Alger-Républicain et le Rafik Samed du quotidien Le Matin). A la Cinémathèque de la ville, les rencontres battaient leurs plein, entre différents militants de l’après 1989 et cela pour la simple raison que le militant des 24 années de clandestinité, représentait un modèle de lutte pour la démocratie et la justice sociale en Algérie face à ceux qui furent des ex-militants des cellules du FLN local.

Le seul méfait qu’il reçu de la part de la cité de Saint-Augustin, fut le jour où un "canard" arabophone local, en guise de scoop et dont le pigiste est connu pour ses barbouzeries, l’indexa comme "refondateur du Parti communiste à Annaba". Une info qui a fait sourire plus d’un, alors que le MDS n’arrivait plus à ce détacher du label "communiste".

Au-delà des étourdiments de quelques individualités insignifiantes, Noureddine Zenine, sa sœur, toute sa famille, son fils Nazim et sa femme, s’unissaient à chaque fois que le nom de leur aîné, le martyr Larbi Zenine est évoqué. Il aimait sa ville natale, son village de la Kabylie ancestrale, les petites gens, dès qu’il éveillait les luttes et les combats pour la liberté et la justice. L’autre revers d’Annaba, Zenine le laissait pour les malfrats, les affairistes, les traîtres et autres espions.

L’apport tant attendu n'arrivera jamais …

Dans son message, adressé à l’Association AFRICA (Paris, La Courneuve) le 21/4/2000, Sadek Hadjerès témoignait sur celui dont "l'expérience ne demandait qu’à être fructifier encore par la réflexion et les échanges ouverts". C’est un homme sincère dans ses convictions et dans son engagement communiste, rappelle l’ex-Premier secrétaire du PAGS.

Mais à bien lire le texte, nous décryptons les strates d’un soubassement idéologique, à travers cette référence à l’action du terrain de Noureddine et non celui de la formation idéologique et politique. Les archives du PAGS, enfin ce qui reste après le passage des termites et des barbouzards, nous révéleront un jour qu'il fut le plus dévoué à la cause du combat communiste en Algérie.

Il n’y a pas lieu de polémiquer en un temps où le militant de la cause populaire de classe vaut son pesant d’or. Le militant éclairé au sein d’un parti authentiquement de la classe prolétarienne, qui s’est joindre la théorie à la vérification de son action pratique et politique, sans faire de compromis, ni de calcul politicien, sans un répit pour ceux qui orchestrent la destruction la richesse et l’histoire du pays.

Zenine fut l’un de ses vaillants militants qui tenait à une révision du patrimoine communiste algérien. Critique et autocritique étaient de tout temps son mot d’ordre. Depuis le congrès du PAGS (1990), il ne cessait d’approfondir da réflexion. Il était temps de relire ce qui a été tronqué et dicté par le passé, aimait-il le répéter en s’appliquant à le faire surtout. Lectures, prises de notes, remarques et autres transcriptions, faisaient parties de son "jeu" favori depuis 1992.

Son dernier document de réflexion et d’analyse, et non tout simplement de rupture avec le cercle marxiste parisien du PADS, ouvre une nouvelle page de l’histoire du mouvement communiste algérien qui, pour certains aumôniers des chapelles idéologiques, il n’est qu’une feuille de notes dans le parcours d’un communiste algérien détaché de la réalité politique. Mais ce fut une feuille de route, un canevas pour mener à terme une refondation de l’expérience communiste en Algérie.

L’approche de Zenine relève certainement de sa propre formation idéologique. La référence à la pensée qui s’est établie après le XXe Congrès du PCUS, l’expérience des marxistes arabes, enfin sa confrontation aux mutations socioculturelles de l’Algérie après 1989, ont fait de lui un être toujours dans l’attente du renouveau, presque un insatisfait de ce qui a été fait, dit et écrit. Polémique, mais poli et respectueux des avis les plus contradictoires, d’une force inouïe à déceler l’absence de formation politique de base chez son interlocuteur. Mais très patient devant les critiques les plus acerbes, préférant répondre par le temps de reprendre ses lectures. "Je serai heureux de lire les œuvres de X, nous n’avions pas le temps de l’apprécier à sa juste valeur", répondait-il avec beaucoup de modestie.

Il était à ses débuts dans le champ du questionnement théorique. Il se demandait, à sa sortie de la clandestinité la plus cloisonnée, s’il n’avait pas lieu de relire Lénine sur l’État et le Parti ou encore ne faudrait-il pas réhabiliter la pensée de Trotsky par rapport au cheminement de la réalité algérienne, en évitant de trop répéter le mot traître de la Révolution bolchévik, dans tous ce qu’il a fait et écrit.

La pensée qu’accumulait Zenine n’est que la manifestation d’ensemble de problématiques politiques et idéologiques qui se posent à l’ensemble de l’école marxiste de part le monde. Il interrogeait la pratique du militant en rapport avec sa capacité ou non, à assimiler les moindres questions théoriques. Il ouvrait les portes à de nouvelles contributions qui touchaient au marxisme, en s’interrogeant sur la fiabilité ou non d’une science marxiste-léniniste. Le même débat à eu lieu dans les rangs du Parti communiste libanais dans les années 80, aimait-il à le rappeler. Noureddine Zenine souhaitait que les communistes algériens apportent leurs contributions aux débats qui se reproduisent autour d’eux, tout en repensant à la formation et à la fonctionnalité d’un parti prolétarien. Le parti "frère" français n’étant plus la référence tant miroité par le passé, il préférait l’expérience du Parti des travailleurs brésilien de Lula, comme fonctionnement démocratique d’un parti de masse.

Sa disparition prématurée laisse l’ensemble de ses interrogations encore d’actualité. Il avait vécu pour le renouveau et la refondation de l’acte militant, il peut bien avoir eu raison tout comme le contraire, mais sa mémoire est d’autant plus vivante que vivace dans le contexte actuel d’une Algérie séquestrée et souillée par les frondes rétrogrades et affairistes.

M. K. Assouane

Université d’Alger-2.

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